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[Portrait] Shawn Kemp, dunkin’ in the rain

Biographie

Plus de 10 ans après son retrait des parquets NBA, il était temps que Basket Rétro revienne sur la carrière de Shawn Kemp, l’explosif ailier des Seattle Supersonics. Catalogué rapidement, et à juste titre, dans la catégorie des machines à dunker, le numéro 40 mérite que l’on s’attarde sur son parcours atypique.

Parti de rien ou presque, Kemp connaîtra une ascension régulière au sein de la ligue le menant presque jusqu’au titre. C’est pour cette raison aussi que sa chute est vertigineuse. Celui que l’on surnommé notamment  » The Reign Man  » (l’homme qui règne) connaîtra une fin de carrière miteuse qui n’a d’égale que son statut glorieux du milieu des années 90 qu’il se fabriquera avec les Sonics. Comment et pourquoi un joueur catalogué par Magic Johnson comme  » le prototype du basketteur de l’an 2000  » peut-il terminer sa carrière dans la déchéance ?? Tentative de réponse avec ce modeste flashback sur les débuts et les 14 années de Shawn Tyrone Kemp au sein de la ligue.

JEUNE ET AMBITIEUX. PARFOIS VICIEUX ?

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Shawn Kemp, aérien dès le lycée.

Tout débute en 1969 dans l’Indiana pour Shawn Kemp. C’est cette année là qu’il voit le jour, le 26 novembre dans la petite ville de Elkhart à la frontière du Michigan. Ses parents divorcent alors qu’il est encore à l’école maternelle. Le genre de choses qui forgent un enfant. Difficile d’envisager une quelconque carrière sportive lorsque l’on grandit avec des appareillages aux genoux et aux chevilles à cause d’un problème de croissance des jambes. Mais à la fin de l’école primaire, tout ses problèmes sont un lointain souvenir. La guérison de ses jambes est entière. A partir de là, Shawn va sauter les étapes, et tout arrivera trop vite, ou presque. Capable de dunker à l’âge de 12 ans, il est obligé de se raser dès l’âge de 13 ans. Kemp culmine déjà à 2m08 à l’âge de 17 ans. Si les études et l’école ne l’intéressent guère, c’est tout le contraire en ce qui concerne le basket. Avec l’équipe des Minutemen de la Concord High School, Shawn Kemp commence à se faire un nom et accessoirement à écrire sa légende. On raconte encore aujourd’hui que le jeune homme aurait fait cracher des étincelles au cercle en claquant un smash d’une façon  » légèrement  » trop violente ! Encore adolescent et déjà très chaud. Avec son équipe, il va jusqu’en finale du championnat de l’Indiana lors de sa dernière année. Il avait déjà mené sa team au titre régional deux ans auparavant. En 4 années passées au sein de l’équipe de la Concord High School, le bilan est pour le moins éloquent : 85 victoires pour 19 défaites. Jim Hahn, le coach de l’école est en admiration devant son ailier :

 » Shawn était tellement fort qu’il aurait pu entrer en NBA sans passer par l’université, mais il y avait tellement peu de joueurs à avoir osé le faire qu’on a préféré renoncer.  » 

Shawn Kemp ambitionne donc finalement une carrière universitaire. Les coachs désireux de l’accueillir dans leurs rosters sont nombreux. On envisage un temps qu’il puisse enfiler le jersey des Hoosiers, l’équipe de l’université de sa région natale. Mais c’est finalement vers Kentucky et ses Wildcats que Kemp décide de jeter son dévolu. Un choix qui selon certain sera ressenti comme une trahison et qui lui vaudra d’après certaines sources de passer à côté du titre de  » Mr Basketball Indiana « . Mais un problème intervient rapidement. Shawn, comme on l’a dit, n’est pas bon élève. Il rate les examens d’évaluations scolaires et n’obtient pas de notes suffisamment élevées pour jouer avec sa nouvelle équipe. Pour ne rien arranger, il se trouve au centre de plusieurs affaires. Une histoire de chaînes en or volées d’un côté, des soupçons de recrutements illicites de l’autre. N’en jetez plus, la coupe est pleine. Shawn veut juste jouer au basket comme il l’explique :

 » Les gens entrent à l’université pour y étudier la médecine ou le droit, mais moi, ma vie, c’est le basket. « 

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Les Slam Dunk Contest contribueront à la popularité de Kemp. Il y participera à 4 reprises (90/91/92 et 94).

Shawn Kemp et Kentucky, l’histoire est déjà finie avant même d’avoir commencée. Direction le Texas pour Kemp, ou il trouve refuge dans une fac de seconde zone, la Trinity Valley Communication. Une tuile de plus, la saison est déjà entamée, pas possible pour Shawn Kemp d’intégrer l’équipe. Deux saisons blanches, ça commence à faire beaucoup. Cette fois c’est décidé, Kemp se présente à la draft de 1989. Mais qui va prendre le risque d’engager un joueur qui n’a pas joué en université et qui n’a pris part à aucun match officiel depuis presque deux ans ? Les dirigeants des Seattle Supersonics prennent le pari. Ils avaient vu évoluer Kemp dans le match exhibition du Mc Donald’s All American Games (un match qui regroupe les meilleurs lycéens du pays) où il donnera le change à des types de la trempe de Mourning par exemple. Le front-office de la franchise de l’état de Washington sélectionne donc le jeune homme en  17ème position et tente de justifier son choix :

 » Quand on a vu ce gamin de 2,08m et plus de 100 kilos prendre des rebonds, contre-attaquer puis shooter à 3 points, on s’est dit qu’on ne pouvait pas le laisser passer. « 

EN ROUTE VERS LE SONIC BOOM

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Un duo mythique qui se formera en 1990.

C’est donc à l’age de 19 ans, sans aucune référence universitaire, que Kemp déboule sur les parquets NBA. Première saison relativement discrète pour le rookie qui fourbit ses armes dans l’ombre de son pote Xavier McDaniel. Une moyenne de 13 minutes de jeu pour 6,5 points et 4,3 rebonds. Pourtant, Kemp commence déjà à faire parler de lui grâce à son jeu explosif. Sa participation au Slam Dunk Contest du All-Star Game 1990 lui permettra de se mettre en lumière. S’il ne remporte pas le concours, il va jusqu’en demi-finale et démontre toute sa puissance au public grâce à des gros dunks qu’ il « claque » avec férocité. Le transfert vers Phoenix de McDaniel la saison suivante va ouvrir une brèche à Shawn Kemp qui ne va pas se faire prier pour s’y engouffrer. Il confirme toutes les aptitudes qu’on pouvait entrapercevoir dans son jeu. Kemp est un diamant brut qu’il va falloir polir ! Lors de cette seconde saison, il compilera une moyenne de 15 points et 8,4 rebonds. Son énergie et sa vélocité lui permettent cette même saison de repousser 10 tirs face aux Lakers. Record de franchise. Les Sonics retrouvent les playoffs mais se feront sortir au premier tour. Qu’importe, les Seattle Supersonics sont en train de construire une équipe qui va monter en puissance tout au long de la décennie. C’est au début de cette même saison qu’un certain Gary Payton est sélectionné à la draft par Seattle. Payton et Kemp vont rapidement former l’un des duos les plus emblématiques de cette époque. C’est durant cette même période que le présentateur des Supersonics, Kevin Calabro, baptisera Shawn Kemp du surnom  » Reign Man « .

Un surnom parfois transformé en  » Rain Man « , la faute à une prononciation identique, et au fait que la pluie s’invite souvent dans le ciel gris de la ville de Seattle. La saison 91/92 commence, et Shawn Kemp prend encore plus d’importance au sein de l’effectif. Il joue 28 minutes par match, le plus souvent en sortant du banc. Avec Michael Cage et Benoit Benjamin, Shawn est le troisième homme d’un trio qui rendkemp la raquette de Seattle extrêmement compétitive. Après une blessure qui le prive de 18 rencontres,  » Reign Man  » revient aux affaires et boucle l’exercice sur les chapeaux de roues en compilant  18,3 points et 12,9 rebonds sur les 18 derniers matchs de la saison. Il terminera finalement la saison régulière avec 15,5 points et 10,4 rebonds. Encore les playoffs pour les Supersonics. Cette fois Shawn Kemp est titulaire. Il démarre tout les matchs de la campagne pour finir avec 17,4 points et 12 rebonds. C’est le joueur qui passe le plus de temps sur le parquet de l’effectif de George Karl, le coach qui est arrivé en cours de saison sur le banc de Seattle. Il flingue à lui tout seul les Warriors de Golden State au premier tour. L’ailier fort fait feu de tout bois et rend une feuille de stats stupéfiante : 22 points et 16,3 rebonds de moyenne. La franchise continue de progresser et se fait cette fois sortir en demi-finale de conférence contre les expérimentés Jazz de Utah qui compte aussi dans leurs rangs un duo meneur/ailier fort en la personne de John Stockton et Karl Malone. Tiens tiens.. Karl Malone, voilà un joueur avec qui on compare parfois le  » Reign Man « , comme le souligne son coéquipier Eddie Johnson :

 » Shawn est inarrêtable. Personne ne veut défendre sur lui. Je lui ai dit qu’il ressemblait de plus en plus à Karl Malone. Quand il pénètre dans la raquette tu n’as pas envie de te mettre sur son chemin.  »  

Le  » ReignMan  » repart à l’assaut des cercles pour l’exercice 92/93. Départ en boulet de canon. Il ouvre les hostilités en facturant 29 points et 20 rebonds contre les Houston Rockets. Le décor est planté. Shawn Kemp a travaillé dur, et il ne se repose plus uniquement sur ses dunks et son physique. Il gagne en maturité, augmente encore son temps de jeu et devient le leader que Seattle attendait. C’est tout naturellement qu‘il se voit retenu pour l’édition 1993 du All-Star Game qui se déroule à Salt Lake City. Seulement 9 petites minutes de jeu à se mettre sous la dent (pour 2 petits rebonds). Mais il est le premier Sonic depuis Dale Ellis en 1989 à s’inviter dans la cour des grands. Shawn Kemp n’a que 23 ans. Preuve de son ambition et de sa volonté, il déclare au sujet de cette sélection :

 » J’étais satisfait. Mais ça n’a duré que 48 heures, ensuite je me suis dit :  » Mon pote, si tu ne fais pas partie de l’équipe All-Star l’an prochain, tu vas décevoir le public et te décevoir toi-même  »   

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Shawn Kemp sera All-Star 6 années d’affilées. Il ne ratera aucune édition entre 1993 et 1998.

Kemp ne décevra personne (du moins pas encore), et enfilera la tunique du All-Star Game lors des cinq éditions suivantes. Collectivement parlant les joueurs de Seattle continuent leur irrésistible ascension. Lors des playoffs, ils écartent tour à tour les Jazz et les Rockets. Les Supersonics parviennent en finale de conférence face aux Suns de Phoenix. Il faudra un Charles Barkley de gala pour barrer la route des hommes de Georges Karl. Shawn répond pourtant présent au cours de cette finale de conf’ (20,6 pts, 9,3 rbds, 3,4 blks), mais Barkley, le MVP de la saison régulière est au sommet de son art.  » The Reign Man  » et les Sonics poussent tout de même « Sir » Charles et les Suns vers un 7ème match. Malgré la défaite de Seattle, Charles Barkley reconnait la vaillance et les qualités de son adversaire. Il lâchera cette petite phrase à son sujet :

 » Shawn Kemp est si fort que c’en est effrayant  »  

Après avoir franchi toutes les étapes et échoué si prés du but la saison précédente, on se dit que la cuvée 93/94 sera forcément celle des Supersonics. Les joueurs de Seattle écrasent la saison régulière et terminent avec le meilleur bilan de la ligue en alignant 63 victoires pour seulement 19 petites défaites. Kemp continue d’améliorer ces statistiques lui aussi. Il termine en affichant une ligne très complète de 18,1 points, 10,8 rebonds, 2,1 contres et 2,6 assists. Avec Shawn Kemp comme locomotive, les observateurs misent sur une finale NBA pour les Sonics. Mais sans crier gare la machine s’enraye dès le premier tour des playoffs face aux Denver Nuggets de Dikembe Mutombo. Shawn n’est pas à son niveau sur cette série (il ne score que 14,8 points sur l’ensemble des 5 matchs) et c’est tout le jeu de Seattle qui déraille. Les Supersonics se font éjecter. Le rideau tombe sur une post-season bien terme du côté de Seattle. C’est au cours de cette intersaison que commencera à circuler une rumeur qui reviendra plusieurs fois sur le tapis lors des années suivantes. Il est alors question d’un échange entre Shawn Kemp et Scottie Pippen. Les fans de la franchise de l’état de Washington n’y croient pas. Le  » Reign Man  » non plus. Shawn Kemp est vexé et vit très mal la situation comme l’explique à l’époque Gary Payton :

 » Cela a été un coup très dur pour lui. Il ne comprenait pas ce qu’il se passait.  » 

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Kemp aux championnats du monde.

Shawn Kemp aura l’occasion de penser à autre chose cet été là. Il est sélectionné au sein de la Dream Team 2 qui va disputer les championnats du monde FIBA à Toronto. Il participe activement à la victoire finale des USA en passant quasiment 16 minutes par match sur le terrain. Il score et prend des rebonds. Comme d’habitude en somme. Il fait le boulot en gobant 10 rebonds face aux espagnols ou en passant 15 unités à la défense brésilienne. Le  » Reign Man  » étend son royaume au monde entier. Il compilera en 8 rencontres une moyenne de 9,4 points, 6,8 rebonds et 1,5 assists en affichant un taux de réussite de 68,9%. Une feuille de stats qui lui permet de s’inviter dans le meilleur cinq de la compétition. Malgré tout, ce championnat du monde laissera un goût amer dans la bouche de Kemp. Alors qu’il s’investit énormément au cours de ce tournoi, Shawn envisage dans un coin de sa tête de faire partie de la liste de la Dream Team 3 qui jouera les J.O sur le sol américain. C’est dans cette optique qu’il donne le meilleur de lui même lors des matchs et des entraînements. Pourtant, au moment où le comité dévoilera la fameuse liste, pas de traces de Shawn Kemp. Ce dernier est furax et le fait savoir :

 » Je me suis cassé le cul lors des entraînements de Toronto car je voulais participer aux J.O d’Atlanta. Je voulais prouver à tout le monde que j’étais digne de faire partie de la Dream Team 3. Je ne connais pas vraiment les raisons qui ont motivé la décision du comité de sélection, mais quelque chose me dit que tout ça n’a rien à voir avec le basket.  »  

Kemp vs Rodman lors des finales 1996

Kemp vs Rodman lors des finales 1996

Il faut dire qu’en plus de ces prestations de cet été 94, Shawn Kemp est en mesure de proposer des lignes statistiques de premier plan qui aurait dû lui ouvrir les portes de la sélection. Individuellement, le  » Reign Man  » marche sur l’eau et sur la tête de ses adversaires. En 94/95, il prend part à toutes les rencontres des Sonics et parvient encore à améliorer ces stats des saisons précédentes. Il facture 18,7 points et 10,9 rebonds au terme de la saison régulière. Il prend littéralement feu contre les Lakers au premier tour des playoffs de 1995.  Mais malgré les 24,8 points, 12 rebonds, 1,8 contres et 2,8 passes de moyenne qu’il oppose aux joueurs de L.A, les Supersonics retombent dans leurs travers et se font taper dés la première série. Cette fois, le front-office des Sonics jure qu’on ne l’y reprendra plus. Choix est fait de se séparer de l’élégant Kendall Gill, joueur talentueux mais difficile à gérer. C’est l’expérimenté Hersey Hawkins qui arrive en échange. Georges Karl drive avec brio son nouveau bolide qu’on surnomme le  » Sonic Boom « . Cette fois il n’y aura pas de fausse note. Les Supersonics s’invitent aux finales de 1996. Shawn Kemp en profite pour signer sa meilleure saison régulière sous le maillot de sa franchise de coeur. 19,6 points et 11,4 rebonds de moyenne. Costaud. Il faudra au moins ça pour s’attaquer à la montagne Chicago. Car bien entendu, ce sont les Bulls qui se dressent sur la route de Seatlle. Des Bulls donnés largement gagnants, eux qui viennent d’enregistrer le record historique de la ligue pour un bilan de saison régulière. La marche sera trop haute pour les joueurs de la cité d’émeraude. Seattle se fait marcher dessus, et laissent les 3 premières manches aux coéquipiers de Jordan. Kemp qui tient son rang lors de cette série et qui fait mieux que contrarier Dennis Rodman aux rebonds décide de donner de la voix et de secouer le cocotier. Il ne veut pas entendre parler de sweep :

 » Perdre c’est une chose pas agréable. Mais perdre sur son parquet c’est encore pire. Je ne veux pas qu’il fête leur titre chez nous. « 

Seattle se reprend et remporte les game 4 et 5. Le capitaine des Sonics choisit ce moment décisif pour s’exprimer :

 » Toute la saison on nous a pris pour des types pas sérieux. Nous avons gagnés 64 matchs lors de la saison régulière, et on nous prenait pour des types pas sérieux ? Cette équipe à des qualités. Personne ne croyait que nous pouvions inquièter Chicago. Moi je le savais. Je ne suis pas surpris par nos 2 victoires. La série n’est pas finie.  »   

Kemp part chez les CAVS. La fin d'une époque.

Kemp part chez les CAVS. La fin d’une époque.

Bien entendu Chicago ne se fait pas prier pour plier la série devant son public. Malgré les 18 points et 14 rebonds de Kemp, les Sonics s’inclinent dans ce 6ème match et voient le titre s’envoler. Ces finales 1996 auraient du être un nouveau palier dans la carrière de Shawn Kemp. Quand on boucle un événement aussi important avec 23,3 points, 10 rebonds et 2 blocks de moyenne au compteur, on doit forcément confirmer la saison suivante. Pourtant, cette finale perdue restera pour toujours comme le plus haut fait d’arme du  » Reign Man  » qui rate donc ici l’opportunité d’ajouter un joyau à sa couronne. La suite sera moins rose pour Kemp. A l’orée de l’exercice 96/97, les Sonics font partie une fois de plus des prétendants au titre suprême. Un grain de sable va pourtant venir enrayer la belle mécanique des hommes de Georges Karl. Ce  » petit  » grain de sable mesure 2,16 m et arrive directement de Washington. Il porte le nom de Jim McIlvaine. Le jeune pivot déboule en début de saison pour occuper un poste sinistré. Seulement le joueur n’a strictement rien prouvé chez les Bullets. Ces statistiques sont ridicules et son impact proche du néant. Le front-office de Seattle décide de miser sur lui. Après tout, le joueur est encore jeune. C’est là que commencent les soucis. Une histoire de monnaie. Les Supersonics proposent un pont d’or à McIlvaine. Première boulette des dirigeants. Devant ce contrat astronomique, Shawn Kemp, qui est tout de même l’un des leaders de l’effectif et All-Star confirmé demande que l’on revoit à la hausse son salaire. Requête rejetée. Voilà la seconde boulette des dirigeants. Kemp est dégouté, et il pourri l’ambiance interne du groupe. Ces stats ne s’en ressentent pas vraiment, même si elles sont en baisse pour la première fois depuis qu’il joue pour Seattle. Il redresse la barre lors des playoffs en compilant 21,6 points et 12,3 rebonds lors de cette campagne. Mais trop tard, le ver est dans le fruit. Les Supersonics se font sortir en demi-finale de conférence par les Rockets. Jim McIlvaine ? 1,8 points et 0,4 rebonds. Vous avez dit gâchis ? Cette fois le divorce est consommé. Le staff des Supersonics le laisse filer. Un blockbuster deal incluant notamment Vin Baker se met en place. Shawn Kemp prend la direction de Cleveland. Nous sommes en Septembre 1997, une page se tourne.

LES FLAMMES DU MAL

Cleveland, la déchéance pour Kemp.

Cleveland, la déchéance pour Kemp.

En débarquant chez les Cavaliers, Kemp revoit forcément ces ambitions collectives à la baisse. Par contre, financièrement, il sait pourquoi il est là. L’Ohio n’est peut-être pas le cadre de vie le plus idyllique de la ligue, mais avec un contrat de 107 millions de dollars sur 7 ans, Shawn Kemp obtient ce qu’il voulait. En plus le  » Reign Man  » met un point d’honneur à prouver qu’à 28 ans il n’est pas encore fini. Il effectue une première saison très satisfaisante. Il reste dans ces standards en alignant une moyenne de 18 points et 9,3 rebonds. Il devient même cette saison là le premier Cavaliers à être titulaire au All-Star Game. Un All-Star Game où il rend une copie très propre, compilant 12 points et 11 rebonds. Pour sa seconde saison, il franchit pour la première fois de sa carrière le seuil des 20 points par match avec 20,5 unités de moyenne. Une stat à relativiser car la saison fût écourtée pour cause de lock-out. Mais du côté de Cleveland, certains cadavres sortent du placard. On lui prête des dépendances à la drogue et à l’alcool. Et puis surtout, le  » Reign Man  » affiche une silhouette pachydermique. On parle d’un pic à 143 kilos en 2000. Si il y a encore un endroit ou Kemp règne en maître, il faut à notre avis se tourner vers les comptoirs des fast-food de Cleveland. Ajoutons à tout ce tumulte, les rumeurs qui feraient de lui le probable papa de 7 gamins, issus de 6 relations différentes. Shawn Kemp et les 7 nains ? Un triste remake, et ici on ne parle plus d’un conte de fées mais d’une descente aux enfers. Le coach des Cavs, Randy Wittman démarre sa carrière et ne parvient pas à gérer cet épineux souci. Shawn Kemp vaut encore 17 points et 8 rebonds, mais sa négligence et son attitude dérangent. La preuve avec cette cocasse anecdote de Terry Pluto, journaliste de Cleveland proche des Cavaliers à cette époque :

 »  Shawn Kemp était en retard pour prendre l’avion avec l’équipe, comme d’habitude. Il commençait à être à court d’excuses. Cette fois-ci, il a donné ce motif : ‘mon chien s’est endormi devant ma voiture et j’ai dû attendre qu’il se réveille. « 

Orlando, son dernier jersey

Orlando, son dernier jersey

Le front-office des Cavaliers n’en veut plus et le brade contre les déjà vieillissants Clarence Weatherspoon et Chris Gatling. Shawn Kemp atterrit à Portland qui reste sur une finale perdue et qui s’appuie sur un effectif expérimenté. Mais le joueur n’a plus rien à offrir. Ou si peu. Il ne trouve pas les solutions à ces problèmes personnels. Les cures et les programmes de réhabilitation s’enchaînent sans succès. Il joue durant deux saisons pour les Blazers, une quinzaine de minutes par match. Rien d’exceptionnel. Il casse son contrat et décide de quitter Portland. Le 5 septembre 2002 il signe au Magic d’Orlando en tant que free-agent pour le salaire minimum. Mais Kemp rejoue la même partition. Les dirigeants du Magic doivent le suspendre à plusieurs reprises. Il a pourtant le soutien de son coach Doc’ Rivers, qui pense que tout le monde mérite une seconde chance. Shawn Kemp plongé dans ces soucis ne saisira pas la main tendue. Après 14 saisons sur les parquets de la ligue il décide de mettre un terme à sa carrière.

UN RÈGNE PLUVIEUX ET SANS COURONNE

On le retrouve amoindri en 2005. Il reprend l’entrainement, affiche 15 kilos de moins au compteur et une rumeur d’un hypothétique retour commence à faire son chemin. Denver ou Houston viennent aux nouvelles, Shawn ne semble pas tout à fait guéri. Sans aucune raison il fait faux bond aux Rockets qui l’attendent pour un workout. La dépendance toujours. Son nom refait surface dans la rubrique fait divers : arrestation en possession de drogue, un flingue en poche. Il tente un dernier run en 2008. Direction l’Italie et le club de Premiata Montegranaro. Rien à signaler lors de cette expédition. Les tribulations italiennes du  » Reign Man  » tournent court. Kemp repart rapidement aux USA à la suite de l’ouragan IKE afin de constater les dégâts à son domicile. Malgré une fin de carrière indigne de son talent, Shawn Kemp fait partie des joueurs ayant illuminé les années 90. Quand on évoque le  » Reign Man « , les images affluent. Celles d’un joueur tonique et explosif. Capable de prendre les rebonds avec autorité ou encore de claquer des dunks électrisants venus de nulle part. Des dunks d’une violence rare (unique?) à l’époque. Shawn Kemp était un joueur qui faisait se lever les foules, un type qui sortait un public de sa torpeur sur une seule action. Il ne se passait pas une semaine sans que le duo qu’il formait avec Gary Payton ne se retrouve dans le top ten. A l’image de Chris Paul et Blake Griffin aujourd’hui. Le mimétisme offensif entre les deux binômes est d’ailleurs saisissant. Mais n’en parlez pas à Shawn, il se considère supérieur à Griffin comme il l’expliquait en 2012 lors d’un entretien sur sonicsgate.org :

   » Certains de ses dunks n’en sont pas vraiment, ce sont ce qu’on appelle des « slap-ins », moi je plaçais des tomahawks, c’est ça la vraie différence. La plupart de ses dunks arrive alors qu’il est déjà en train de courir, moi quand je dunkais sur des gens, je le faisais aussi en détente sèche. Je couvrais tous les aspects, pas seulement un. « 

Avis pertinent ou non, par principe et aussi par conviction, Basket Rétro prend le parti des anciens. Kemp est parvenu durant ces années Sonics à élever la violence et la férocité de ses dunks au rang de poésie. C’est pour cette raison, et parce qu’il nous a fait rêver, que Kemp mériterait d’avoir son maillot accroché au plafond d’une salle. Problème de taille (et non pas de poids), il n’y a plus de franchise à Seattle depuis 2009. C’est peut-être pour ça que Shawn Tyrone Kemp se bat aujourd’hui pour le retour d’une franchise dans la cité d’émeraude. Les couleurs et le nom Sonics étant toujours propriétés de la ville, le combat n’est pas vain. Alors, nous aussi, battons nous, pour qu’un jour enfin, le  » Reign Man  » retrouve sa dignité et un royaume à sa mesure.

SES STATS NBA

  • Points: 15 347 soit 14,6 par match.
  • Rebonds: 8 834 soit 8,4 par match.
  • Contres : 1 279 soit 1,2 par match
  • Matchs: 1 051 matchs NBA disputés dont 728 titularisations
  • 88 matchs de playoffs NBA disputés

SON PALMARÈS

  • All-Star de 1993 à 1998
  • Champion du monde en 1994
  • 2nd All-NBA Team 1994/1995/1996

TOP TEN DE SES DUNKS

TOP TEN ALLEY-OOP FROM GARY PAYTON

Crédits photos : NBA Religion/Sports Illustrated/SB Nation 

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About Waka Bayashi (87 Articles)
Enfant des eighties, c'est au début des années 90 que je découvre la NBA. En 1993 j'obtiens mon brevet des collèges grâce à l'épreuve de Géographie au cours de laquelle je localise les plus grandes villes sur la carte des Etats-Unis, en ajoutant entre parenthèses le nom des franchises de la ligue, en espérant secrètement quelques points bonus. Fan des joueurs avec un taux de trash-talking élevé (coucou Reggie Miller), j'ai intégré l'équipe de Basket Rétro afin que mes parents soient fiers de moi.

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