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Derrick Pope, le Guerrier Celte

Portrait

Le basket français n’a pas toujours accueilli des joueurs Américains de « seconde zone », des mercenaires. Si de nos jours, quelques « noms » font à nouveau rêver sur la grille de départ de la Pro A, dans les années 90, notre championnat était un vrai Eldorado pour les stars US ne trouvant preneur ni en NBA, ni en Italie.

Parmi elles, un joueur semble parfaitement symboliser la fièvre Américaine qui sévissait à cette époque. Un guerrier. Un leader. Un type qui a fait croire à lui seul qu’il pouvait hisser toute une région au sommet du basket français. Un héros. Un Celte.

Né en 1961 à Wichita dans le Kansas, Derrick Pope grandit en jouant au football américain et rêve alors de NFL. Sur les conseils de sa mère, c’est pourtant vers le basket qu’il se tournera en rejoignant l’université de Montana. Après un cursus honnête (MVP de la Big Sky Conference en Senior), il se présente à la draft en 83 où il est retenu par Portland, mais les Blazers qui choisissent cette même année Clyde Drexler tiennent déjà leur ailier rookie.

L’Américain décide alors de tenter l’aventure du basket Européen et se retrouve en novembre 1983 à Glasgow, dans le faible championnat écossais.

UN GEYSER JAILLIT A LORIENT

Derrick Pope pose ses valises en Nationale 1A, à Lorient

Derrick Pope pose ses valises en Nationale 1A, à Lorient

Après cette première expérience loin de son Amérique natale, Derrick, qui vient d’avoir 24 ans, a besoin de challenge sportif. C’est alors que le petit club Breton de l’ABCEP Lorient, qui monte en Nationale 1B, le signe en Septembre 1985. Il devient immédiatement le leader de cette jeune équipe avec ses 28 pts et 7 rebonds par match. Le public Lorientais qui découvre alors le basket pro, ne sait pas encore qu’il assiste aux premiers pas de son héros. D’un des meilleurs américains passés par la France. L’ABCEP termine 13ème et se maintient donc dans l’antichambre de l’élite, à la surprise générale.

Pour sa deuxième saison en professionnel (86-87), Derrick Pope va devenir l’icône de la ville. A la faveur d’un changement de formule du championnat, Lorient se retrouve en Nationale 1A. Non seulement, Pope y affiche des chiffres bien propres (23 pts 8 Rbds et 3 Assists), mais il impressionne tous les observateurs par la facilité déconcertante avec laquelle il exécute sa tache (60% à 2 pts et 44% à 3 pts !).

L’empreinte de « Sydney » Pope est posée. Il emmène les siens à la 8ème place du championnat et en Play-offs, Lorient gagne la première manche des ¼ face à l’Élan Béarnais d’Orthez. Inimaginable pour cette petite ville tranquille de Bretagne Sud. Les hommes d’Hufnagel rappelleront cependant les rêveurs bretons à l’ordre et s’envoleront vers le titre mythique que l’on sait face à leur ennemi Limougeaud.

La saison suivante, Pope est superbe et se pose comme un des meilleurs renforts étrangers du championnat. Plus que ses stats de MVP ou encore la 12ème place de Lorient, c’est son attitude qui marque les esprits. Il « invente » des actions bien à lui, et en rajoute jusqu’à devenir un peu cabotin. Shoots à 9 mètres, dunks 360°, tomahawk à une main, double-pump au milieu du trafic… Derrick, qui sur le terrain semble surgir de partout à la fois, devient « Le Geyser », un des plus grands show-man du championnat. Un type en avance sur son temps qui produisait un spectacle comme on avait encore rarement vu à cette époque.

DU SOMMET AU DOUTE

Derrick pope en héros de toute une région

Derrick pope en héros de toute une région

En 89, Pope va encore passer un cap. Il devient durant cette saison l’un des plus fabuleux « clutch players » jamais passés par la France. Alors que Lorient jouit toujours d’une image de « petite équipe », Pope va faire trembler les géants. L’homme aux « googles » et son équipe étonnent toute la saison et manquent de peu (-2 au goal-average) de terrasser l’ASVEL au premier tour des Play-offs. C’est l’apogée de la Dynastie Pope à Lorient.

La folie « Derrick Pope » bat alors son plein dans la région bretonne qui s’identifie toute entière à ce héros improbable venant du lointain Montana. Pourtant en 1990, devant la montée en puissance des autres équipes du basket français, Lorient rate sa saison. Derrick, maintenant attendu au tournant, au bout du rouleau après plus de quarante matchs joués, regarde impuissant son équipe redescendre en N1B.

Pope est alors en proie à un sacré dilemme. Il veut rester fidèle à Lorient, mais d’un autre côté, sa carrière est en pleine vitesse et à 29 ans, il lui semble alors judicieux de rejoindre l’ambitieuse équipe Nantaise (6ème de Nat. 1A). Le Nantes BC, qui a mis le prix pour récupérer Pope, se positionne dès lors comme l’un des favoris du championnat. Une belle collection de talents assemblée à Nantes, mais la mayonnaise ne prendra pas. La saison sera un échec. Le club est relégué. Bien sûr l’ailier US alignera des stats dignes de ce qu’il avait déjà produit par le passé, mais jamais il n’arrivera à tirer ses coéquipiers nantais vers le haut. L’année suivante sera encore pire puisque Nantes sera placé en liquidation judiciaire et le club disparaîtra (comme beaucoup d’autres à cette époque).

L’Américain est alors en proie au doute. Durant l’intersaison 92, Derrick se cherche. Il se cherche comme joueur, mais aussi comme homme. C’est pendant cet été olympique qu’il fera la connaissance de Yannick LeManac’h.

UN LEADER EXPÉRIMENTÉ

L’entraîneur du COB de Saint-Brieuc propose alors à Pope de reconstruire l’équipe autour de lui. Encadrant ainsi une équipe jeune et prometteuse, il emmènera le COB bien plus loin qu’il ne pouvait l’espérer. L’équipe s’avérera être l’un des épouvantails de ProB. Pope est le relais entre l’expérience et la jeunesse, mais surtout avec Le Manac’h, coach charismatique, il crée une vraie vie d’équipe.

Saint-Brieuc et Pope vont vivre une vraie histoire d’amour, marquée par des exploits toujours plus retentissants (quel duel face à Bruce Bowen alors à Évreux !). Plus que d’être le leader absolu de cette dynamique équipe de Saint-Brieuc, il devient une nouvelle fois le héros de toute une région.

Les mois qui vont suivre vont être éprouvants pour l’Américain. Le mauvais sort va s’en mêler puisque Saint-Brieuc va perdre à peu d’intervalle prêt son coach Le Manac’h et 2 ans plus tard son club…

Le Geyser jaillit sur chaque ballon...

Le Geyser jaillit sur chaque ballon…

Derrick a besoin de changer d’air et son nouveau passeport français va rapidement lui rouvrir les portes de la Pro A. A 36 ans, il rejoint le BCM Gravelines qui espère trouver en Pope, non pas le scoreur explosif qu’il a été en Bretagne, mais plutôt une sorte de mentor capable de guider ses jeunes troupes. Et « Le Geyser », bien qu’il ne jaillisse plus aussi haut qu’avant, mènera assurément sa mission pendant 2 ans avec près de 7 pts par match contre des gars de 15 ans plus jeunes que lui… Le club du Nord le remerciera à la fin du mois de juin 99.

Après 14 saisons passées dans le championnat de France, Derrick décide alors pour lui et pour sa famille de retourner s’installer en Grande-Bretagne. A bientôt 40 ans, Pope signe à Coventry et trouve un moyen de continuer à jouer pour le plaisir. Avec un jeu encore spectaculaire et consistant, il devient l’un des joueurs les plus populaires de la ligue anglaise.

Fin 2005, il décide de mettre un terme à sa carrière à 44 ans. La famille Pope est repartie s’installer à Jenks, dans la banlieue de Tulsa, Oklahoma. Après avoir été un temps chauffeur de bus, Pope a voulu enfiler le costume d’instituteur. Mais au dernières nouvelles, il allait finalement devenir kinésithérapeute, afin de rester en contact avec le milieu sportif, sa première passion.

Aujourd’hui, Derrick Pope, héros Breton des années 80-90, suit avant tout les carrières de ses trois fils : Nick évolue depuis 7 ans en LNB et porte le jersey du STB Le Havre ; Bryson qui a porté le maillot de l’Équipe de France U19, joue chez l’ogre Caennais, en Nationale 2 et enfin Nathan, son plus jeune fils aura fait un essai à… Lorient en Nationale 2, sans succès toutefois puisqu’il ne sera pas conservé… Quand un Pope peut en cacher un autre…

CLUBS

1979 – 1983 : University of Montana (NCAA)
1983 – 1984 : Glasgow (1er division)
1984 – 1985 : Falkirk (1er division)
1985 – 1990 : CEP Lorient (Nationale 1 B et Nationale 1 A)
1990 – 1991 : ABC Nantes (Nationale 1 A)
1991 – 1997 : CO Briochin (Pro B)
1997 – 1999 : BCM Gravelines-Dunkerque (Pro A)
1999 – 2005 : Coventry (BBL)

Crédit photo : MaxiBasket & Le Télégramme.

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About Sandy RonD'1 (16 Articles)
Breizh Ball Don't Lie...

3 Comments on Derrick Pope, le Guerrier Celte

  1. Très bon article qui résume bien les choses, je pense.
    Que de souvenirs !
    Petite erreur cependant, le plus jeune des trois fils d’IronSyd est Bryson et non pas Nathan.
    Bonnes fêtes à tous!

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  2. Quel joueur extraordinaire ce pope avec bien sur son compere edward o brien

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  3. Joueur exceptionnel tout parraissait facile avec lui.
    Je l’ai connu lorsqu’il jouait a st brieuc.

    J’a même eu la chance de faire un match de beach volley contre luk un soif d’été sur lea plage des rosaires. Il aurait ete tres bon volleyeur également! !!

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