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[Portrait] Hervé Dubuisson, l’artilleur à la française

Portrait

Avec sa gueule d’ange, ses qualités offensives hors-normes et un nom qui aurait pu lui permettre de figurer au générique d’un film d’Audiard, Hervé Dubuisson (58 ans) marquera au fer rouge l’histoire du basket français. Détenteur d’une multitude de records, il traversera les époques pour s’offrir la bagatelle de 25 saisons au plus haut niveau.

Et même avec le recul, l’expression  » la saison de trop  » ne semble pas s’appliquer à celui que l’on surnomme Dub’. Une preuve ? Le ch’ti (il est né à Douai) s’adjugera le titre de MVP du All-Star Game français en 1994, à l’âge de 37 ans. Vous avez dit inoxydable ?

UN GÉANT A DENAIN

Né en 1957 dans le Nord de la France, Hervé Dubuisson est tout d’abord tenté par le saut en hauteur, un sport où il peut faire étalage de toutes ses qualités athlétiques. Lorsque la grisaille l’empêche de sauter, Hervé se réfugie dans la gymnase pour échapper aux averses. C’est ainsi qu’il se met au basket. Là aussi, grâce à ses aptitudes naturelles, Dubuisson fait parler de lui. Denain, alors club phare de la région ne laisse pas passer l’occasion et enrôle le jeune homme qui ne tarde pas à mettre tout le monde d’accord. Alors âgé de 15 ans, Hervé est surclassé pour évoluer avec l’équipe Juniors. Il en profite pour éclabousser de sa classe le championnat de France de cette même catégorie. Il balance notamment 47 pions dans le buffet d’une défense mancelle impuissante. Pire, il remet le couvert en finale en facturant 40 unités. La légende est en marche.

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Le talent n’attendant pas le nombre des années, Hervé Dubuisson enchaîne et se voit retenu avec l’équipe première pour un match de coupe Korac pour affronter l’équipe Luxemburgeoise de Steinsel. Il est agé de seulement de quinze ans et demi. Record validé ! En fin de saison, alors qu’il est en stage avec les cadets nationaux, Dub’ inscrit une fois de plus son nom en lettres capitales sur les tablettes du basket français. Encore un record de précocité pour lui ; alors qu’il n’a que quinze ans et neuf mois, il intègre l’équipe de France pour affronter la RFA un soir de mai 1974. Une sélection qui fera de lui, encore à ce jour, le plus jeune international tricolore de l’histoire. Le club de Denain devient alors trop petit pour celui qui s’annonce comme un futur très grand. Quelques universités américaines s’intéressent au phénomène, mais la raison l’emporte et Hervé Dubuisson rejoint Le Mans, sans regret notable comme il le dit lui-même :

 » J’avais un contrat garanti avec la meilleur équipe de l’hexagone aux côtés de joueurs exceptionnels et je n’avais que 18 ans. Je ne pense pas qu’on puisse dire que ce fut un mauvais choix « 

EQUIPE DE FRANCE, RECORDS ET SUMMER LEAGUE

dubuisson-shootAvec l’équipe Sarthoise, sous les ordres du coach Bill Sweek (un ancien coéquipier de Kareem Abdul-Jabbar), Hervé continue son récital offensif. Cinq saisons durant, son shoot assassin et sa virtuosité seront des pièces maîtresses du jeu offensif manceau. Le club décroche deux fois le titre de champion de France (en 78 et 79). Hervé de son côté s’adjuge le titre de meilleur marqueur de N1 (l’ancienne appellation de la pro A) en 1980. Le début d’une longue série. En effet, les années 80 seront celle de Dub’. Alors qu’il a rejoint Antibes (80/82), et qu’il portera ensuite le maillot du Stade Français entre 1982 et 1993 (qui deviendra ensuite le Racing Paris), il décroche sur la seule décennie, ce titre honorifique à 8 reprises. Il ne laisse que les exercices 1986 et 1988 à ses adversaires. Devenu une figure incontournable en équipe nationale, Dubuisson en profitera pour devenir le joueur le plus capé en bleu avec 254 sélections. Un record qui tient toujours. Un autre de ses records en bleu (en plus donc de celui de plus jeune sélectionné de l’histoire) est celui du grand nombre de points inscrits. En une rencontre ou au total ? Les deux mon général ! Avec un total de 3 821 points, Hervé a placé la barre très haute (à titre de comparaison, Tony Parker est actuellement à 2 366 points). En ce qui concerne le record de nombre de points inscrits dans un match, il faut remonter au 21 Novembre de l’année 1985 et à un affrontement contre l’équipe Grec. Au terme de trois prolongations de folie, Dubuisson termine la rencontre avec 51 unités au compteur.

A coup sûr, la salle de Equeurdreville dans la banlieue de Cherbourg doit encore se souvenir de cette épique soirée. Rien de surprenant à ce que Hervé Dubuisson affole ainsi les compteurs. Après tout, un an auparavant, les New Jersey Nets le repèrent aux JO de Los Angeles où il évolue sous le maillot de l’équipe nationale. Malgré une campagne plutôt moyenne des bleus, émaillée notamment de soucis internes mettant en cause les égos de certains joueurs, Dub’ tape dans l’oeil des scouts de la franchise NBA. Le voilà donc qui participe à la Summer League. Une première pour un  » frenchy « . Mais la NBA n’est pas encore aussi ouverte qu’aujourd’hui sur le basket extérieur. Elle se méfie de tout ce qui ne sort pas de ces universités, et devant l’impossibilité pour les Nets de proposer un contrat garanti à Hervé, il préfère revenir à Paris où il est encore sous contrat. Cette expérience offrira la une de l’Equipe Magazine à Dubuisson, qui ne garde pas un souvenir impérissable de cette expérience :

 » C’était vraiment la guerre entre les joueurs, en dehors d’Oscar (ndlr : Oscar Schmidt, un joueur brésilien, meilleur marqueur des JO de 1984) et moi, personne ne se parlait, même à table  »    

En 1993 l’aventure dans la capitale prend fin pour Hervé Dubuisson. Une fois de plus, Dub’ ne part pas sans inscrire son nom au panthéon du basket français. Sous le maillot du club de la capitale, il s’offre ainsi le record de nombre de points inscrits dans une rencontre de Pro A, avec la bagatelle de 55 points marqués. La victime de ce carnage se nomme l’ASPO Tours.

37 ANS ET TOUTES SES DENTS

Dubuisson2Du haut de ces 36 printemps, beaucoup voient en lui un joueur en fin de carrière. Sans club en Juillet et donc au chômage, c’est finalement les dirigeants du club de Seaux qui lui proposent un challenge à la hauteur de son talent. Sous les couleurs de ce tout jeune club parisien,

Dub’ démontre qu’il n’a strictement rien perdu de ces capacités. Il rend une copie quasi-parfaite lors de son passage à Seaux avec une moyenne de 21,4 points par match. Assez pour lui permettre d’intégrer le All-Star Game de la LNB. Lors de cette rencontre, Hervé Dubuisson va réciter son basket comme rarement. Shoots from  » downtown « , assists au millimètres et même un dunk sur la défense de l’équipe américaine médusé. Ce match se résumé à un Dub’ show de haute volée. Jacques Monclar le coach de la sélection française se souvient :

 » On voit direct qu’il est chaud.. Mais les ricains au bout d’un moment ils commencent à le trouver maussade, alors ils vont sur lui, et là il devient chaud brûlant ! « 

37 ans, 34 points, et un titre de MVP. Les légendes sont éternelles. Le palais des sports de Tours est debout pour acclamer son héros. Devant les caméras de France Télévision, Hervé Dubuisson fera taire tout ses détracteurs. Il étalera surtout ses nombreuses qualités. Car le jeu de Dub’ ne se résume pas qu’à des shoots longues distances. Capable de pénétrer ou de délivrer de superbes caviars à ses partenaires, Hervé était un joueur bien plus polyvalent qu’on ne le pense. Il n’y a guère que sur la qualité de sa défense que l’on pouvait égratigner le Dub’. Certains la qualifieront de lymphatique, d’autres tout simplement d’inexistante. L’intéressé se défend :

 » On croit que je me fous de tout. Non, je suis relax, c’est tout. Et cela explique mon adresse. Vous en connaissez beaucoup des gars toujours sur les nerfs qui alignent les paniers à 8 mètres ? « 

Pan ! Ca, c’est pour les mauvaises langues. Après sa superbe saison à Seaux, Hervé revient dans sa région natale pour évoluer sous le maillot du BCM. Une fois de plus, son passage marque les esprits. Dans un nouveau rôle, avec un temps de jeu amoindri, il termine l’exercice avec une moyenne de 12,3 points par match. En quart de finale des playoffs, contre Levallois, tel un diable jaillissant de sa boîte, Dubuisson éclabousse la rencontre de sa classe et de son jump shoot de virtuose. 34 points au compteur et un insolent 8 sur 16 derrière l’arc. Lui qui se déclare souvent être né tireur, démontre une fois encore qu’il faut compter sur lui et sur la confiance aveugle qu’il affiche en son shoot à tout instant. Capable de marquer en position assise depuis le milieu du terrain, Hervé explique sa réussite par ses mots simples :

 » Pour moi c’était impossible de rater. C’est peut-être extravagant dit comme ça, mais pour moi, quand je shootais, c’était dedans. Sûr ! « 

LE DRAME D’UN COACH PROMETTEUR 

dubseauHervé n’en a pas encore fini avec le basket pro’. Après sa saison avec les maritimes de Gravelines, il met le cap à l’Est pour enfiler la tenue du SLUC Nancy. C’est là bas qu’il met une première fois un terme à sa carrière de joueur. Incapable de quitter le monde du basket, un monde qu’il côtoie depuis tant d’années, Dub’ passe ses diplômes d’entraineur pour s’asseoir sur le banc de Montpellier. Une reconversion réussie puisque c’est Antibes qui décide de faire appel à ses services. Hervé ne confirme pas le bon travail accompli dans l’Herault, et les dirigeants antibois le limogent au bout d’une petite saison. Dubuisson fait le trajet dans le sens inverse et revient du côté de Montpellier. Il rechausse les sneakers pour un ultime baroud d’honneur. Il va même se rappeler aux bons souvenirs des antibois en inscrivant les 12 derniers points de son équipe sur le parquet de son ancien employeur. Victoire de 8 points pour Montpellier. Messieurs, vous avez le bonjour d’Hervé ! Contre Besançon il va même enquiller 30 points, comme ça, pour la forme.

Après 25 saisons au plus haut niveau, et à plus de 40 ans, cette fois il est temps de décrocher pour de bon. Hervé Dubuisson reprend donc son rôle de coach, et c’est du côté de Nancy qu’il trouve une terre d’accueil. Le SLUC espère devenir une place forte du basket français, et la venue de la légende Dubuisson s’inscrit bien entendu dans ce projet. Les débuts sont prometteurs. Le club se qualifie pour la coupe Korac. Et puis le 10 Mai 2001, le destin de Dub’ bascule. Il se fait renverser en moto à proximité de son domicile par un chauffard qui prend la fuite. La vie d’Hervé change en quelques minutes, et il doit mettre un terme à sa prometteuse carrière sur les bancs de touche. Black-out total pour Hervé. Son équipe va de son côté allez chercher la coupe Korac. Une victoire qui lui sera bien entendu dédiée. Après deux mois de coma et une rééducation éprouvante, Hervé Dubuisson se considère aujourd’hui comme un miraculé.  Il revient sur son accident dans les colonnes du Républicain Lorrain :

 » J’ai eu une perte immédiate de la mémoire, je ne me souvenais plus du tout des sept ans qui ont précédé l’accident. On me les a racontés et j’ai beaucoup lu depuis pour refaire mon retard. J’ai aussi suivi cinq années de rééducation, avec des kinés, des psys.. Heureusement que j’étais un athlète de haut niveau. Je ne me suis pas laissé aller, sauf les deux premières années. Je déprimais grave. Quand j’ai appris que je ne pourrais plus jamais entraîner, j’ai perdu complétement confiance. C’était toute ma vie.  »       

Avec ou sans balle orange la vie continue pour Hervé Dubuisson. Si il se dit lui-même,  » mi-sportif  »  sur le ton de l’humour, il n’en demeure pas moins un champion d’exception. Présent sur de nombreux fronts, Hervé distille ses conseils et son expérience. Loin d’être frustré par sa situation, il est le premier à s’être félicité de la victoire des bleus au championnat d’Europe. Bon joueur, il se montre très enthousiaste quand on lui parle de Tony Parker par exemple. Mais tout ça est à l’image de l’homme et du joueur. Quelqu’un que l’on considère de façon unanime comme attachant et aimable. Hervé Bedellem, qui l’a côtoyé au BCM ne dit pas autre chose, et dépeint le portrait d’un homme qui n’aura mis qu’une seule saison pour se mettre dirigeants, joueurs et supporters dans la poche :

« C’est un homme charmant, d’une gentillesse et d’une courtoisie remarquable. Il était très avenant malgré sa notoriété. C’était un grand joueur mais il n’avait pas du tout la grosse tête, il était serviable et proche des gens. J’en garde un souvenir très agréable car il avait toujours le mot pour rire et était disponible. « 

Voilà de quoi se faire un avis sur l’homme. Pour le joueur, les stats et les records sont là pour témoigner. Pas besoin d’en rajouter. Alors, Monsieur Dubuisson, si vous vous qualifiez avec dérision de  » mi-sportif « , sachez que moi je ne vous considère pas comme une demi-légende. Votre nom est pour toujours associé à l’histoire du basket français, pour ne pas dire mondial. Pour ces raisons, il était normal que Basket Rétro revienne sur cette carrière incroyable. Et ne vous inquiétez pas Dub’, si les Nets ne vous ont pas proposé de contrat à la hauteur de votre talent, ici votre nom restera à jamais dans les annales du basket. Et cette fois ci, c’est garanti !

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Dub et TP, deux légendes réunies

STATS ET RECORDS

  • Record du nombre de saison en pro’ (25)
  • Record du nombre total de points inscrits (12 487)
  • Record du nombre de points inscrits en une rencontre de ProA (55)
  • Champion de France 1978 et 1979
  • 8 fois meilleur marqueur du championnat de France
  • MVP du All-Star Game LNB 1994
  • Record du nombre de sélections en équipe de France (254)
  • Record du nombre de points inscrits en équipe de France (4 601)
  • Record du nombre de points inscrits en une rencontre avec l’équipe de France (51)

LE FILM HOMMAGE DE LA FFBB

Crédits photos : Basket Denain/BCMbasket/forum-MSB.fr

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About Waka Bayashi (87 Articles)
Enfant des eighties, c'est au début des années 90 que je découvre la NBA. En 1993 j'obtiens mon brevet des collèges grâce à l'épreuve de Géographie au cours de laquelle je localise les plus grandes villes sur la carte des Etats-Unis, en ajoutant entre parenthèses le nom des franchises de la ligue, en espérant secrètement quelques points bonus. Fan des joueurs avec un taux de trash-talking élevé (coucou Reggie Miller), j'ai intégré l'équipe de Basket Rétro afin que mes parents soient fiers de moi.

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