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[Happy Birthday] Lloyd Daniels, l’enfant de la balle

Portrait

Il aurait pu être l’un des plus grands joueurs à avoir foulé les terrains. Légende des playgrounds new-yorkais, son avenir était tout tracé en haut de l’affiche… Mais la drogue, la violence de la rue et le manque d’éducation ont mis à mal la carrière de Lloyd Daniels qui fête aujourd’hui ses 48 ans. 

Bien qu’il ait joué en NBA dans les 90’s, il reste de « Swee’Pea » le sentiment d’un immense gâchis, d’un talent qui n’aura jamais réellement éclot, mais qui aurait pu être au même niveau que les légendes de ce sport.

UNE STAR DES PLAYGROUNDS NEW-YORKAIS

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Un talent gâché (c) NBA

Lloyd Daniels a grandi à New-York, c’est l’histoire malheureusement banale d’un jeune issu de ghettos, qui a côtoyé dès le plus jeune âge la violence des rues. Sa mère décède d’un cancer alors qu’il n’a que 3 ans, son père, alcoolique, ne s’en occupe pas, laissant des proches le gérer tant bien que mal. Lloyd Daniels, livré à lui-même, trouve un exutoire dans le basket. Il est doué. Très doué. Mais mal accompagné.

A l’âge de 7 ans, il lui arrive de jouer jusque très tard dans la nuit sur les playgrounds de Big Apple. Il peaufine sa gestuelle, à tel point que son tir devient « instinctif », il a tout juste besoin de regarder le cercle pour ajuster la mire. A l’adolescence, il grandit et diversifie son jeu. En plus d’être un excellent shooteur, il distribue le jeu comme personne, il arrive à voir les joueurs démarqués avant qu’ils ne s’en rendent compte eux-mêmes. A défaut d’aller à l’école, Swee’Pea, surnom dû à sa ressemblance avec le fils de Popeye, squatte les terrains et domine le jeu. Il est ce qu’on peut appeler un « Basketball Junkie ».

Malheureusement pour lui, il n’est pas seulement accro à la balle orange, mais aussi à la drogue. Il fume son premier joint à 10 ans, deale à 15 ans. Sa scolarité est plus que chaotique, il souffre de dyslexie, est viré de chaque établissement où il est inscrit. Bref, il ne trouve son salut qu’à l’intérieur des quatre lignes du terrain.

Jerry Tarkanian, coach emblématique d’UNLV (University of Nevada Las Vegas), repère le talent de Lloyd Daniels alors qu’il n’a que 14 ans, lors d’un tournoi organisé pendant le Five Stars Basketball Camp (un camp très côté aux Etats-Unis où sont passés de nombreux joueurs dont Michael Jordan). Bien qu’il soit le plus jeune joueur sur le terrain, il mène le jeu avec une maestria et une vision extraordinaire. Et pourtant, le jeune Lloyd n’a joué que 7 matchs de basket « organisé » sur la saison, en raison d’une fracture au pied qui l’a laissé sur la touche… Mais il a ce petit « plus » qui séduit Tarkanian, et ce dernier compte bien l’avoir dans ses rangs lorsqu’il sera en âge de rejoindre l’université. Tarkanian aurait du aussi savoir que malgré sa candeur et son visage poupon, Swee’Pea était aussi une source d’ennui… Le jeune joueur n’était pas clean, fumant un joint avant chaque match pensant que cela lui permettrait de « garder un haut niveau de concentration ». Mais ce n’était encore rien…

Lors de sa dernière saison de High School, Lloyd Daniels prouve tout son talent avec le lycée d’Andrew Jackson, situé chez lui, dans le Queens, avec des statistiques énormes: 31,2 pts, 12,3 rbs et 10,3 pds. Et pour la première fois, il ne se fait pas virer du lycée. Malgré un environnement défavorable et les mauvaises influences auxquelles Swee’Pea a tendance à céder, Jerry Tarkanian ne l’a pas oublié, et souhaite à tout prix l’avoir dans son effectif d’UNLV.

Il sait que Lloyd Daniels n’obtiendra jamais de diplôme, mais la voie pour le titre NCAA est grande ouverte pour les Runnin’Rebels avec ce talent de 2 mètres en meneur de jeu, et sa route sera toute tracée pour le monde professionnel, en NBA, où il laissera la misère de la rue derrière lui.

LE RENDEZ-VOUS MANQUE AVEC L’UNIVERSITE

Cependant pour entrer à l’Université, Lloyd Daniels doit satisfaire un certain niveau scolaire, et passer par la case Junior College. Il est envoyé à Mount San Antonio, en Californie. A cette période, en 1986, il est au sommet de son art, malgré son penchant pour la coke, et son illettrisme.

« Lloyd Daniels a un jump shot comme Larry Bird, et maitrise la balle comme Magic Johnson. En fait, la seule chose qu’il ne peut pas faire avec un ballon, c’est le dédicacer »

Un journaliste local à propos de son talent et de ses lacunes scolaires

Enfin déclaré apte à rentrer à l’Université quelques mois plus tard, un incident fait dérailler sa carrière: alors qu’il vient de s’installer  à Las Vegas, il est arrêté par la police alors qu’il achetait du crack, et l’arrestation est diffusée sur la télé nationale! Ce n’est pas ce genre de starification auquel Swee’Pea était habitué jusqu’ici. Pour sa défense, Daniels prétend être à la recherche de billets à acheter pour un match de basket… La publicité de ce triste événement oblige l’Université de Las Vegas à exclure Lloyd Daniels de l’équipe, avant qu’il ne joue un seul match pour les Runnin’Rebels.

Cette opération coûtera plus tard son poste à Jerry Tarkanian, des enquêtes prouvant qu’il a été en relation avec Richard Perry, un type peu recommandable, pour recruter Swee’Pea. Richard Perry était notamment connu pour avoir été impliqué dans plusieurs affaires, dont le scandale des matchs truqués de Boston College en 1981. Pour inciter Lloyd Daniels a signer à UNLV, Tarkanian et Perry auraient enfreint des règles de la NCAA, en donnant de l’argent et une voiture à leur jeune prodige.

L’ERRANCE PROFESSIONNELLE

Sa carrière universitaire terminée avant même d’avoir commencée, et sa réputation écornée, Lloyd Daniels est complétement paumé. C’est un paria de 20 ans, obligé de faire des pieds et des mains pour intégrer des ligues mineures. Il joue aux Topeka Sizzlers, en CBA (Continental Basketball Association), mais est viré pour ne pas avoir suivi de cure de désintoxication, sans parler d’une forme physique déplorable. Il part ensuite dans le championnat Néo-Zélandais, à Auckland, où l’ennui le rend dingue… En 1989, il revient en CBA, aux Quad City Rapids, pour deux malheureux petits matchs. C’est la déchéance, tant sportive, qu’humaine. Le splendide athlète n’est plus que l’ombre de lui-même, à cause des ravages de la drogue et de l’alcool.

Il entame un programme de réhabilitation en Californie, aux côtés d’autres anciens joueurs comme Roy Tarpley ou Dwayne « Pearl » Washington. Mais il ne s’y tiendra pas.

En mai 1989, de retour dans son Queens natal, il est retrouvé presque mort, avec trois balles dans le corps, gisant dans une mare de sang. Une brouille avec un dealer pour 8 petits dollars. A son réveil dans la chambre d’hôpital, il trouve un ballon dédicacé par Michael Jordan lui-même, et un bouquet de fleurs envoyé par Jerry Tarkanian, qui maintient le lien avec le prodige qu’il n’aura alors jamais réellement coaché. Les chirurgiens lui ôtent deux balles, dont une dans le cou, et lui laissent la troisième, fichée dans son épaule droite pour éviter des complications.

UN NOUVEAU DEPART

Cet événement, qui aurait pu avoir une issue tragique, marque le point de départ d’une nouvelle carrière. Alors qu’il fait des essais avec les Albany Patroons, toujours en CBA, Lloyd Daniels rencontre sa future femme, Kendra Dunn, qui donnera un nouveau sens à sa vie. Bien que non retenu par les Patroons, il trouve preneur à Miami, chez les Tropics, dans l’obscure ligue d’été de l’USBL (United State Basketball League). Son coach, John Lucas, est lui-même un ancien drogué qui le guide vers des cures de désintoxication.

« Luke (John Lucas, ndlr) a été accro à la drogue et à l’alcool comme je peux l’être, et j’allais avoir ce gars tous les jours auprès de moi. Il a été de bon conseil, me tenant à bout de bras, m’amenant à des groupes de parole, en me faisant travailler, en étant là, tout simplement. Luke a été là pour moi. »

Lloyd Daniels à propos de sa relation avec coach John Lucas

Après un passage réussi en USBL, Daniels retrouve un contrat dans une autre ligue mineure, la GBA (Global Basketball Association), aux Greensboro City Gaters. Il sera MVP de cette Ligue en 1992, avec 24 pts de moyenne par match.

A l’été 1992, il est invité à participer à plusieurs camps d’été NBA pour tenter de décrocher un contrat. Sans hésiter, il choisit de prendre la direction de San Antonio, dont les Spurs ont été repris par le coach Jerry Tarkanian. Ce dernier continue de croire dans le talent de Swee’Pea, et lui offre une place dans l’effectif. Il décroche un contrat non-garanti de deux ans, à hauteur de 300.000 dollars, avec une clause stipulant qu’il doit se soumettre à des tests de dépistage anti-drogue deux fois par semaine.

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Lloyd Daniels et Jerry Tarkanian, une longue histoire (c) NBA

Lloyd Daniels débarque enfin dans la grande Ligue, là où son talent devait le propulser, s’il n’y avait pas eu toutes ces errances liées à la drogue et à l’alcool. Aux Spurs, âgé de 25 ans, Swee’Pea fait vieux, physiquement, et même mentalement, tant il a vécu. Son jeu lui aussi est presque old-school, et pourtant, il y a des fulgurances, des éclairs de génie qui rappellent que Lloyd Daniels aurait pu être l’un des meilleurs joueurs à évoluer sur un terrain de basket.

Tarkanian le titularise rapidement et lui accorde une confiance excessive, aux dépens du All-Star Dale Ellis, mais au bout de 20 matchs, le coach est licencié. Le nouveau coach qui remplace Tarkanian connait bien lui aussi Swee’Pea, celui-ci n’étant autre que John Lucas. Pourtant,il est moins complaisant à l’égard de Lloyd Daniels, et diminue son temps de jeu presque de moitié (de 31 à 17 minutes par match).

Après deux ans à San Antonio, avec des stats très honorables, compte tenu de son parcours, Swee’Pea refuse une extension de contrat de la part des Spurs, pensant que l’herbe sera plus verte ailleurs… Encore une erreur de jugement… En 1994-1995, il rejoindra les Sixers avec John Lucas, encore, pour seulement 5 matchs où il jouera les utilités. Retour en Ligue mineure, aux Fort Wayne Fury en CBA, où il affole les compteurs avec 27 pts, 5 rbs et 7 pds par match. Ces performances lui permettent de décrocher des contrats de 10 jours aux Lakers dans un premier temps, avant de finir la saison à Los Angeles.

(c) thelegendofsweepea.com

(c) thelegendofsweepea.com

LE VOYAGEUR

Les Lakers n’étant pas qualifiés pour les playoffs,  son contrat se termine le 11 avril 1995. Swee’Pea est alors recruté par le CSP Limoges pour les playoffs de la LNB, afin de remplacer Michael Young, blessé. Les trois matchs sans relief qu’il fera sous les couleurs limougeaudes n’empêcheront pas l’élimination du CSP par le rival Pau-Orthez.

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Swea’Pea à Pesaro (c) iljournal.it

L’année suivante, resté en Europe, il réalise une saison convaincante en Italie, à Pesaro, avec près de 21 points de moyenne. Il revient à nouveau en NBA lors de la saison 1996-1997, pour 5 matchs avec les Sacramento Kings, puis 17 avec les New Jersey Nets. Comme lors de son passage précédent en NBA, où il ne trouva pas réellement sa place, il repart trouver des sensations et du temps de jeu auprès des Fort Wayne Fury, en CBA.

Un an plus tard, c’est l’occasion de la dernière chance pour Lloyd Daniels, âgé de 31 ans. Il joue six matchs avec les Raptors de Toronto, il sera d’ailleurs le meilleur marqueur de l’une de ces rencontres avec 21 points puis fait un essai avec les Hawks à Atlanta. Le temps de deux jours, sans aucun match. Fin de l’histoire, le livre de la NBA se referme définitivement pour Swee’Pea.

Mais le basket ne s’arrête pas là, et Lloyd Daniels visite les pays et les ligues mineures américaines pour les 10 années suivantes! De Porto-Rico au Portugal, en passant par la Turquie, la Grèce, le Vénézuela, ou encore la Chine, Swee’Pea ne pose pas ses valises au même endroit plus longtemps que quelques mois. Toutes ses expériences autour du monde sont entrecoupées de passage dans les différentes ligues mineures américaines, la CBA, sa seconde maison, l’USBL, l’IBL (International Basketball League) et enfin la ABA (le renouveau de l’American Basketball Association, qui n’a de son prédécesseur que le nom), où il stoppera sa carrière à presque 40 ans.

Lloyd Daniels était une légende dès l’adolescence, mis en valeur en 1990 dans le livre « Swee’Pea and other playground legends », il n’aura pas eu le succès escompté en NBA, il a frôlé la mort et en garde des cicatrices et une balle sous la peau, il a voyagé autour du monde en écumant de nombreuses ligues, dont certaines obscures, mais il a trouvé des personnes qui ont jalonné son parcours et qui ont cru en lui. Plusieurs vies en une seule.

Aujourd’hui âgé de 47 ans, Lloyd Daniels vit avec sa famille dans le New Jersey, et coache des jeunes. Il est enfin en paix avec lui-même. Il a dompté ses démons.

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Transmettre son expérience, éviter les erreurs… (c) Slamonline.com

SON PARCOURS

Saison Equipe Ligue
1986-87 Mount San Antonio Junior College
1987-88 Topeka Sizzlers CBA
1988-89 Auckland Nouvelle Zélande
1989-90 Quad City Rapids CBA
1990-91 Miami Tropics USBL
1991-92 Greensboro City Gaters GBA
1991-92 Long Island Surf USBL
1992-93 San Antonio Spurs NBA
1993-94 San Antonio Spurs NBA
1994-95 Philadelphia 76ers NBA
1994-95 Los Angeles Lakers NBA
1994-95 Fort Wayne Fury CBA
1994-95 CSP Limoges France
1995-96 Scavolini Pesaro Italie
1996-97 Sacramento Kings NBA
1996-97 New Jersey Nets NBA
1996-97 Fort Wayne Fury CBA
1997-98 Toronto Raptors NBA
1997-98 Polluelos de Aibonito Porto Rico
1997-98 Galatasaray Istanbul Turquie
1998-99 Idaho Stampede CBA
1998-99 AEK Athènes Grèce
1998-99 Polluelos de Aibonito Porto Rico
1998-99 Sioux Falls Skyforce CBA
1999-00 BayRunners IBL
1999-00 Trenton Sh. Stars IBL
2000-01 Long Island Surf USBL
2000-01 Tampa Bay T-Dawgs USBL
2000-01 Panteras de Miranda Vénézuela
2001-02 Long Island Surf USBL
2001-02 Rida Scafati Italie – Lega 2
2001-02 Shanghai Sharks Chine
2002-03 Panteras de Miranda Vénézuela
2002-03 Ovarense Aerosoles Portugal
2005-06 Strong Island Sound ABA

SES STATS NBA

  • 200 matchs
  • 1411 points marqués, soit 7,1 pts par match
  • 440 rebonds, soit 2,2 rbs par match
  • 312 passes décisives, soit 1,6 pds par match

UN DOCUMENTAIRE SUR LLOYD DANIELS

Swee’ Pea Daniels Documentary Trailer from Benjamin May on Vimeo.

HOMMAGE DE SWEE »PEA PAR LA NBA

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About Frank Cambus (12 Articles)
Passionné de basket, collectionneur à mes heures, j'empile les magazines et livres de basket autant que Jojo enfilait les paniers ou Stockton les passes... Il est temps de les ressortir et de les partager!

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