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[Portrait] Antoine Rigaudeau, le Retour du Roi

Portrait

Ce 19 septembre 2015, veille de la finale de l’Eurobasket, la FIBA va faire entrer du beau monde dans son Hall Of Fame. Neuf nouveaux nominés, dont le meilleur joueur de tous les temps, Michael Jordan ; le premier Européen à avoir vraiment fait son trou en NBA, le Lituanien Sarunas Marciulionis et surtout l’idole des Mauges, du Béarn et de la province de Bologne, le Français Antoine Rigaudeau, nouveau coach du Paris-Levallois.

L’époque où Antoine Rigaudeau était respecté dans toute l’Europe parait si proche et si loin en même temps. Après la domination du fluide Villeurbannais Alain Gilles (de 1962 à 1986) et avant même l’avènement du génial Tony Parker, le Roi du basket français, c’était bien Antoine Rigaudeau.

Né le 17 décembre 1971 à Cholet, dans le Maine et Loire, le jeune Antoine Rigaudeau ne devait initialement pas être amené à dominer les parquets FIBA ou ceux de l’Euroleague, ni même à toucher la grosse balle orange d’ailleurs. C’est grâce à son frère qu’il est poussé dans cette voie : « Mon frère Étienne voulait jouer au football, mais les inscriptions étaient closes », se souvient-il. « Alors il s’est dirigé vers le basket, car la salle était située à 200 mètres de chez nous. Mon père a installé un panier dans le garage et nous passions nos soirées à jouer en un contre un avec un ballon de volley. Étienne me mettait d’ailleurs de sacrée raclées. J’ai ensuite pris une licence à Cholet. J’avais 8 ans et mon premier match, en poussins 2, je lai perdu 24 à 0 ».

Sur le panier bricolé du domicile familial ou dans les catégories jeunes de son club de Cholet, Antoine apprend ses gammes. En benjamin, il intègre déjà la sélection régionale de Maine et Loire. Le jeune homme est en avance et bien souvent, il va faire ses classes au contact de joueurs plus âgés que lui. En minime, il est dirigé par Laurent Buffard (coach de Cholet de 86 à 89, de 91 à 95 et actuellement en place depuis 2013), en cadet, il se frotte aux espoirs et en espoirs, il joue des coudes aux entrainements de l’équipe première, équipe qu’il ne tardera pas à rejoindre pour de bon. A seulement 16 ans et demi, alors qu’il est cadet deuxième année, il débute en Nationale 1 : « c’était à Caen, Valéry Demory était handicapé par les fautes » confit-il à 5Majeur en 1991. « Jean Galle s’est planté devant moi et il ma dit « Vas-y gamin ». J’avais un trac de fou, mais nous avons gagné ». La carrière fantastique d’Antoine Rigaudeau démarre alors et tout le monde peut dire merci à Étienne de s’être finalement tourné vers le basket…

PREMIERS ÉCLATS CHEZ LUI, A CHOLET

En 1987, année de création de la LNB, Rigaudeau fait donc son apparition en Nationale 1A. Son rôle est anecdotique (4 matchs, un seul panier), mais il évolue dans une forte équipe (Graylin Warner, Kenny Austin ou encore Valéry Demory) et découvre ses premières LNB Finals. Le club des Mauges est balayé 2 manches à 0 par le CSP Limoges de Collins, Ostrowski, Dacoury et Monclar. Mais Antoine Rigaudeau a gouté à la voie royale et travaillera de manière acharné pour y retourner.

La deuxième saison de Cholet Basket dans l’élite marque l’ascension de l’autre pépite de Cholet, le Guadeloupéen Jim Bilba. Rigaudeau n’a pas encore de véritable place dans l’effectif (6 matchs joués), mais son talent et sa précocité font déjà parler dans le microcosme du basket français. Cholet termine à la 2ème place du championnat et tombe en demi-finale des play-offs contre Orthez.

Antoine débute à Cholet à 16 ans 1/2 © LÉquipe.fr

Antoine débute à Cholet à 16 ans et demi © LÉquipe.fr

Antoine prend véritablement les commandes de l’équipe des Mauges, lors du transfert de Demory vers Limoges. En 1989-90, à seulement 18 ans, il tourne à 11,5 pts et 5 passes, dans une équipe où Graylin Warner et John Devereaux sont les fers de lances. Aux côtés de Lauvergne, Bilba ou Patrick Cham, l’adolescent précoce (MVP Espoir) mène Cholet à la 3ème place de la saison régulière et une nouvelle fois aux portes des finales LNB (défaite en demie contre le Antibes de Johnson, Smith, Occansey, Adams…).

La saison suivante est celle de l’avènement du Choletais en France. L’espoir est devenu une force sûre du championnat et il emmène son club de « Pitch Cholet » à la deuxième place. Warner et Devereaux sont toujours les scoreurs de l’équipe (25,3 et 20,1 pts pour les deux Américains), mais celui qui crève l’écran c’est bien Antoine : 14,9 pts à 56,6 % et 7,1 passes à 19 ans. Son dribble est sûr, ses gestes techniques et élégants, son shoot rapide et soyeux. Sa tête penchée commence à devenir un gimmick de la ligue. Antoine Rigaudeau récolte le titre de MVP français et est sélectionné pour la première fois en Équipe de France, en novembre 1990. L’étoile file déjà à toute allure.

Les 3 saisons suivantes vont beaucoup se ressembler pour Antoine. Les choletais continuent à squatter le haut du classement mais finissent toujours par tomber sur plus fort qu’eux lors des Play-offs. Warner finit par s’en aller, remplacé tour à tour au fil des saisons par Tedd Allen, Mike Jones ou le Lituanien Arturas Karnishovas, mais rien n’y fait, Cholet ne semble pas pouvoir aller plus haut. Rigaudeau est élu MVP français du championnat en 91, 92, 93 et 94, période souvent reconnue comme étant celle de l’âge d’or de la Ligue. A 23 ans, il n’a plus rien à prouver à Cholet. Il doit partir.

A l’été 95, Antoine Rigaudeau décide de faire comme son pote Jim Bilba, parti découvrir (et remporter) l’Euroligue avec Limoges. Il sait qu’il doit quitter son cocon Choletais pour pouvoir continuer à grandir ailleurs. Rejoindre un cador pour découvrir l’Euroligue et étendre son aura au-delà des frontières nationales. Voilà le plan d’Antoine. C’est le cœur lourd qu’il quitte Cholet, son club de toujours. Mais c’est avec l’esprit léger et conquérant qu’il débarque en Béarn et pose ses valises à Pau, après avoir disputé la Rocky Mountain Revue d’Utah, sous le maillot des Houston Rockets.

IL CRÈVE L’ECRAN EN EUROLIGUE AVEC PAU-ORTHEZ

Lors de cette première saison dans la maison de Pierre Seillant, Antoine Rigaudeau ne déçoit pas. Il crève même l’écran : 18,2 pts 4 passes, la première place de la saison régulière et enfin, le titre de Champion qu’il était venu chercher, obtenu à l’arrachée face aux Villeurbannais de Delaney Rudd. Rigaudeau est heureux et décroche à 25 ans, son 5ème titre de MVP français en 6 saisons. Magistral.

Mais le plus beau morceau de bravoure se sera déroulé en Euroligue. Dans la prestigieuse compétition Européenne, les Béarnais se retrouvent vite obligés de bricoler, à cause des nombreuses blessures ou défections, notamment du contingent Américain (Reggie Smith, Keith Hill, Darren Daye… tous H.S.). Auprès des fans, l’Élan Béarnais devient alors la « French Team » et avec un effectif 100% français, ou quasiment, ils créeront un exploit sans précédent dans l’histoire du basket français en parvenant à sortir d’un groupe de la mort (Madrid, Barça, Bologne, Maccabi, Cibona, Pana) : ils finissent 4ème devant Bologne (tiens, tiens, on a fait connaissance avec Antoine ?) ou le Maccabi et rejoignent les quarts de finales de la compétition !!!

Rigaudeau explose les compteurs et se pose 6ème scoreur (21,6 pts, devant Wilkins, Rivers ou Orlando Woolridge) et 12ème passeur de la compétition. Il réalise des matchs mythiques, pleins d’autorité et de génie, comme cette partie à 34 pts contre le Buckler Bologne, où il marque les 16 pts de son équipe lors de la prolongation !!! (Prenez note, messieurs : Antoine R-I-G-A-U-D-E-A-U). Ou encore ses 31 pts, qui offrent la victoire 69-67 contre le Panathinaïkos de Dominique Wilkins et Stojko Vrankovic, futurs vainqueurs de la compétition. L’Europe entière découvre le talent de « Tonio » et les clubs les plus prestigieux missionnent déjà leurs recruteurs.

Rigaudeau devient une star européenne avec Pau et la French-Team © Junkeley

Il devient une star européenne avec Pau et la French-Team © Junkeley

Avec un cinq composé de Rigaudeau – Rony Coco (le frère de Mike et Flo Pietrus) – Didier Gadou – Fabien Dubos et Thierry Gadou, Pau-Orthez est à deux doigts de s’offrir une place pour le Final Four de Paris, mais échouera finalement de peu, 2 manche à une, face au redoutable CSKA Moscow. Presque irréel. Surnaturel, Antoine Rigaudeau devient l’icône du basket Français et il n’y a plus un endroit en Europe où le ne connaisse plus son nom.

La saison suivante, qui voit l’arrivée de Jacques Monclar aux commandes de l’équipe, amenant avec lui Laurent Foirest et le rookie Américain Lawrence Funderburke, promet bien des exploits encore. A commencer par le back-to-back.

L’exercice démarre sur les chapeaux de roue et l’association Rigaudeau-Funderburke fait du dégât. Malheureusement, très vite, Antoine doit jeter une première fois l’éponge à cause d’une entorse du coude. Il revient et rechute dans la foulée avec une déchirure du triceps brachial. 15 matchs (14 pts 5 passes), saison terminée. Le coup est rude. Pau-Orthez se bat tout même comme un diable (premier de la saison) mais chute en demi-finale des Play-offs. Sans son génie, point de back-to-back. La saison d’Euroleague sera aussi bien terne compte-tenue des exploits passés…

C’est donc dans ce cadre là, au point mort après avoir brillé si haut la saison précédente, qu’Antoine Rigaudeau met un terme prématuré à son contrat de cinq ans avec l’Elan Béarnais pour répondre aux avances du Kinder Bologne de la légende Ettore Messina. Il rejoint à « Basket City », une véritable armada avec ses stars Danilovic, Nesterovic, Sconochini ou Zoran Savic. Reste à savoir comment Antoine va pouvoir aborder ce nouveau challenge après un coup d’arrêt si violent. Toute la France du basket croise les doigts pour son enfant chéri…

« LE ROI » RIGAUDEAU SACRE A BOLOGNE

« Tonio » arrive donc sur la pointe des pieds. Le patron, c’est Danilovic et les autres sont là pour lui faciliter la tâche. Mais le français trouve vite ses marques et grâce aux espaces créés par cette profusion de stars sur le terrain, il trouve rapidement le chemin du cercle et score. Le Kinder prend la tête de son groupe d’Euroleague (9 victoires, 1 défaite contre… Pau-Orthez) et survole aussi son groupe du 2ème tour. En huitième, ils se débarrassent de l’Estudiantes Madrid et surtout corrigent leurs voisins et rivaux de la Fortitudo 2-0, pour accéder au Final Four. Là, le Partizan, puis l’AEK sont pulvérisés et le Kinder soulève le Saint Graal Européen : le titre d’Euroligue. Rigaudeau dont la saison a été faite de hauts (20 pts, puis 27 pts contre le Partizan en saison régulière par exemple) et de bas, termine meilleur marqueur de la finale avec 14 pts. Ettore Messina sait qu’il a trouvé le patron de son équipe pour les années à venir.

En Lega, le Kinder survole les débats et son duel avec le TeamSystem Fortitudo de Rivers et Wilkins est savoureux toute la saison. Le Kinder est champion (3-2 en finale) et Antoine Rigaudeau, pour sa première saison à l’étranger, soulève donc son deuxième titre. Pari réussi.

La saison suivante, Rigaudeau devient sans forcer, le véritable patron à Bologne, « Le Roi » pour les tifosi Bolonais. En Euroligue, il termine 9ème scoreur de cette édition 98-99 (17,3 pts), mais chute en finale face aux surprenants Lituaniens du Zalgiris Kaunas, dont le jeu collectif fantastique les aura pris de court et ce, malgré les 27 points d’Antoine – record all-time pour un total en finale d’Euroleague !!! –. En Lega, c’est Varèse et son groupe soudé (DePol, Galanda, Pozecco, Santiago et Meneghin) qui éliminera Bologne en demi-finale. Antoine Rigaudeau devra seulement se contenter d’une Coupe d’Italie.

A cet été 1999, quelques équipes de NBA « se renseignent » sur le Français (San Antonio, Utah, les Knicks), mais Antoine qui ne souhaite pas jouer les 12ème ou 15ème hommes, préfère rester en Italie.

En Italie, Rigaudeau devient

En Italie, Rigaudeau devient « Le Roi »   © Euroleague.net

Le Kinder joue la Coupe Saporta et tombera en finale face à l’AEK d’Athènes. En Lega, le Français (15,2 pts, 46% à 3 pts) dont la saison est gâchée par une pubalgie traînante tombera à nouveau en demi-finale, face au Benetton Treviso. Le club de Bologne stagne. Son coéquipier, la légende Pedrag Danilovic prend sa retraite et du sang neuf doit être injecté à l’intersaison pour retrouver les sommets.

En 2000-2001, Antoine voit débarquer à ses côtés, un jeune Argentin, Emmanuel Ginobili, dont le jeu en percussion et le jump sont ahurissants. Le club voit aussi arriver le Slovène Smodis, le jeune Australien et actuel joueur de l’ASVEL, David Andersen, Marco Jaric et l’Américain Rashad Griffith. La saison est un franc succès et le Kinder regagne à nouveau les sommets. La Lega est survolée et la finale remportée aisément face à la Fortitudo. La Coupe d’Italie est dans la poche au passage.

En Euroligue (version ULEB, suite à la scission avec la FIBA et sa SuproLeague), le Kinder se promène et remporte le titre face au TAU Vitoria. Même s’il a été légèrement en retrait (3ème scoreur du Kinder), « Le Roi » est toujours le patron. Et de nouveau sur le toit de l’Europe.

Pour sa cinquième saison au Kinder Bologne, le Français ira jusqu’en finale de l’Euroleague, mais s’inclinera (83-89) face au Panathinaïkos de Bodiroga et Kutluay. En Lega, c’est le Benetton Treviso qui sortira le Kinder en demi-finale. La Coupe d’Italie sera donc le seul titre gagné par « Le Roi » Rigaudeau en 2002. Le club explose. Littéralement. Son mentor, Ettore Messina s’en va. Antoine est un des seuls rescapés, capitaine abandonné d’un navire qui coule…

En janvier 2003, alors qu’il a 31 ans, Rigaudeau accepte l’offre des Dallas Mavericks, qui l’invite à venir tenter sa chance en NBA. Son équipe de Bologne semblant n’aller nulle part (ils termineront 14ème de la Lega et seront relégués) et après quelques occasions manquées, il sent que c’est le bon moment. Direction la Grande Ligue.

PASSAGE EN COURS DE ROUTE CHEZ LES DALLAS MAVERICKS

Avec un contrat de 3 ans, il débarque donc avec l’ambition d’être immédiatement une pièce importante dans le dispositif des Mavs. D’ailleurs, Dirk Nowitski et Steve Nash avouent être assez excités par son arrivée. Mais le buzz ne dure pas longtemps. Rigaudeau qui avait déjà eu une expérience mitigée à l’été 94 lors de la summer ligue d’Utah (il déplorait un jeu pauvre en attaque, où chacun cherchait juste à obtenir un contrat pour la saison, sans avoir vraiment eu sa chance : 6 pts en environ 16 minutes), va vite déchanter.

Rigaudeau lors de son passage avec les Mavs © Jeff Reinking - Getty Images

Lors de son passage avec les Mavs © J. Reinking – Getty Images

En une bribe d’entraînements, il ne réussi pas à se faire une place dans le cinq des Mavs. Sortant du banc, il est en difficulté face au jeu athlétique des joueurs qui lui sont opposés. De plus, il doit jouer small-forward et joue donc à contre-nature. Il est maladroit (23% à 2 pts, un seul panier à 3 pts), dépassé en défense et Don Nelson qui n’est pas réputé pour être un coach très patient ou diplomate le colle au fin fond du banc, avant de le faire disparaître de la rotation. En 11 matches, il jouera 8 minutes en moyenne, pour 1,5 pts et 0,5 passes.

En play-offs, il est carrément sorti de l’effectif et regarde les matches en tribune. Une pénitence.

Il est échangé comme monnaie d’appoint dans le trade entre Nick Van Exel et Antawn Jamison et demande à être coupé par sa nouvelle franchise des Golden-State Warriors. Clap de fin sur une expérience NBA humiliante et déprimante.

RETOUR EN EUROPE, DÉCOUVERTE DE L’ACB

Il signe à l’été 2003 avec le Pamesa Valencia et va donc découvrir la Liga ACB pour la première fois de sa carrière.

Fin de carrière gênée par les blessures avec Valencia © marca.com

Fin de carrière gênée par les blessures avec Valencia  © marca.com

Après une expérience outre-Atlantique qui aura écorné son image, Antoine, « Le Roi » déchu, récupère rapidement son aura. Dans une équipe talentueuse (Tomasevic, Oberto, Dikoudis, Kammerichs ou encore Marko Popovic), Antoine retrouve la mire et redevient top-scoreur avec 14,7 pts. L’équipe termine 3ème derrière le TAU Vitoria et le FC Barcelone, mais se fait sortir dès les quarts de finales par l’Unicaja Malaga. En Euroleague, les Valencians terminent 2ème au point-average de leur groupe « Top 16 » et ratent donc le Final Four de peu.

Lors de la saison 2004-2005, alors qu’il tourne encore à 11,3 pts dans une équipe ambitieuse, renforcée par Cyril Julian et le super scoreur Serbe Igor Rakocevic, le Français, se blesse au tendon d’achille du pied gauche et est tenu éloigné des parquets pour une durée de 6 mois. La saison est un cuisant échec : Valence à terminé à la 9ème place de l’ACB et rate les playoffs. Ils tombent aussi en demi-finales de la Coupe ULEB.

A l’été 2005, alors qu’il lui reste encore un an de contrat à Valence, il annonce sa retraite sportive. Une fin de carrière insipide compte tenu de son règne glorieux.

UNE CARRIÈRE EN BLEU MAGNIFIQUE

Alors, une carrière en club précoce et fantastique, une place sur les sommets européens qu’aucun français n’avait encore atteint, mais cette intronisation au Hall Of Fame de la FIBA vient surtout reconnaître et célébrer le boulot fait sur « ses » parquets, ceux des compétitions internationales. Antoine Rigaudeau a passé quinze années en bleu, avec une petite pause entre 2000 et 2005, pour un compteur arrêté à 127 sélections.

La première d’entre elle est arrivée le 21 novembre 1990, contre la Belgique, avant même qu’Antoine, 19 ans, ne remporte toutes ses distinctions de MVP français. Il a de suite trouvé sa place et a revêtu l’uniforme Bleu pour sa première compétition FIBA lors de l’Euro 1991 en Italie. La France ne remporte qu’un seul match de poule, contre la Tchécoslovaquie et mais se retrouve qualifiée au point-average pour les demi-finales (seulement 8 équipes pour cette édition 1991). Là, ils se font balayer par la Grande Yougoslavie de Kukoc, Radja et Divac. Ils échouent contre l’Espagne dans le match pour la 3ème place et repartent donc bredouille. A 20 ans, Rigaudeau est le quatrième scoreur français (derrière Ostrowski, Dacoury et Szanyiel) avec 10,4 pts par game (80% à 2 pts ; 18 pts contre la Grèce de Galis ou 17 pts contre l’Espagne). Malgré sa jeunesse, Antoine joue comme un vétéran et s’impose déjà comme un joueur incontournable des Bleus.

En pleine bataille contre Gary Payton, lors de la finale des J.O. de Sydney © hindustantimes.com

En pleine bataille contre Gary Payton, lors de la finale des J.O. de Sydney © hindustantimes.com

Rigaudeau et les Bleus n’iront pas aux Jeux de Barcelone, à cause d’un tournoi préolympique mal négocié et la deuxième grande compétition internationale d’Antoine sera donc l’Euro 93 en Allemagne. Un vent de fraîcheur souffle sur le groupe, intégré par Bilba, Bonato ou encore Stéphane Risacher. Les français ne perdent en poule que contre les Croates de Radja sans qu’Antoine ne brille vraiment. Lors de la seconde phase, les français sont bons et se positionnent à la 2ème place de leur groupe. Rigaudeau a pointé le nez à la fenêtre avec 20 pts contre la Belgique. Malheureusement, les Bleus vivront l’une des grosses désillusions de leur histoire, puisqu’en quart, ils oublient de bloquer le rebond lors de la dernière possession face à la Grèce et s’inclinent 59-61. L’équipe terminera finalement 7ème, Rigaudeau (10 pts/game) et ses coéquipiers n’iront pas non plus au Mondial de Toronto…

En 1995, la France termine 8ème, le talent de Yann Bonato ayant enfin explosé aux yeux du public européen (3ème scoreur de la compétition avec 21,7 pts). Antoine Rigaudeau joue le rôle de taulier en attaque, chargé d’installer le jeu et de faire jouer tout le monde. Derrière Bonato, le nouveau Palois est capable de prendre feu et de rendre de belles copies : 23 pts contre la Turquie de Turkçan et Kutluay ; 18 pts contre les Croates d’un Komazec incandescent ou encore 17 pts contre les Espagnols. Il terminera à 13,3 pts et laissant une impression de maîtrise encourageant pour les années à venir.

Ses blessures au coude et au triceps laissent le nouveau joueur de Bologne sur la touche lors de l’Euro 97 et il retrouve les Bleus lors de l’édition organisée à la maison, en 1999.

C’est vraiment sur ce Championnat d’Europe qu’Antoine Rigaudeau va prendre une grande ampleur sur le jeu de l’équipe et s’imposer comme une vraie star continentale. Malgré un bon début de compétition de Tariq Abdul-Wahad, Rigaudeau est le leader en attaque (15,5 pts). Pas de gros coups de chaud (21 pts contre l’Espagne en poule, tout de même), mais une maitrise et une confiance qui rejaillit sur tout le groupe. Le Bolonais tient son équipe.

Nash félicite Rigaudeau aux J.O. 2000. Leur association aux Mavs en 2003 sera nettement moins souriante © Kevin Frayer

Nash le félicite aux J.O. 2000. Leur association aux Mavs sera nettement moins souriante © Kevin Frayer

En quart de finale, il permet aux Français de passer face aux Turcs et de décrocher la qualification pour les Jeux de Sydney (18 pts). La France perdra sa demi-finale contre les Espagnols, pourtant pulvérisé en poule, avec un TAW boudeur – ou blessé, chacun aura sa version – et un Rigaudeau lessivé. Malgré 16 pts contre la Yougoslavie, Rigaudeau laisse la médaille de bronze à son coéquipier Bolonais, Pedrag Danilovic. L’EDF aura été un poil trop courte pour s’imposer dans son Euro.

L’apogée de la carrière en Bleu pour Rigaudeau aura lieu à plus de 17.000 km de sa ville natale. L’Équipe de France retrouve enfin une grande compétition mondiale, aux J.O. de Sydney.

MÉDAILLÉ D’ARGENT AUX JO DE SYDNEY

Lors du match d’ouverture, dans une ambiance plutôt morose, la France bat la Nouvelle-Zélande, mais s’incline ensuite lourdement face aux Lituaniens de Sarunas Jasikevicius. Il faut s’imposer pour rêver plus loin et c’est contre les Chinois de Yao Ming qu’Antoine Rigaudeau va être touché par la grâce. Alors que les Français sont mal en point et se dirigent vers les bas fonds du tournoi, l’enfant des Mauges va prendre feu : il score 23 points consécutifs (dont 6 tirs à 3 pts), pour faire passer les Bleus de -14 à +12. Le moment était littéralement surnaturel. Les Français perdent ensuite contre l’Italie, puis contre le Team USA de Garnett, Carter et Payton, malgré un match sérieux et plein d’audace (94-106).

En quart, Makan Dioumassi éteint complètement Steve Nash et le Canada, puis Fred Weis corrige l’Australien Luc Longley. Les Français sont en finale olympique.

Même s’ils avaient fait bonne impression lors de la confrontation en poule, tout le monde s’attend à une rencontre à sens unique. Mais… Lolo Sciarra sort le match de sa vie, Stéphane Risacher dynamite la défense Américaine et Crawford Palmer « discute » face contre face avec le poète Kévin Garnett. La France est là et ne se laissera pas faire. A quelques minutes de la fin et alors que les USA sont obligés de prendre un temps-mort pour se remettre à l’endroit, Rigaudeau, maladroit sur cette finale, harangue ses troupes avec une rage qui nous a tous fait nous lever de notre canapé en cette nuit du 1er octobre 2000. Plus que la courte défaite (75-85), c’est cette image que le monde entier gardera des français lors de cette finale olympique. Grandiose.

Antoine Rigaudeau passe le flambeau à TP © LÉquipe Magazine

Antoine Rigaudeau passe le flambeau à TP lors de l’Euro 2005 © LÉquipe Magazine

Alors que le basket français peut enfin accéder aux sommets, Antoine Rigaudeau – il sera suivi par d’autres – prend sa retraite internationale juste avant l’Euro 2001, prétextant une « usure mentale et physique ». A demi-mots, on apprendra que des différents importants entre la fédération et Rigaudeau – et d’autres joueurs – auront conduits à cette situation dommageable pour le basket Français. Dommage…

En 2005, Claude Bergeaud réussi à convaincre le joueur de Valence de revenir en sélection pour faire la jonction entre les restes de la « génération Sydney » et celle de Tony Parker, Boris Diaw et des frères Pietrus. Son expérience inégalable et sa science du jeu aideront les Bleus à passer des matchs couperets difficiles (Serbie en huitième, Lituanie en quart). Il épaulera Tony Parker lorsque celui-ci sera en difficulté en début de tournoi. Après la demi-finale, défaite devenue un « Classic » des Français contre la Grèce, Antoine Rigaudeau, tel un Roi qui s’apprête à abdiquer, prendra l’entière responsabilité de la défaite sur ses épaules et ôtera ainsi toute la pression qui allait s’abattre sur Parker et ses coéquipiers. L’équipe se montrera assez forte pour se remobiliser et gagner la médaille de bronze face à l’Espagne, première breloque à revenir dans le panier Bleu depuis… 1959. Historique.

Fort de ce baroud d’honneur, Rigaudeau semble décider que cette médaille marquera la fin de sa magnifique carrière. En Bleu, comme en club. Chapeau bas.

Rigaudeau revient et va coacher le Paris-Levallois cette saison © Pascal Robert

Rigaudeau revient et va coacher le Paris-Levallois cette saison © Pascal Robert

Depuis, Antoine Rigaudeau a tenté de revenir dans le basket français. Timidement. Après avoir refusé en 2006, un poste de « manager » de l’Équipe de France, aux côtés de Claude Bergeaud, il devient directeur sportif puis vice-président du Paris-Levallois Basket. Après le fiasco de l’Euro 2007, il se manifeste comme candidat sérieux à la reprise du poste de coach de l’Équipe de France, mais la fédération lui préfère… Michel Gomez. Suite à ce camouflet, on n’entend plus parler de Rigaudeau jusqu’à cet été 2015 où l’on apprend qu’il est nommé à la tête de l’équipe du Paris-Levallois.

Mesdames et Messieurs, le Roi est de retour !

SON PARCOURS EN CLUB

■ Champion d’Euroligue ULEB 1998, 2001 Virtus Bologne
■ Champion de France 1996 Pau-Orthez
■ Champion d’Italie 1998, 2001 Virtus Bologne
■ Coupe d’Italie 1999, 2000, 2001, 2002 Virtus Bologne

■ Finaliste d’Euroligue ULEB 1999, 2002 Virtus Bologne
■ Finaliste de la Coupe Saporta 2000 Virtus Bologne

PALMARÈS INDIVIDUEL

■ MVP du Championnat de France 1991, 1992, 1993, 1994 Cholet Basket
1996 Pau-Orthez

■ All-Star Européen 1998, 1999 Virtus Bologne

PALMARÈS EN EQUIPE DE FRANCE

■ 127 sélections entre 1990 et 2005

■ Médaille d’argent Jeux Olympiques de Sydney (2000)
■ Médaille de bronze Eurobasket (2005)
■ Médaille de bronze Jeux Méditerranéens (1993)
■ Quatrième place aux Eurobasket de 1991 et 1999

LÉGENDE DU BASKET FRANÇAIS – ANTOINE RIGAUDEAU

Montage photo en Une © Sonia Alberto

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