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Les Bulldogs de Citadel 1966-1967 ou la saison noire de Pat Conroy

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Il y a quelques jours nous quittait l’écrivain américain Pat Conroy. Son œuvre plusieurs fois adaptée au cinéma figure sur la liste des best-sellers du New York Times. Pat Conroy a la particularité d’avoir été basketteur universitaire et d’avoir relaté cette expérience dans un émouvant et poignant ouvrage : My Losing Season, Saison noire en français. Basket Retro revient pour vous en guise d’hommage sur cette saison noire, celle des Bulldogs de Citadel en 1966-1967…

Pat Conroy sous l'uniforme de l'académie militaire de Citadel.

Pat Conroy sous l’uniforme de l’académie militaire de Citadel.

Né à Atlanta en 1945, Pat Conroy a pas mal bourlingué au gré des affectations successives de son père, militaire dans le corps des marines. La relation avec le paternel sera d’ailleurs assez tumultueuse. Il faut dire que Don Conroy bien qu’ancien basketteur, n’est pas un mari et un père exemplaire : violent, tyrannique, il inspirera fortement l’œuvre de son fils. Pat Conroy apprit donc le basket sur les terrains de Floride, du District de Columbia et pour finir au lycée de Beaufort en Caroline du Nord, tout ça sous les brimades incessantes du paternel. En 1963, il intègre la prestigieuse académie militaire de Citadel à Charleston en Caroline du Sud sous les ordres de l’impitoyable coach Mel Thompson.

CONROY, CE SOIR VOUS SEREZ CAPITAINE…

Le premier match de la saison 1966-1967 des Bulldogs de Citadel est un match à domicile contre les Tigers d’Auburn. Contre toute attente Pat Conroy est nommé capitaine pour cette rencontre par le coach Thompson. L’écrivain en est bien conscient, il n’est qu’un second couteau, un membre de l’illustre équipe des cireurs de banc de Citadel, les Green Weenies. En gros les couilles molles vertes en français, pourquoi verte ? Le vert est la couleur de la doublure de la chasuble d’entraînement que doivent revêtir ceux qui n’ont pas l’honneur de faire partie des titulaires, la Blue Team. Conroy n’est pas manchot, est plutôt rapide comme meneur de jeu mais ne fait pas le poids face au jeune guard de deuxième année, Tee Hopper. De plus, le capitanat devrait tout logiquement revenir à Danny Mohr, meilleur scoreur et rebondeur de l’équipe la saison précédente. La stratégie de Mel Thompson est ainsi faite. Il s’évertue à humilier, à pousser à bout ses joueurs sans doute pour le meilleur, bien souvent pour le pire. Le match se lance et Conroy assiste au récital du meneur adverse, Bobby Buisson. Les deux équipes sont aux coudes à coudes et Thompson remplace Conroy par Hooper. Au bout de dix minutes, Auburn mène 81 à 59. En seconde période, les Bulldogs s’effondrent. Buisson mène son équipe à la victoire. Nous sommes le 1 décembre 1966 à l’Armory de Citadel et les Bulldogs s’inclinent 105 à 83.

DES MENEURS NOIRS EN TERRES SUDISTES

Logo des Bulldogs de Citadel.

Logo des Bulldogs de Citadel.

A l’issue des quatre premières rencontres de cette saison 1966-1967, Citadel présente un ratio de 2 victoires pour 2 défaites. Pour Pat Conroy, ce cinquième match face à la modeste équipe des Monarchs d’Old Dominion marqua un tournant historique. Ce match ébranla les certitudes de la très conservatrice académie militaire de Citadel. Old Dominion, équipe modeste ne fait normalement pas partie du programme des Bulldogs dans la Southern Conference. Ainsi, le coach Mel Thompson laisse entendre qu’il fait un immense cadeau à cette équipes des Monarchs. Old Dominion fait mieux que de la figuration notamment grâce à sa paire d’arrières : Bob Pritchett et Arthur Speakes qui ont la particularité physique d’être noir.

En ce milieu des années 1960, les joueurs noirs sont de plus en plus nombreux dans les équipes sudistes. Cependant à Citadel, voir jouer un noir est assez inédit. Conroy estime qu’il s’agit même des premiers joueurs de couleur à fouler le parquet de l’académie. Lui qui a commencé à jouer à Washington et Arlington, il paraît être le seul joueur des Bulldogs à avoir déjà affronter des joueurs noirs. Ni Tee Hooper, ni John DeBrosse, ses coéquipiers ne parviennent à défendre sur ces rapides arrières. Mel Thompson en visionnaire affirme que les noirs n’ont aucun avenir dans ce sport. Old Dominion s’imposa 78 à 70.

LE CHEVAL DE FURMAN

Les Bulldogs de Citadel ne sont pas portés en haute estime par les Paladins de Furman. C’est le moins que l’on puisse dire. Furman possédait une mascotte noble et élégante : un magnifique cheval qui paradait lors des matchs de football coiffé d’un heaume. En 1963, certains élèves de Citadel organisèrent un kidnapping mais leur connaissance de l’équitation et de l’hippisme étant assez succinct, l’expérience se termina en drame avec la mort de la pauvre bête. Cette bataille n’est qu’un épisode de la guerre que se mènent Furman et Citadel. Deux ans plus tôt, les élèves-officiers de Citadel lancèrent une opération commando derrière les lignes ennemis sur le campus de Furman. Armés jusqu’aux dents de pinceaux et pots de peinture, les élèves s’élancèrent à l’assaut du campus adverse dans le but d’en refaire la décoration.

Malheureusement, sur le chemin, un officier de police ancien de Furman reconnut les gars de Citadel et prévint le campus de Greenville de l’arrivée des belligérants. Ce fut un véritable guet-apens et The Citadel connut là une de ses plus cuisantes défaites. La quasi totalité du campus de Furman attendirent en effet la délégation ennemie afin de lui signifier clairement qu’elle n’était pas la bienvenue. Pat Conroy se mua par la suite en chroniqueur de cet événement, entré dans la légende de l’académie militaire. Furman en garda cependant une rancœur tenace. La confrontation entre les Paladins et les Bulldogs à Greenville sur le terrain de Furman en ce 14 janvier 1967 s’annonçait ainsi d’une grande tension. Les intérieurs de Citadel prennaient l’avantage, 30 à 18 à la mi-temps pour l’équipe de Conroy. Mais une fois encore la Blue Team, s’effondra en seconde période et les Bulldogs s’inclinèrent 85 à 68.

LE MATCH ENTRE TOUS LES MATCHS

Le 13 février 1967 à l’Armory de Citadel à Charleston en Caroline du Sud, Pat Conroy a livré le match de sa vie. Dans le récit, Conroy confond toutefois les deux rencontre entre The Citadel et Virginia Military Institute (VMI) lors de la saison 1966-1967 notamment au niveau du score. Cependant, ses souvenirs du déroulement de la rencontre semblent beaucoup plus fiables. Dès l’entame de la rencontre, les deux équipes se rendent coup pour coup. 63 partout à l’issue de la rencontre. Les Bulldogs et les Keydets s’élancent dans la prolongation. Conroy mène le jeu, son coéquipier DeBrosse égalise, deuxième prolongation. Cauthen et Kennedy, deux green weenies aident Pat Conroy à se relever du banc pour retourner au combat.

L’antre des Bulldogs est en ébullition et devient un véritable chaudron. Pat Conroy apprendra plus tard que les supporters ameutèrent tous les élèves encore dans leurs chambres pour venir supporter l’équipe à l’issue de la première prolongation. VMI construit une dernière attaque, tentative de lay-up, bonne défense de Conroy. Le shoot est manqué, troisième prolongation. Cauthen et Kennedy aident une fois encore Pat à rejoindre le terrain. Une quatrième prolongation fut nécessaire pour départager les deux équipes. Citadel s’impose, Citadel exulte et porte aux nues leur frère d’armes, le futur écrivain Pat Conroy. Si la reconnaissance sportive n’est pas paternelle, elle sera au moins fraternelle. Le meneur n’est pas sorti une seule fois et a disputé l’ensemble de la rencontre.

UN MENEUR DE JEU

Saison noire est un récit passionné. Cette saison constitue en quelque sorte le rite initiatique, le passage à l’âge adulte d’un jeune homme du Sud des États-Unis. Il constitue également la description d’une mutation de l’Amérique triomphante qui se voit remise en question. La guerre du Vietnam bouscule cette Amérique pétrie de certitudes. Cette mutation ne se fait pas sans difficulté notamment dans le Sud des États-Unis de Conroy peu enclin à l’évolution de ses mœurs. Le basket-ball lui permit de surmonter les épreuves de la vie, de ne pas se convaincre d’être un moins que rien, une mauviette comme pouvait le prétendre ce père violent, chantre de la virilité, de ne pas se convaincre d’être un si mauvais basketteur comme pouvait le prétendre le coach Mel Thompson. Indéniablement, cette saison du Pat Conroy basketteur, bien que marquée par les défaites, fut déterminante dans la formation du Pat Conroy écrivain à succès.

Il devient un meneur de jeu sur le terrain comme en dehors. Il appréhenda sa vie avec la même assurance que celui qui dirige le jeu. Dans l’adversité, lui et ses camarades se soudèrent, firent corps face au coaching et à la personnalité de Mel Thompson. Pour Conroy, l’armée américaine tira plus d’enseignements de sa défaite au Vietnam que toutes ses victoires sous la bannière étoilée. la défaite est un moteur et beaucoup plus instructive que la victoire qui vous installe dans un certain confort. Le 2 mars 1967, Citadel s’inclina après prolongation face à Richmond au premier tour du tournoi final de la Southern Conference. Au Charlotte Coliseum, Conroy livra son dernier match. Il retira une dernière fois son numéro 22 et renonçait à jamais à son sport mettant ainsi un terme à sa modeste carrière de basketteur universitaire.

Saison noire de Pat Conroy, traduit de l’anglais par Nicole Hilbert, ed Livre de poche, 2006, 400 pages (ISBN : 2253117803 ).

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

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About Hector (25 Articles)
aime les vieux grimoires surtout quand ils parlent de basket et de l'ALM Evreux Basket !

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