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Playoffs 1995 : le duel David Robinson – Hakeem Olajuwon en finales de conférence

NBA Playoffs

Champions en titre mais auteurs d’une saison régulière en dents de scie les Houston Rockets affrontent les San Antonio Spurs lors des finales de conférence Ouest 1995. Une opposition qui propose un alléchant face à face entre deux des meilleurs pivots de la ligue, David Robinson et Hakeem Olajuwon. Retour sur ce match dans le match.

Ces finales de conférence Ouest 1995 s’annoncent pleine de promesses. D’un côté les Spurs, meilleure équipe de la saison régulière avec 62 victoires, qui ont sweepé les Nuggets au premier tour et se sont défaits des Lakers en 6 matchs en demi-finale de conférence. De l’autre côté on retrouve les Rockets, champions en titre mais auteurs d’une saison chaotique et seulement têtes de série numéro 6 à l’entame des playoffs. Mais à l’heure de l’affrontement les joueurs de Houston arrivent gonflés d’une confiance nouvelle. Privés de l’avantage du terrain ils viennent en effet de sortir coup sur coup et de manière épique le Jazz d’Utah (3-2, après avoir été menés 2-1) et les Suns de Phoenix (4-3, après avoir été menés 2-0 puis 3-1), respectivement têtes de série numéro 3 et 2 à l’ouest, vainqueurs de 60 et 59 matchs en saison régulière !

DUEL DE TITANS

C’est aussi le face à face attendu entre deux pivots dominants de la ligue : David Robinson et Hakeem Olajuwon.

L’Amiral est désigné MVP du championnat avant la série, après avoir cumulé des statistiques remarquables (27.6 points à 53% de réussite, 10.8 rebonds, 2.9 passes décisives et 3.2 contres par matchs) et mené son équipe au meilleur bilan de la ligue. Il va donc succéder à celui qui sera son adversaire direct lors de cette finale de conférence. Les profils et pedigree relativement similaires des deux joueurs laissent envisager un duel superbe :

  • deux joueurs très complets, ayant chacun réussi l’exploit de réaliser un quadruple-double ;
  • deux pivots extrêmement agiles et rapides pour leurs tailles et poids ;
  • deux attaquants racés et potentiellement inarrêtables (Robinson meilleur marqueur NBA 1994 après un dernier match à 71 points face aux Clippers) ;
  • deux défenseurs d’exception, chacun déjà élus Défenseur de l’année (deux fois pour Olajuwon) ;
  • deux joueurs calmes, humbles, peu enclins aux déclarations fracassantes et au trash-talking, qui laissent plus volontiers parler leurs jeux que leurs mots ;
  • enfin deux hommes touchés par la foi, accordant une place centrale à la religion et à la spiritualité dans leur vie, généreux et modèles pour la communauté.

S’ils occupent tous deux la place principale dans l’organisation offensive de leur équipe ce constat est davantage vrai pour Olajuwon. En effet il touche la balle quasiment à chaque action dans l’optique première de marquer. Étant injouable en un-contre-un il attire presque systématiquement la prise à deux et peut ressortir vers ses coéquipiers démarqués. A l’inverse du jeu demi-terrain privilégié par les Rockets, les Spurs ont dominé la saison grâce au partage de la balle, imprimant un tempo soutenu au jeu, désirant ainsi impliquer et responsabiliser les cinq joueurs présents sur le terrain (la plupart du temps Robinson, Avery Johson, Dennis Rodman, Sean Elliott et Vinny Del Negro). A priori, l’impact et la contribution des deux pivots devraient plus ou moins s’annuler et la qualité du reste de l’équipe déterminera le vainqueur.

Mais la réalité va se trouver quelque peu différente de la théorie.

HAKEEM EN PLEIN RÊVE, DAVID EN PLEIN CAUCHEMAR

Lors du match 1 Robinson se trouve être en grande difficulté en attaque. Il n’est qu’à 9 points à 1/11 aux tirs après 3 quart-temps, harassé par la défense du pivot remplaçant des Rockets Charles Jones, magnifique au relais d’un Olajuwon handicapé par les fautes. Malgré un réveil lors du dernier quart durant lequel il inscrit 12 points, il finit le match à moins de 30% de réussite et perd 7 ballons. En face Olajuwon inscrit 27 points à 50% mais surtout, alors qu’il est trappé ligne de fond, délivre la passe décisive pour le shoot de la victoire de Robert Horry (94-93).

Le jour de l’apogée individuelle de sa carrière, David Robinson ne le sait pas encore mais il va vivre un cauchemar (source nba.com)

Une réaction est attendue lors du match 2. D’autant plus qu’avant le coup d’envoi David Robinson se voit remettre le trophée de MVP de la saison. Sous ses yeux, Olajuwon voit un autre soulever « son » bien, celui dont-il fut récipiendaire un an auparavant. Et cela les Spurs et Robinson vont le payer très cher.

Si les deux pivots commencent le match doucement (1/5 pour Robinson en début de match, 5/13 pour Olajuwon à la mi-temps) la suite va être mémorable. L’Amiral finit le match avec 32 points (à 10/18) dont 14 dans le dernier quart-temps et 12 rebonds. Mais que dire de la performance d’Olajuwon. Bien que prenant sa troisième faute dès l’entame de la seconde mi-temps son coach le laisse sur le terrain et il inscrit 8 points d’affilée. Sur l’ensemble du troisième quart-temps il marque 19 points à 9 sur 12 aux tirs. Il termine la match avec 41 points (à 58%), 16 rebonds, 4 passes décisives, 3 interceptions et 2 contres, offrant la victoire à son équipe (106-96). Au-delà des chiffres ce sont la grâce et l’esthétisme de la manière qui marqueront. A base de feintes, contre-feintes, spin-moves, scoop-shots, tirs en crochet, The Dream donne la leçon au MVP et à l’un des meilleurs défenseurs de la ligue dans une des performances les plus iconiques de l’histoire des playoffs. Rudy Tomjanovich, le coach des Rockets déclare après le match :

Je me demandais ce qu’il ressentait à propos de cela (la remise du trophée de MVP à Robinson). Que lui passe-t-il par la tête ? Et bien ce soir nous l’avons vu.

ROBINSON AU CŒUR D’UN RÉVEIL COLLECTIF

Après deux matchs remportés à l’extérieur l’affaire semble pliée pour les Rockets qui n’ont plus qu’à finir le travail à domicile. Mais la série ne sera décidément pas commune.

Hakeem

Touchés dans leur orgueil, les Spurs et David Robinson vont s’imposer deux fois de suite à Houston pour remettre les compteurs à zéro. Lors des deux premiers matchs la domination d’Olajuwon a obligé les Spurs a envoyé des prises à deux pour le contenir, s’exposant aux shooteurs extérieurs adverses (Clyde Drexler, Mario Elie, Sam Cassell ou Robert Horry). A la mi-temps du match 3 le coach des Spurs Bob Hill tente un pari : Robinson s’occupera seul de son rival. La prise de risque va s’avérer payante. Le numéro 50 passe devant son vis-à-vis, ne se contentant plus d’attendre que la balle arrive poste bas sans difficulté, et impose un défi physique qui fatigue son adversaire. Il permet ainsi à ses coéquipiers de resserrer leur défense sur les extérieurs adverses qui ont plus de mal à se démarquer et à se rendre disponibles. Le rythme de jeu s’accélère, les Spurs font mieux circuler la balle, trouvent davantage de positions ouvertes et finissent par déborder les Rockets. Même s’il réalise à nouveau un match 3 immense avec 43 points (à 60%), le match 4 sera plus compliqué pour Olajuwon (20 points et 14 rebonds tout de même mais à seulement 9 sur 24 aux tirs). Robinson livre deux performances solides (29 points-9rebonds au match 3 avec une belle présence en attaque dans une fin de partie serrée (107-102) ; 20 points-16 rebonds-5contres au match 4). Il ne cherche plus à répondre coup pour coup à son rival. Même s’il doit être le leader d’attaque, son jeu n’est pas celui de son adversaire. Il sait que si la série se transforme en un duel entre Olajuwon et le cinq des Spurs son équipe aura l’avantage. Mais néanmoins hors de question de considérer que le vent a définitivement tourné. A un journaliste qui lui demande s’il a résolu le problème Olajuwon après la démonstration collective de San Antonio au match 4 (103-81), Robinson répond étonné :

Résolu ? On ne résout pas (le problème) Hakeem !

Et effectivement il valait mieux être prudent.

OLAJUWON DÉCIDÉMENT TROP FORT

Les matchs 5 et 6 reprennent le scénario des deux premiers. Olajuwon domine outrageusement, forçant les prises à deux qui libèrent les shooteurs des Rockets.

pinterest.com

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Poussé hors de la raquette par le jeu physique de Robinson après avoir fait la loi au poste bas en début de série, il s’adapte et se met lui aussi à sanctionner à l’extérieur, particulièrement dans le match 5 où il enfile les jump-shots mi-distance. Sa ligne de stats est de nouveau magistrale : 42 points à 19/30, 9 rebonds, 8 passes, 5 contres. Robinson résistera un temps (22 points, 12 rebonds, 3 contres au final), ramenant les Spurs à égalité dans le troisième quart-temps, mais finira comme son équipe par exploser (111-90).

Le match 6 sera encore cruel pour les Spurs et leur pivot. Alors qu’ils passent devant à 2’40min du terme ils bafouillent les séquences finales. Robinson manque un tir, deux lancers-francs et perd un ballon à 40′ de la fin, laissant s’échapper les derniers espoirs de son équipe. Il finit avec 19 points (à 35%) et 10 rebonds mais perd 6 ballons. Olajuwon conclut en trombe avec 39 points (à 16 sur 25), 17 rebonds, 5 contres, 3 passes décisives et 2 interceptions. Les Rockets s’imposent (100-95) et se qualifient pour les Finales dans une série où l’avantage du terrain aura été tout relatif puisqu’en six matchs disputés il n’y aura eu qu’une seule victoire à domicile !

A l’arrivée la comparaison entre les deux stars est sans équivoque :

  • Robinson : 23.8 points à 44.9%, 11.3 rebonds, 2.7 passes décisives, 1.5 interceptions, 2.2 contres et 4.5 balles perdues par match ;
  • Olajuwon : 35.3 points  à 56%, 12.5 rebonds, 5 passes décisives, 1.3 interceptions, 4.2 contres et 4.2 balles perdues par match.

Il faut signaler la différence dans le nombre de tirs tentés (166 par Olajuwon contre 98 Robinson) qui rend la comparaison pas forcément juste, notamment quant au nombre de points marqués. Néanmoins le constat laissé par l’impression visuelle du duel va dans le sens des chiffres : le pivot des Rockets a dominé dans les grandes largeurs le MVP, qui a paru la plupart du temps impuissant voire démuni face à lui.

Concernant les coéquipiers des deux stars, ils auront sensiblement les mêmes statistiques que lors de la saison régulière. Toutefois les Spurs auront pu être dispersés par les tribulations de Dennis Rodman. En retard à plusieurs entraînements son attitude désinvolte poussera le coach, par souci de cohésion de son groupe, à le laisser sur le banc plus qu’il ne l’aurait souhaité. Mais la clé de la série aura été la hausse de niveau d’Olajuwon, en défense où il sera parvenu à faire déjouer son adversaire (-4 points marqués pour l’Amiral par rapport à sa moyenne en saison) mais aussi et surtout en attaque où il augmente sa moyenne de 7.5 points marqués par rapport à la saison.

David Robinson conclura sobrement :

Je pense avoir plutôt bien défendu. Il a été incroyable.

LA DOMINATION D’OLAJUWON EN IMAGES

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About Charles Mamere (9 Articles)
Pratiquant le basket depuis l'âge de six ans, j'ai commencé à suivre la NBA avec le premier sacre des San Antonio Spurs en 1999. Dès lors impossible d'en décrocher, que ce soit pour suivre son actualité quotidiennement ou pour plonger dans sa riche histoire avec passion.

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