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[Portrait] Jérôme Moïso ; le rendez-vous manqué

Portrait

Jérôme Moïso avait toutes les cartes en mains pour devenir « THE » Big Men français des années 2000. En 96 à l’Euro Juniors il fait jeu égal avec Dirk Nowitzki. En 97 il est le premier français invité du Nike Hoop Summit. Il y marque les esprits et domine Elton Brand. 11ème choix de la draft 2000 après deux saisons NCAA encourageantes à UCLA, le potentiel est prometteur, mais soudain c’est la panne sèche. Retour sur la carrière de celui que beaucoup considèrent comme le plus gros gâchis du basket tricolore.

Dire que Jérôme Moïso n’a pas connu la carrière qui aurait pu être la sienne est un doux euphémisme. Toutes les personnes l’ayant côtoyé ne vous diront pas autre chose sur le pivot né à Paris le 15 juin 1978. Joueurs, entraîneurs, ou encore scouts, tous ont décelé en Moïso un talent naturel et les caractéristiques d’un futur joueur majeur de sa génération. Jamal Mashburn, son coéquipier sous le jersey de New-Orleans en 2002 n’y va d’ailleurs pas par quatre chemins en considérant Jérôme comme « un joueur à 100 Millions de dollars ». Mais parfois, il est inutile d’essayer de chercher des explications. C’est aussi ça le sport. Un mental fragile, des choix hasardeux ou encore un manque d’investissement, les théories sur le fiasco présumé de la carrière de Moïso sont nombreuses, et nous vous épargnerons les jugements hâtifs. Ici nous allons juste nous contenter de parcourir en détails la carrière de Jérôme Moïso, et tant pis pour les regrets.

LE RÊVE AMÉRICAIN

moiso1C’est au milieu des années 90, après un passage marquant à l’INSEP et un Euro Junior 1996 réussi où il tourne à 16,9 points et 9,8 rebonds par match que l’intérieur décide de partir aux USA pour suivre un cursus universitaire. L’idée est simple. Se rapprocher au plus vite de la NBA en étant sur place. C’est l’objectif de Moïso et des coachs de l’INSEP, qui savent que Jérôme foulera un jour les parquets de la grande ligue. C’est écrit. Lucien Legrand, coach national qui l’a côtoyé et chouchouté entre 1995 et 1997 connaît le potentiel du joueur et il ne tarit pas d’éloge sur son poulain lorsqu’en 2000 l’émission Stade 2 vient lui demander son avis :

 » Quand aura-t-on l’occasion de retrouver un joueur de cette dimension là ? Aujourd’hui il me fait encore rêver. « 

Après un passage en High School, à Milford Academy, il débarque à UCLA. En deux saisons passées sous le jersey des Bruins, Jérôme se fait un nom, et son association avec Baron Davis ne laisse personne de marbre. Des stats plutôt honorables lui permettent d’être un candidat sérieux à la draft. Sélectionné à la 11ème place de la cuvée 2000, Jérôme devient ainsi le second français à intégrer la NBA, 3 ans après Tariq Abdul-Wahad. Il laisse sur le campus de UCLA le souvenir d’un joueur talentueux mais loin d’être sur de lui et de ses capacités, comme en témoigne Steve Lavin, le coach des Bruins de l’époque :

 » Si il y  un gars après lequel ils ont cassé le moule c’est bien lui. Avec lui aucune théorie logique ne fonctionne. C’est vraiment peu commun et rafraîchissant de coacher quelqu’un comme lui, mais il faut sans cesse le convaincre qu’il est un bon basketteur. « 

Jérôme n’a visiblement que peu d’estime pour ses performances, malgré une dernière saison universitaire aboutie où il tourne à 13 points, 7,6 rebonds et 1,7 blocs de moyenne par match. Il prend la direction de Boston, où l’équipe phare des années 80 est en pleine reconstruction. Avec Antoine Walker et Paul Pierce déjà dans la place, Jérôme est attendu avec enthousiasme dans la franchise du Massasuchets qui piaffe d’impatience à l’idée de retrouver des couleurs.

DES PROMESSES NON TENUES

moisoooLe 1er Novembre 2000, les Pistons viennent au Fleet Center affronté les Celtics pour le premier match de saison régulière. Le français est de la partie, il joue 7 minutes, et en profite pour attraper un rebond. L’histoire est en marche ? Pas vraiment. Les relations avec Rick Pitino sont complexes. Le mode de fonctionnement de Jérôme ne semble pas convenir au staff. Le licenciement de Pitino et son remplacement par Jim O’Brien n’y change rien. Jugez nonchalant et peu impliqué, Moïso ne prend part qu’à 24 rencontres et il ne se dégourdit les jambes que 5 minutes en moyenne par match. Calamiteux. Bien entendu, ses statistiques sont insignifiantes. L’aventure NBA se poursuivra ailleurs. Direction les Hornets où sa première saison à tout de la belle galère avec seulement 15 petits matchs à se mettre sous la dent. La seconde saison sous les ordres de Paul Silas restera comme la plus aboutie de Moïso en NBA. Il part de très loin. Pourtant au fur et à mesure que la saison avance, l’intérieur prend de l’assurance et utilise avec soin le peu qu’on lui donne.

Résultat, le coach inclus régulièrement Jérôme dans ses rotations intérieures. Son printemps 2003 est très intéressant. Il commence à peser dans le jeu, comme le soir de cette victoire à Toronto par exemple. Le français passe 20 minutes sur le parquet, il en profite pour inscrire 12 points, arracher 10 rebonds et balancer 2 contres. New-Orleans fonce en playoffs pour affronter les Sixers d’Allen Iverson, et Jérôme va en profiter pour faire parler de lui. Après avoir été inutilisé lors des deux premiers matchs de la série, Moiso revient pour le match 3. Il démontre toutes ses qualités, et en un quart-temps il remet les Hornets sur les rails. Il inscrit 10 points et gobe 7 rebonds. Allen Iverson en personne dira de lui qu’il a été ce soir là le fameux « facteur X » de la rencontre. Jérôme Moiso se montrera très actif lors du reste de la série, avec notamment 4 blocks et 5 points lors du 6ème match. Les Hornets perdent la série 4-2, mais Moiso à démontré qu’il pouvait répondre présent. Il aligne une ligne de stats très propre : 6 points, 4 rebonds et 2 contres de moyenne en 15 minutes passées sur le parquet.

UNE PAUSE EN BLEU BLANC ROUGE

Cet été là, Alain Weisz, alors sélectionneur de l’équipe de France décide d’embarquer Jérôme pour le championnat d’Europe en Suède. La coupure aux côtés des Tony Parker, Boris Diaw ou Ronny Turiaf ne peut lui faire que du bien. Jérôme répond présent, et réalise nottament une grosse prestation contre les Russes. Prendre 12 points et 11 rebonds face à un client du calibre de Kirilenko ce n’est pas anodin. Alain Weisz qui le connaît bien et qui est le premier à le féliciter de sa performance à l’issue de la rencontre revient toutefois sur le côté parfois absent du pivot :

 » Jérôme a du mal à être présent au moment « M ». On a souvent l’impression qu’il est absent. Pas négatif. Absent. Je l’avais félicité après son match contre Kirilenko. Ce qu’il avait fait été déterminant. Quand tu passes un quart de finale, que tu viens de bien jouer contre un All-Star, tu peux être heureux quoi ! Mes radars ne me permettaient pas de savoir si il était heureux.  »  

moiso

Malgré un effectif riche et athlétique, la France termine au pied du podium. Pour Jérôme Moiso, à seulement 25 ans, c’est déjà la dernière fois qu’il enfile le maillot bleu. Il boucle ainsi sa carrière internationale avec un total de 32 sélections, et un sentiment d’inachevé.

NBA : LE CLAP DE FIN

Après sa renaissance du printemps précédent, les Raptors de Toronto décident de laisser une chance au Français qui atterrit au Air Canada Center. Jérôme n’a que 25 ans. Rien n’est encore fini pour lui. Les débuts sous les ordres de Kevin O’neill sont compliqués. Peu voir pas utilisé, Moïso peine à trouver sa place dans la rotation canadienne. Ses performances sontmosio en dent de scie et malgré un regain de forme en début d’année, il disparaît à nouveau des radars au printemps. En dépit d’un changement de coach et de staff, la saison suivante sera du même acabit. Et c’est sans surprise qu’il est coupé par les Raptors à la fin du mois de Décembre. Il aura donc endossé le jersey canadien à 43 reprises passant en moyenne 11 minutes sur le parquet. Concernant les statistiques, elles sont à l’image du temps de jeu famélique qu’on lui a accordé. 2,7 points et 3,2 rebonds par match. Jérôme va enchaîner les piges du côté de New-Jersey et de Cleveland. Chez les Nets, l’histoire raconte que c’est Vince Carter en personne qui aurait soufflé son nom au dirigeant. Les deux joueurs se sont côtoyés chez les Raptors, et Vinsanity ne tarit pas d’éloge sur le pivot guadeloupéen qu’il qualifie de « diamant brut ». Les franchises ne donneront pas suite à tout ces petits contrats. Rincé, et usé par le système NBA, Jérôme Moïso décide de prendre une année sabbatique. Un système dont il se revendique volontiers victime :

 » J’ai été victime du côté néfaste du business NBA, de fond en comble. « 

LE REBOND EUROPÉEN

moisobadaloAprès ce congé, c’est gonflé à bloc que l’intérieur français espère retrouver son jeu. Le Virtus Roma l’accueille. Le début d’un périple européen qui après la capitale italienne l’emmènera à Bologne, puis à Madrid et Badalona. Après avoir remporté le titre national avec le Real et la coupe ULEB avec la Joventut il met le cap sur la Russie. Une aventure avec le Khimki qui tourne court, à l’hiver 2008 il revient à la Joventut de Badalona. C’est d’ailleurs clairement sous le maillot du club espagnol que Jérôme propose son meilleur basket. Il boucle la saison 2008/2009 en affichant 8,9 points et 5,2 rebonds de moyenne. Moïso retrouve l’envie et le sourire, lui qui considérait son retour en Europe comme une ultime chance :

 » J’ai tout pour briller ici. Si une chose ne marche pas, il faut voir ailleurs. Si ça ne marche pas, j’arrête ! « 

C’est donc avec plaisir que l’on a vu Jérôme continuer. Après Badalona, il reste en Espagne et en Liga ACB, un championnat qui semble lui convenir. C’est ainsi qu’il débarque à Bilbao. Le CBD Bilbao sera donc le dernier club espagnol de l’intérieur français. Une parenthèse d’une seule saison, où ses lignes statistiques seront tout à fait correctes. Jérôme s’évertuant aussi et surtout à assurer défensivement, comme il le déclare sur le site officiel du club lors de son arrivée :

« Je suis un type sympa mais je suis sûr que cette année on verra à Bilbao un Moïso surtout intimidant en défense. J’ai très envie de connaître Bilbao, l’équipe, et de commencer à travailler le plus rapidement possible »

Après ce joli interlude Européen, au cours duquel il découvre nottament les joies de l’Euroleague c’est vers des contrées plus exotiques que Moïso met le cap. C’est tout d’abord en Chine qu’il pose les sneakers. Sous le maillot des Jiangsu Dragons, au côté d’un certain Ricky Davis, il fait parler tout son talent, au sein d’une ligue certes assez limité. Mais les chiffres sont là. 15,3 points à 56 % de réussite accompagné de 11,6 rebonds et 1,8 contres en 32 minutes de jeu. Pas suffisant pour des Dragons qui manquent de souffle et qui échouent en demi-finale des playoffs. Fin 2011 on retrouve la trace de Moïso en Ukraine. Il signe pour le BC Dnipro Dnipropetrovsk. Une histoire qui se termine après seulement une dizaine de matchs. Porto-Rico sera le dernier point de chute d’une carrière tumultueuse. Au terme d’un essai infructueux au sein des Pirates de Quebradillas, Jérôme Moïso annonce finalement sa retraite au début de l’année 2014. 

MERCI JÉRÔME ! 

Voilà donc résumé de manière abrégé (quoique) les principaux traits d’une carrière professionnelle longue de presque 15 années. Certains la qualifieront de décevante. Ceux là connaissent le potentiel affiché par Jérôme Moïso lors de ces jeunes années. Ce sont les mêmes personnes qui vous diront de Moïso qu’il est un bon mec, facile à coacher, mais fragile mentalement, et trop dilettante. Alain Weisz, l’ancien sélectionneur des bleus fait partie de cette frange là. Mais la vérité se trouve peut-être ailleurs. A mi-chemin entre des avis trop tranchés et des ambitions démesurés pour un joueur qui sortait à peine de l’adolescence lorsqu’on lui a collé l’étiquette de futur crack alors qu’il n’avait rien demandé. Et si finalement l’intéressé lui même nous donnait sa conclusion :

« Depuis toujours les gens parlent de mon potentiel, du fait que je sois l’un des meilleurs talents du basket français. J’en pense que l’histoire et les faits ont prouvé que non. Beaucoup de gens disent que j’aurais dû, que j’aurais pu. J’aurais peut être pu être un All-Star. C’est dommage mais c’est comme ça. « 

Qui mieux que Jérôme Moïso pouvait donner un avis clair et concis sur sa carrière. Moïso est lucide et décrit les faits tels qu’ils sont, de façon pragmatique. Il n’a pas l’air d’avoir de regrets. C’est peut-être là l’essentiel. Pour ma part Jérôme, sache que je te remercie. Oui, car grâce à toi, nous en avons gagné des titres NBA. Que ça soit aux Pacers ou chez les Suns, jamais je n’ai commencé une partie de NBA Live sans te recruter. Même en 98, j’ai créée ton avatar, impatient que j’étais de connaître tes débuts en NBA. Tu a étais de toutes mes campagnes, et de tout mes succès (virtuels). Alors Jérôme Moïso, si ce modeste texte arrive jusqu’à toi, merci pour toute cette joie et ces victoires. Pour moi tu es le MVP, n’en déplaise aux autres. Et désolé pour le tutoiement Jérôme, mais on a tant de fois partagé le même vestiaire, que tu n’en seras pas surpris.

SA CARRIÈRE EN CHIFFRES

-NCAA-

  • 62 matchs pour UCLA
  • 26,8 minutes jouées par match
  • 12 points par match
  • 48,9 % de réussite
  • 6,8 rebonds par match
  • 1,3 contres par match

-NBA-

  • 145 matchs
  • 9,6 minutes par match
  • 2,7 points par match
  • 48,9 % de réussite
  • 2,7 rebonds par match
  • 0,5 contres par match

-EUROPE-

2006/2007

  • Lega Basket & Euroleague
  • 28 matchs : 5,7 points / 5,7 rebonds / 1,6 contres
  • 18,4 minutes par match

2007/2008

  • Liga ACB & Coupe ULEB
  • 51 matchs : 7,2 points / 5,1 rebonds / 1,3 contres
  • 19,9 minutes par match

2008/2009

  • Liga ACB & Eurocup & Euroleague
  • 51 matchs : 8,5 points / 5,1 rebonds / 0,8 contres
  • 19,2 minutes par match

2009/2010

  • Liga ACB & Eurocup
  • 45 matchs : 7 points / 4,2 rebonds / 0,8 contres
  • 18,2 minutes par match

-CBA (ligue chinoise)- 

  • 38 matchs pour les Jiangsu Dragons
  • 32,3 minutes de jeu
  • 15,3 points par match
  • 56,8 % de réussite aux shoots
  • 11,6  rebonds par match
  • 1,8 contres par match

Jérôme au sujet de son arrivée à UCLA

Blocs et rebonds de Jérôme sous le jersey des Hornets

Crédits photos : gettyimages.fr

Citations : Maxi Basket / bilbao.biz 

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About Waka Bayashi (87 Articles)
Enfant des eighties, c'est au début des années 90 que je découvre la NBA. En 1993 j'obtiens mon brevet des collèges grâce à l'épreuve de Géographie au cours de laquelle je localise les plus grandes villes sur la carte des Etats-Unis, en ajoutant entre parenthèses le nom des franchises de la ligue, en espérant secrètement quelques points bonus. Fan des joueurs avec un taux de trash-talking élevé (coucou Reggie Miller), j'ai intégré l'équipe de Basket Rétro afin que mes parents soient fiers de moi.

2 Comments on [Portrait] Jérôme Moïso ; le rendez-vous manqué

  1. juste pour info, son premier club en Guadeloupe est l’asc BAN-E-LOT (@banelot), club labellisé Elite Or formateur par le FFBB et qui continue à former des futurs basketteurs et basketteuses malgré des moyens et infrastructures réduits (en ce moment, Jonathan Jeanne et Gregory Bengaber , MSB., par ex.)
    Merci aussi de mettre en avant les clubs et personnes qui font le travail quotidien du basket ball

    Aimé par 1 personne

  2. Merci pour ces précisions 😉 .Je l’ajoute à l’article rapidement.

    J'aime

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