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[Portrait] Pape Badiane, un défenseur exemplaire

Portrait

En souvenir de Pape...

Disparu tragiquement le 23 décembre, Pape Badiane, 36 ans, aura marqué le basket français par sa gentillesse, sa disponibilité, son leadership et ses qualité défensives.

« Je n’aurais jamais pensé faire carrière dans le basket ». On ne peut pas dire que Pape fut visionnaire sur le coup! En même temps, qui aurait pu croire que ce joueur, dont la grande carcasse restait vissée sur le  banc de la petite fac de Cleveland State lors de sa saison freshman en 2000-01; allait devenir champion de France et international français? Pas lui et en vérité, nous non plus.

A vrai dire, quand on commence le basket tard comme Pape et son petit frère Moussa, on a pas vraiment le choix. Il faut bosser le double voir le triple des autres pour se mettre au niveau! Même quand on dispose d’un gabarit, a priori, fait pour le basket comme les frangins Badiane. Les playgrounds des Ulis sont d’abord le terrain de jeu de la fratrie avant que Pape parte à Montpellier chez les espoirs. Il n’y jouera qu’un an avant de s’envoler vers l’Ohio et sa fac de Cleveland State.

Les Vikings ne sont pas un gros programme de basket. Une seule participation au tournoi NCAA en 85-86. On est a mille lieux des fameuses facs de l’Etat comme Ohio State, Ohio, Xavier et Cincinnati mais ça reste de la première division NCAA. Une année freshman a oublier donc en terme de temps de jeu, mais au moins on a pu travailler les fondamentaux et la condition physique, même si on restera « un éternel sénégalais » en terme de morphologie (pas vrai Moussa?). 207 centimètres mais incapable d’arriver au quintal et si les américains ne peuvent pas de te faire prendre du poids, c’est que tu resteras toujours une brindille! Année sophomore sensiblement meilleure, on passe de 0.9 points et 0.7 rebonds à 4.7 points, 5.6 rebonds et 1.8 contres en 19.2 minutes. Pape n’est pas le plus lourd et le plus physique au sol mais il sort « les go go gadget au bras » pour contrôler le trafic aérien.

Afficher l'image d'origineAnnées Junior et Senior du même acabit, Pape s’impose comme un cadre de l’équipe. Il est le meilleur contreur de la conférence Horizon, un bon rebondeur et un scoreur opportuniste avec un bon pourcentage de réussite. Par contre collectivement, c’est la déroute. Les Vikings sont plus à l’aise sur l’eau que sur un terrain de basket c’est bien connu,  et l’équipe n’engrange que 12 succès en 59 matchs. Tout n’est pas noir, on joue contre d’excellents joueurs dans cette conférence notamment Cedric Banks, Dylan Page, Joah Tucker et Ryvon Coville que l’on retrouvera plus tard mais çà on ne le sait pas encore. On en profite également pour côtoyer les professionnels. Cleveland, Ohio humm… Attendez, il n’y aurait pas une équipe NBA là-bas?

Tout juste! enfin bon, les Cavaliers niveau résultats ne font pas mieux que les Vikings à cette époque ! Mais on en profite pour faire ami avec un compatriote, le pivot sénégalais DeSagana Diop; on se mesure aux talentueux 221 centimètres de Zydrunas Ilgauskas; et on fait la connaissance du lycéen LeBron James. Il a l’air assez prometteur ce petit jeune! Quatre années de fac, un diplôme de finances en poche et son nom gravé dans l’histoire des Cleveland State Vikings: 3ème all-time au nombre de contres, meilleur contreur sur un match avec 7 blocks et meilleur moyenne de contres sur une saison avec 2.6 bâches.

Va t-on continuer le basket au niveau professionnel? On a bien sa petite réputation en NCAA mais ça va faire court pour la NBA à cause du niveau de l’équipe. Un retour en France? Est-ce que je suis connu là-bas? Y’a t-il un coach assez expert en NCAA pour m’avoir remarqué? Oui, il y en a en a un et il s’appelle Jean-Denys Choulet.

Jean-Denys Choulet est l’entraîneur de Roanne, une équipe prestigieuse. Enfin prestigieuse, il y a longtemps quand même! Dans les années 50-60, la Chorale de Roanne gagnait un championnat de France. Le joueur emblématique était André Vacheresse, il a laissé son nom à la salle actuelle. Un autre joueur connu y fait ses gammes au même moment, le jeune Alain Gilles. Mais, c’est bien loin tout çà et le club vient juste de remonter en ProA après de longues années de purgatoire à l’échelle inférieure. Oh Chouette encore une galère! Je vais donc jouer le maintien à l’arrache chaque année. 16ème en 2003-04, 16ème en 2004-05. Par contre, on arrive à la 9ème place l’année suivante et on atteint le premier tour des playoffs. Personnellement, je m’épanoui: 7.7 points, 4.8 rebonds et 10.2 d’évaluation en 19 minutes, c’est loin d’être mauvais.En même temps, on fait connaissance avec de drôles de personnages dans cette équipe, d’abord le coach , il est un peu fou-fou. Pareil pour Mike Bauer, notre meilleur joueur, très sympa en dehors du terrain, mais un peu cinglé dès qu’il entre sur le parquet. Gary Alexander, lui est encore plus spécial, il se fait licencier en cours de saison après avoir agressé le même Bauer! Il y a aussi le jeune Ali Traoré. Il est marrant Ali,  totalement mon opposé niveau style de jeu, très fort en attaque mais beaucoup moins bon en défense! En plus, il essaye de rivaliser au niveau geek mais il sait très bien que le maître ninja c’est moi!

badiane-bachelot

Saison 06-07, beaucoup de joueurs sont conservés dont la paire américaine Spencer/Harper, le rookie Moerman et Marco Pellin. Laurent Cazalon, un ancien de la maison, revient. Bauer est remplacé par Marc Slayers. Un fou génial contre un fou génial! Je deviens capitaine. Les victoires commencent à s’enchaîner, le semaine des As est avalée. Ah merde, on devait pas jouer le maintien? L’attaque pète le feu, les trois meilleurs marqueurs de la pro A sont Spencer, Slayers et Harper. Les trois dans la même équipe, du jamais vu! Par contre en défense, les trois cités ne sont pas des foudres de guerre et c’est à la mini-mobylette Marco et à moi de verrouiller la défense! Est-ce à ce moment là que Jacques Monclar me surnomme « le Poulpe »? Un patronyme qui restera même si au début, il ne me plait pas trop mais c’est vrai que mes bras sont dans le genre tentaculaires pour l’adversaire!

La Chorale finit la saison régulière avec un bilan de 24 victoires et 10 défaites, 2ème derrière Nancy. Tiens d’ailleurs Nancy, on les retrouve pour la finale en match sec à Bercy. C’est leur troisième finale de suite, ils ont perdu les deux premières et désolé pour eux mais il ne gagneront pas celle là non plus! Marc Slayers selle le match avec une grosse claquette dunk. Victoire 81-74, et j’en profite pour signer ma plus grosse évaluation de la saison avec un double-double: 11 points, 12 rebonds, 2 interceptions et 1 contre. Les grands joueurs font leur meilleur match au moment le plus important, pas vrai?

Roanne, champion de France, c’est une surprise. Pape Badiane appelé en équipe de France pour l’Euro 2007, ça l’est moins vu le niveau de jeu affiché cette saison. Ian Mahinmi blessé en summer league, une place à intérieur se libère. 12 ème homme de l’équipe, il assiste à la déroute des bleus qui finiront 8ème de l’Euro espagnol et non qualifié pour les J.O de Pékin. Encore un rendez-vous manqué pour cette belle génération mais la roue finira par tourner…

Saison 2007-08, je découvre l’Euroleague! Même si Roanne n’atteindra pas le Top 16, j’ai la chance me frotter aux meilleurs intérieurs européens! Les Turkcan, Okulaja, Pekovic, Vazquez, Tsartsaris, Reyes et Lorbek sont soient plus grands, soient plus lourd que moi, parfois les deux en même temps! Mais je tiens ma place (9.4 points, 5.8 rebonds, 1 contre et 11.8 d’évaluation en 14 matchs), je me prends même de passion pour l’éternelle ville de Rome: 14 points, 15 rebonds et 22 d’évaluation contre le Lottomatica à l’aller et 22 points, 10 rebonds et 31 d’évaluation au retour! En championnat de France, on poursuit sur notre lancée avec 22 victoires et 10 défaites et retour à Bercy pour la finale des playoffs, contre qui? Nancy bien sûr! Cette fois, les Couguars ne laissent pas échapper une proie si longtemps convoitée. Lourde défaite 84-53. Fin de cycle.

Départ pour le Mans où je retrouve Dewarick Spencer. Mon palmarès s’enrichit d’une Coupe de France et d’une Semaine des As (ma deuxième). Je continue à jouer en Euroleague car le MSB est un habitué de la compétition. Par contre mon temps de jeu est décevant et la saison finit en eau de boudin, élimination en demi-finale des playoffs. Je pars pour Poitiers pour me relancer.

Poitiers sera mon dernier club. Seulement trois clubs en 10 ans de basket pro, atypique dans le basket d’aujourd’hui non? Ce club est atypique aussi. Une bande de joueurs français ensemble depuis la N1, les Guillard, Gomez, Devehat, Maynier et Constentin. Des américains fidèles: Kenny Younger, Tommy Gunn et Rasheed Wright. Une communication de club au top; J’ai même l’honneur d’être dans le premier épisode de l’excellente série « Vie mon match » qui vit sa deuxième saison. Certaines personnes s’interrogent de ma venue ici car le PB86 est un club tout juste promu, mais le projet est intéressant et le coach Ruddy Nelhomme a su me convaincre de venir.  Cette ville respire le basket comme Roanne. A presque 30 ans, je ne suis plus le petit nouveau que personne ne connait, c’est moi qui ait le plus d’expérience! Une première année de rêve, on accroche la 8ème place qualificative pour les playoffs et je suis appelé pour mon 3ème All-Star Game! Les trois saisons suivantes seront plus difficiles: maintien, maintien et finalement descente du club en proB. Ma dernière saison est gâchée par une blessure au poignet qui ne permettra plus de jouer au haut-niveau. J’arrête donc ma carrière de basketteur pro à 33 ans.

Je me reconverti dans le multimédia. Quoi de plus naturel pour un Maitre Geek comme moi? Mais je n’oublie pas le basket pour autant, L’Ile de Ré en N2, Charenton en N3.

« Je n’aurais jamais pensé faire carrière dans le basket ». Je ne m’en suis pourtant pas trop mal sorti.

SON PALMARÈS 

  • Champion de France 2007
  • Semaine des As 2007 et 2009
  • Coupe de France 2009
  • All-Star en 2006, 2007 et 2009
  • 23 sélections en Equipe de France. Participation à l’Euro 2007

PAPE BADIANE EN CHIFFRES

  • Cleveland State Vikings 2001-03: 85 matchs: 5 points, 4.4 rebonds, 1.6 contres de moyenne
  • Carrière professionnelle (Roanne 2003-08, Le Mans 2008-09, Poitiers 2009-13): 292 matchs de saison régulière: 7.3 points, 5.3 rebonds, 1 contre, 9.9 d’évaluation en 22 minutes de moyenne. 23 matchs de playoffs: 7 points, 5.3 rebonds, 1.1 contre, 10.7 d’évaluation en 19 minutes.
  • Records en Pro A: 22 points (contre Pau-Orthez en 2006), 13 rebonds (x5), 5 passes (contre Cholet en 2010), 4 interceptions (contre Strasbourg en 2005), 4 contres (x7), 29 d’évaluation (contre Pau-Orthez en 2006)

LA VIDEO-HOMMAGE A PAPE BADIANE

Crédits phot Une : Maxppp

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About Guillaume Lechat (21 Articles)
Créateur de PureFrenchBasketball. Ecriture, montage, un peu de graphisme aussi. Expert en expérimentation de cuisine asiatique. Aussi mauvais joueur que Laurent Sciarra et Gianmarco Pozzecco réunis 🐱🤘.

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