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Le billet de Cathy Malfois – Une histoire polonaise, Acte 1

Témoignage

Véritable légende du basket français, Cathy Malfois est sans conteste l’une des meilleures joueuses françaises des années 80. A travers cette nouvelle rubrique « Le billet de Cathy Malfois », l’ancienne internationale de l’Equipe de France a ainsi rejoint l’équipe de Basket Rétro en devenant notre consultante. Première joueuse française à jouer à l’étranger, Cathy a décidé de nous évoquer sa fabuleuse histoire polonaise. 

Juillet 2014 : 35 ans, voilà 35 ans que je n’étais pas retournée en Pologne et plus particulièrement à Gdansk !

Gdansk, où je me suis expatriée en 1976 pour tenter une aventure sportive un peu extraordinaire ; je suis ainsi devenue la première joueuse française à évoluer dans un « pays de l’Est »! Gdansk, au bord de la Baltique, sa vieille ville millénaire, son port et tout près la cité balnéaire de Sopot ! Gdansk qui deviendra le théâtre d’événements qui marqueront l’histoire à jamais avec les grandes grèves des chantiers navals et la création en 1980 par Anna Walentinowicz et Lech Walesa du syndicat « NSZZ Solidarnosc » (Solidarité), légalisé officiellement en 1989.

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Mes coéquipières @ Collection personnelle Cathy Malfois

J’ai donc retrouvé Gdansk et Gdansk a bien changé ! On trouve encore dans certains quartiers quelques ruelles pavées et la vieille ville n’a pas pris une ride. La basilique Sainte Marie et sa grande tour de 76m sont encore debout, ainsi que les hautes maisons aristocratiques de la Route royale. Sur les quais, la grande grue datant du Moyen Age fait toujours le bonheur des touristes. Mais les grands magasins ont remplacé les petites échoppes, les routes se sont transformées en quatre voies, les immeubles modernes ont poussé.

La salle du « Spojnia » où je taquinais la balle orange a été transformée en salle de fitness et un hôtel a été bâti juste devant . Une grande avenue passe à l’endroit où se trouvaient les infrastructures médicales (salle de soins, cabinet médical, sauna, piscine de récupération…).

Mais les souvenirs ont quand même affleuré !

Tout a commencé par une invitation du coach de l’époque, Z.Felski, (rencontré lors d’un match France – Pologne à Cracovie), à participer avec son club à un stage de préparation en Pologne.

C’était en juillet 1976. Je suis restée trois semaines et en septembre, un copain m’a emmenée en voiture rejoindre l’équipe qui jouait quelques matches amicaux dans le Nord de la France.

Je n’avais prévenu personne, j’emportais juste un manteau pour l’hiver et deux sacs, pour un séjour qui allait durer presque un an. J’avais 21 ans, je venais de finir mes études, je n’avais pas envie de me lancer dans la vie professionnelle, je n’avais qu’une seule ambition : m’éclater en jouant au basket le plus possible et vivre une nouvelle expérience !

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Match contre Wisla Cracovie @ Collection personnelle Cathy Malfois

Le voyage en car a duré deux jours. J’avais mon visa en poche. Je me suis retrouvée dans une chambre chez l’habitant , puis plus tard dans un appartement un peu plus grand, mis à disposition par le club. J’ai vite trouvé mes repères, le coach parlait bien français, ce qui a facilité mon intégration.

Les journaux commençaient à évoquer mon arrivée. Il faut dire qu’une sportive d’Europe de l’Ouest atterrissant dans un pays de l’Est, à cette époque, c’était plutôt incongru, voire incompréhensible pour certains. Le mur de Berlin était loin d’être tombé et le printemps de Prague encore bien présent dans les esprits.

Le championnat polonais était assez particulier. Il débutait en octobre, se poursuivait jusqu’en mars.

Le championnat se déroulait en deux phases aller et retour selon le principe de deux matches le week-end contre la même équipe, l’un le samedi, le second le dimanche. Pas le temps de souffler ni de s’apitoyer en cas de défaite, c’était reparti le lendemain !

C’était excitant de jouer autant de rencontres (45), dans des salles certes parfois vieillottes, avec le public au balcon ou assis sur des bancs juste derrière nous, enthousiaste et nombreux, de boire du thé chaud pendant les rencontres, de voir du pays, d’apprendre le polonais… Le reste du temps était dévolu aux entraînements et au repos : le matin de 10h00 à midi consacré à la préparation physique, aux tirs ou aux fondamentaux individuels ; la fin d’après-midi, durant deux heures également, consacrée aux fondamentaux collectifs et au jeu…

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Au temps mort @ Collection personnelle Cathy Malfois

Après chaque entraînement, il était possible de se restaurer à la cafétéria du club, attenante à la salle. Nous nous présentions à un petit guichet, comme à la gare, où une dame à demi cachée dans sa cuisine nous préparait du thé et des « kanapki » (sandwiches) garnis de fromage, salami, concombres, etc. et nous nous asseyions peinardement pour regarder par la grande baie vitrée les autres équipes s’entraîner.

Ensuite, il fallait regagner l’appartement, en bus ou à pied .

Tout cela me changeait évidemment de Toulon, où je jouais auparavant et où la saison représentait seulement 22 matches et 3 ou 4 séances d’entraînement par semaine. Sans parler des températures !

En hiver, il pouvait faire très très froid, jusqu’à moins 20, moins 30 degrés. J’étais contente d’avoir emmené ma doudoune épaisse !

La salle de Gdansk était petite mais chaleureuse, en bois, avec du parquet au sol, le luxe ! Le public était tout près du terrain et parfois chaud bouillant. Il nous portait, nous transportait, nous sublimait.

Les équipements nous étaient fournis : maillots avec notre nom dans le dos, shorts, survêtement, chaussures (en toile, à semelle plate et inconfortables !). C’était la mode des chaussettes montantes, très élégant !!!

Nous disposions aussi d’un médecin et tous les lundis, nous pouvions bénéficier de soins spécifiques, faire un sauna, récupérer dans la piscine où un kiné nous faisait des massages avec des jets puissants. Le professionnalisme avant l’heure !

A la fin de chaque mois, j’allais chercher mes indemnités au guichet du club (assez conséquent pour la Pologne mais à l’époque communiste, le zloty n’avait aucune valeur à l’étranger). Je signais un papier et j’empochais mon argent. Le manager du club faisait prolonger mon visa de séjour et les semaines s’enchaînaient ainsi : entraînements, déplacements…

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About Cathy Malfois (8 Articles)
Cinq fois Championne de France. Élue dans le top 5 de l'Eurobasket 1978. Élue dans le top 10 des meilleures joueuses du XXe siècle par Maxi-Basket. Ancienne internationale de l'Equipe de France avec 166 sélections.

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