Breaking News

ITW Irène Ottenhof – Part 2 : « L’impact des JO 2012 a été capital avec la hausse des licenciés »

Interiew

Crédits photo Jean-Patrick Lapeyrade. @ La Dépèche

Suite de notre entretien du 10 janvier dans les locaux de la FFBB avec Irène Ottenhof, directrice de la LFB, durant lequel nous avons abordé, entre autres, la médiatisation du basket féminin, l’excellente formation en France et ses souvenirs de la NBA. Second volet.

Basket Rétro : La médiatisation du basket féminin s’est bien développée d’années en années. On le voit avec  l’émission « Dans le Cercle » diffusé sur le net, la diffusion des matchs LFB sur SFR Sport, les événements organisés (championnes de cœur, Open LFB), le lancement de LFB TV, ou encore le programme « Vide ton sac ». J’imagine que le bilan est satisfaisant. Un mot sur cette évolution et l’importance nécessaire de donner plus de visibilité au basket féminin.

Irène Ottenhof : Je me suis attaché à travailler sur la visibilité, le côté viral de la communication, et la simplicité. J’ai opéré ce choix stratégique en cohérence avec l’impact des nouvelles technologies : le web, les réseaux sociaux. J’ai mis l’accent sur la partie web. Il est difficile de rendre le basket féminin visible à la télévision et je voulais travailler sur des produits de grande qualité. Cela s’est traduit par l’émission « Dans le Cercle ». Je salue Edwige Lawson qui a été à l’initiative de la création de cette émission. Elle a eu beaucoup d’audace. J’ai fait confiance à ce projet d’émission. On a mis des moyens financiers très importants. L’objectif était de faire quelque chose qui ne soit pas «  cheap » mais aussi d’avoir une émission pérenne. Cette émission a duré deux ans, on a maintenu le niveau qualité et je me suis attachée à mettre les clubs de la Ligue en valeur en pointant du doigt leur spécificité, leur marque de fabrique.

Parallèlement, en arrivant à la LFB j’ai eu à cœur de créer un événement pour générer une sorte de second souffle. Quelque chose d’osé, de novateur. Parce que début 2013, quand j’ai effectué l’état des lieux de la LFB, j’ai estimé que la priorité de mon travail n’était pas de bâtir mais de développer. Je voulais organiser un événement qui rapprochait les générations et qui génère de l’émotion.

Le basket et donc le basket féminin sont une famille. C’est une réalité. Et comme toutes familles, on essaie de perpétuer des traditions, la mémoire, les rencontres. Avec Championnes de cœur, c’était ma manière de faire produire une « fête de famille ». On a organisé deux éditions qui ont été des réussites. Cela a procuré des émotions intenses pour les participantes et le public tout en ayant un impact sur le développement de la LFB.

BR : Il y a eu deux éditions Championnes de Cœur. Est-ce la fin ?

IO : Oui, c’est fini. On peut faire une interruption d’un an. Si ça devient une parenthèse de deux ans, faut se dire que ca s’arrête. Si ca redémarre, ce sera autre chose mais pas un événement semblable. Ce n’est pas un arrêt en raison de motifs financiers. Quand la FIBA a dévoilé son calendrier pour les qualifications de l’Euro, il fallait qu’on travaille sur le nôtre et fixer des priorités. Pour moi, il était évident que la priorité était sportive : le championnat LFB, le fait de préserver l’intégrité des joueuses, puis faire en sorte que nos joueuses françaises soient les meilleurs possibles en club et les plus performantes en équipe de France. Il n’y avait pas la place dans le calendrier pour organiser à nouveau l’événement Championnes de Cœur.

BR : L’émission « Dans Le Cercle » a duré deux ans. C’en est terminé aussi ?

IO : Oui. Selon moi, si on fait un produit qui dure un an, c’est un un one-shot, c’est de la communication. On ne fait qu’attirer le regard. Quand on est sur un projet de deux ou trois ans, on est sur un cycle, on vise la pérennité, on crée un rendez-vous. Et puis se pose la question de l’arrêter et notamment le timing : quand ? Quand on est sur des projets dont les durées de vie sont courtes, on limite les risques d’essoufflement. Et selon ce moment c’est quand on parle du projet, qu’il est apprécié, que l’on a créé le RD et fidéliser, alors, là il peut être temps de passer à autre chose.

BR : Je vous montre une autre photo. Que cela vous évoque ?

Irène Ottenhof récompensée au Trophée Fémix en 2015

Irène Ottenhof récompensée au Trophée Fémix en 2015 (c) Marie-Lopez Vivanco

IO : C’est les trophées Femix. La LFB a été récompensé dans la catégorie « Stratégie et développement du sport féminin » en 2015. Il a été décerné entre autres pour l’événement Championnes de Cœur.

BR : En voyant cette photo, on se dit que vous avez parcouru beaucoup de chemin pour en arriver là et obtenir cette distinction. Précédemment, nous parlions de votre découverte du basket, de vos missions en tant que coach du basket 3×3 et ceux à la LFB. C’est une très belle histoire pour vous.

IO : On est tellement pris dans une spirale qu’on oublie de regarder dans le rétro. C’est vrai que j’ai énormément travaillé, notamment les deux premières années. Je ne comptais pas mes heures, j’ai bossé des weekends entiers, des soirs jusqu’à pas d’heures, des semaines qui s’enchaînaient pendant plusieurs mois sans pause. Ce prix vient récompenser des efforts. Sur cette photo, on me voit mais ce qu’il faut surtout souligner c’est que c’est le travail de toute une équipe, et que rien n’aurait été possible non plus sans les moyens financiers importants que met la FFBB à disposition de la LFB car la politique de la Fédération est volontariste et résolument tourné vers le basket féminin de haut niveau.

BR : Passons à une autre photo. Tout le monde se rappelle de la magnifique médaille d’argent aux JO 2012 de l’équipe de France. Avec ce résultat des filles à Londres voire même avant, peut-on dire qu’il y a eu une augmentation de filles licenciées à la FFBB ?

L'équipe de France, médaillée d'argent aux JO 2012 de Londres

L’équipe de France, médaillée d’argent aux JO 2012 de Londres

IO : C’est indéniable. Une équipe de France, quelle que soit la discipline, c’est la vitrine du magasin. Quand la vitrine est belle, bien organisée, avec de la lumière, on a forcément envie de rentrer dans le magasin. Il est évident que les résultats, les médailles glanées sur le plan international permettent de conforter une bonne santé au niveau du nombre de licenciés et de voir celui-ci augmenter. Cette image est celle des JO. Il faut faire la différence entre toutes les autres compétitions FIBA (Euro, Mondial), et les JO. Les Jeux font rêver n’importe quel sportif professionnel, entraîneurs et spectateurs. C’est toute la planète qui est à l’heure des JO, tout le monde les regarde.

L’impact par rapport au nombre de licenciés féminines a été capital. Le basket féminin a été sous les feux de la rampe. Mais il y a de la concurrence. On n’est pas seul. Les autres fédérations travaillent aussi comme le foot, le handball et d’autre. Le foot a des moyens très importants. C’est de la concurrence saine. Cela ne nous empêche pas de travailler ensemble, d’opérer ensemble. On avance dans la même direction, celui de l’intérêt général.

BR : Ces bons résultats ont-ils boosté les affluences dans les salles des clubs LFB ?

IO : Oui. Certains clubs, je pense à Lyon et Nantes qui ont accueilli plus de 6.000 spectateurs pour des rencontres en championnat la saison dernière (Nantes – Bourges à la Trocardière et Lyon – Arras à Gerland). On peut passer au révélateur l’Open LFB. Cet événement s’est déroulé pendant les 2 jours à guichets fermés l’année qui a suivi celle des JO. C’était une explosion sur le plan du remplissage de Coubertin. Tout le monde venait voir les Braqueuses. Même les gens qui ne connaissent pas le basket. Et c’est sur cette cible là qu’on a des progrès à faire qu’il s’agisse de l’Open ou du basket dans les territoires.

Sur le trophée Femix récompensant le travail de la LFB « Ce prix vient récompenser des efforts. Sur cette photo, on me voit mais ce qu’il faut surtout souligner c’est que c’est le travail de toute une équipe, et que rien n’aurait été possible non plus sans les moyens financiers importants que met la FFBB à disposition de la LFB car la politique de la Fédération est volontariste et résolument tourné vers le basket féminin de haut niveau.

BR : Différentes générations en équipe de France se succèdent parfaitement que ce soit chez les hommes (celle de ParkerDiawPiétrus ; celle de BatumDe Colo-Diot ; celle de Gobert-Fournier) et les femmes (celle de SouvréSauretFijalkowskiMelain ; celle de GrudaDumerc-Yacoubou ; celle de Ayayi-Epoupa-Johannes-Tchatchouang). Avec toutes les médailles gagnées dans les compétitions internationales (Or à l’Euro 2009, argent à l’Euro 2013 et 2015 et bronze à l’Euro 2011, l’argent aux JO 2012 chez les filles et les 4 médailles en 6 ans pour les hommes), comment expliquez-vous la réussite de cette formation en France ?

IO : On a une spécificité unique au monde : le haut niveau et la formation, c’est l’Etat. C’est un système que j’ai du mal à expliquer quand je rencontre des homologues à l’étranger. C’est un héritage franco-français. C’est atypique. Aucun autre système ne nous ressemble. L’Etat s’engage financièrement et humainement. Le parcours d’excellence sportive est à mettre en avant. Un enfant qui pratique le basket peut être détecté dès 11 ans et entrainé grâce à des structures adaptés pour les parcours scolaire et sportifs jusqu’à an. C’est unique au monde. C’est une force extraordinaire, j’en suis convaincue.

Bien que l’élite ne sorte pas nécessairement de la masse, on est quand même dans le top 5 en termes de licenciés avec près de 600.000. Ajouté à cela, les moyens financiers et humains mis en œuvre, la qualité de l’accompagnement et des structures, le niveau des championnats, beaucoup d’ingrédients sont réunis pour que les Equipes de France performent.

BR : Avec ces nouvelles générations, pensez-vous que la France continuera à atteindre les podiums des différentes compétitions ?

IO : Je vous répondrais oui aujourd’hui. On a célébré pas plus tard que ce midi le titre de champion d’Europe remporté par les U18 masculins en Turquie et les U18 féminines sont également Championnes d’Europe. On a pu observer qu’une équipe de cette catégorie a tendance à arriver à maturité 10 ans plus tard sur l’échiquier international en senior. Dans la pérennisation du résultat, un des critères fondamentaux, c’est la valeur du maillot qu’il faut entretenir et éduquer.

BR : Villeneuve d’Ascq et Bourges ont gagné respectivement l’Eurocup en 2015 et 2016. Valenciennes et Bourges dans les années 90 et 2000 avaient atteint le Final Four en Euroligue. A quel moment pourrait-on revoir nos meilleures clubs féminins atteindre le dernier carré de la plus prestigieuse des compétitions dans les années à venir ? Existe-il d’autres motifs que le budget pour parler du niveau des clubs français en Euroligue ?

IO : Le budget ne fait pas tout. Par contre, si vous ne l’avez pas, c’est compliqué… Ce qui nous manque pour figurer parmi les 4 meilleures nations européennes en Euroligue, c’est certainement plus de moyens financiers. Bourges a régulièrement été présent dans l’ancien format de l’Euroligue (Final 8).

Sur la réussite de la formation française : « Bien que l’élite ne sorte pas nécessairement de la masse, on est quand même dans le top 5 en termes de licenciés avec près de 600.000. Ajouté à cela, les moyens financiers et humains mis en œuvre, la qualité de l’accompagnement et des structures, le niveau des championnats, beaucoup d’ingrédients sont réunis pour que les Equipes de France performent.

BR : J’en viens à la NBA. Quels sont vos premiers souvenirs du championnat nord-américain ?

IO : Ce sont les cartes. C’était le contenu de Maxi Basket, 5 Majeur. C’était les articles papiers. Il n’y avait pas le numérique. On avait quelques images de matchs NBA mais on ne pouvait pas suivre spécialement les matchs à la télé. Je suis de la génération Dream Team 92 : Magic, Jordan. La NBA avant tout, c’est cette équipe de Team USA au JO de Barcelone.

BR : Hormis cette Dream Team 92, étiez-vous fan d’autres équipes, de joueurs actuels ou par le passé ?

IO : Je suis beaucoup trop peu la NBA pour pouvoir émettre un avis. Par le passé, c’était les Bulls. Je ne suis quand même pas de la génération Larry Bird (rires).

BR : Y a t-il un match marquant et historique de la NBA  qui vous vient à l’esprit: playoffs, performances d’un joueur, All Star Game ?

IO : Je suivais trop peu la NBA pour en parler mais il y a une image que j’aime c’est celle ou Jordan tient le trophée dans ses bras, ça doit être lors de son premier titre en 1991.

BR : Même question. Avez-vous le souvenir d’un match marquant de basket féminin ?

IO : Le Final Four de l’Euroligue à Liévin en 2002. C’est l’année où Valenciennes remporte l’Euroligue et j’y étais.

BR : Vous avez été coach. Quels joueurs de la NBA, toutes décennies confondues, sélectionneriez-vous dans votre 5 majeur idéal ?

IO : Je prends les incontournables Magic Johnson et Michael Jordan. Je suis séduite par ce que fait Lebron James. J’étais fan d’un joueur comme David Robinson. Dans un autre registre, j’ajouterais une touche de folie avec un Dennis Rodman.

BR : Même question. Quel serait votre 5 majeur de toute l’histoire du basket féminin ?

IO : Ah non là je veux faire une équipe complète de 12 ! Kristi Harrower, Céline Dumerc, Edwige Lawson, Odile Santaniello, Amaya Valdemoro, Ana Dabovic, Diana Taurasi, Sandrine Gruda, Isabelle Fijalkowski, Lauren Jackson, Maria Stepanova et Britney Grinner !

BR : Avez-vous le souvenir d’un pire déplacement quand vous étiez joueuse ou coach ?

IO : Le souvenir le plus douloureux c’est à Zanka en République Tchèque en juillet 2014. C’était un tournoi qualificatif pour les Championnats d’Europe de 3×3. C’est ce que j’ai connu de pire sur le plan sportif. Il fallait qu’on se qualifie pour participer à l’Euro qui se déroulait le même été car l’Euro était lui-même-qualificatif pour les Jeux Européens qui se déroulaient un an après en 2015. Il fallait se hisser parmi les 5 premiers des qualifs pour l’Euro et on a terminé 6° après un tournoi chaotique. On s’est fait éliminer. On a perdu d’un point contre l’Ukraine sur un tir au buzzer d’Alina Iagupova  (qui joue à Villeneuve d’Ascq). On a perdu 2 ans de travail avec l’équipe féminine. En plus, on était au fin fond de la République Tchèque dans des conditions terribles. J’ai mis beaucoup de temps à m’en remettre.

BR : Pour conclure cet entretien, je vous laisse le mot de la fin ?

IO : J’ai passé une heure hyper sympa. Je vous en remercie. Ca m’a permis de prendre du recul. Et bravo pour ce que vous faîtes. Vous contribuez à rendre visible le basket féminin et ceux qui oeuvrent dans l’ombre. Et c’est super.

Merci à Irène Ottenhof pour sa disponibilité et d’avoir accueilli Basket Rétro dans ses locaux

SON MESSAGE A BASKET RETRO

message-br-irene-ottenhof

Basket Rétro, le site qui permet de jeter un oeil dans le rétroviseur du basket mais aussi celui de votre vie. Un grand merci.

Retrouvez plus de Basket Retro sur





About Richard Sengmany (430 Articles)
Découvrant le basket dans les années 90 grâce à la diffusion des matchs NBA sur Canal+, je rédige depuis plus de dix ans des articles sur la balle orange, sur d'autres disciplines sportives et la culture.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s