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[France Action] Antoine Rigaudeau, prodige technique

France

En enchaînant trois moves successifs de très grande classe, Antoine Rigaudeau prouve  à 22 ans, pourquoi il est le meilleur joueur français. Cholet Basket vs Pau-Orthez 1993.

Amusons-nous à faire un petit calcul. La France doit compter des centaines de milliers de jeunes licenciés en ce moment (garçons et filles). Ce sont des passionnés de basket comme vous et moi. Parmi eux, seul une infime poignée arrivera un jour dans un centre de formation. L’écrémage est encore loin d’être fini. Quelques uns seulement arriveront au plus haut-niveau. Là aussi, il faut différencier le joueur qui fera une carrière pro correct mais sans plus, du bon joueur capable d’apporter une vraie valeur ajoutée à son équipe. Plus rare encore , le joueur de niveau international. Et enfin, il y a le prodige.

Le prodige a du talent, bien sûr. A ce niveau tous les joueurs en ont plus ou moins. Mais le prodige est à part. Il comprend plus vite que les autres, perçoit mieux le jeu et il fait beaucoup moins d’erreurs. Il a comme un temps d’avance sur ceux de sa génération. A vrai dire, on dirait déjà un vétéran dans un jardin d’enfants. Arrivé à ce stade, le pourcentage qu’il y ait un joueur prodige parmi nos centaines de milliers de jeunes basketteurs est infinitésimale. De l’ordre du zéro virgule et un bon gros paquet d’autres  zéros derrière. Si les blessures l’épargne et si il s’engage dans les bons choix de carrière, il sera un jour le joueur phare de l’équipe nationale. Antoine Rigaudeau est un de ceux-là.

Comme Alain Gilles et Hervé Dubuisson avant lui et comme Tony Parker plus tard, Antoine est en avance, très en avance. En cadet, il est déjà au dessus du lot, ce qui lui vaut de faire ses premières apparitions en pro à 16 ans au plus niveau français de l’époque, la Nationale 1 (ex-ProA) durant la saison 87-88. Pas de folies pour ses deux premières années dans l’élite, seulement 10 matchs joués pour cinq minutes de jeu en moyenne. Cholet ne veut probablement pas l’exposer trop vite, d’autant plus que le club possède déjà deux excellents meneurs de jeu: Valéry Demory et Bruno Ruiz. Mais il détonne, déjà , dans le paysage. Un point-guard de presque deux mètres, c’est rarissime. Antoine a une autre singularité: une petite déformation du cou qui lui fait pencher légèrement la tête sur son côté gauche. Ça ne le gêne aucunement pour jouer et lui donne même un air calme et réfléchi.

rigaudeau

Le chef d’orchestre annonçant la partition. En avant la musique!

Calme et réflechi, il l’est quand Cholet le responsabilise. Pas le choix, Ruiz a déjà quitté le club et Demory est en partance pour  Limoges. A peine 18 ans et c’est l’inflation des chiffres (11.5 points, 4.9 passes, 52.8% aux tirs en 24.4 minutes pour l’année 89/90). Il gagne, logiquement,  son premier trophée de meilleur joueur espoir du championnat. Deux autres suivront en 90/91 et 91/92. Un triplé de MVP espoir ce n’est pas banal, d’autant moins que les deux derniers viennent tenir compagnie au trophée de meilleur joueur français de la saison! L’inflation devient explosion, il assure plus de 14 points et 7 passes de moyenne, ce qui fait de lui le top passeur de l’élite deux années de suite! Sa qualité de shoot lui assure de gros pourcentage de réussite (plus de 55% aux tirs et plus de 40% à 3 points).

Sa renommée ne s’arrête plus aux frontières, il dispute ses premières coupes européennes (demi-finale de la Coupe Saporta en 91) et devient rapidement international (première sélection en 90, premier Euro en 91). Rigaudeau est très fort mais il n’est encore le leader de son club. Graylin Warner, le lévrier des Mauges est la star. Plus pour longtemps. Warner part à l’issu de la saison 91/92 en même temps que Jim Bilba, l’autre grand espoir de Cholet Basket. L’équipe sera désormais construite autour de lui.

92/93, c’est la passe de trois pour Antoine en tant que meilleur joueur français mais , collectivement Cholet fait moins bien que les années précédentes (5ème de la saison règulière alors qu’ils étaient habitués au top 3), Warner et Bilba n’ont pas été remplacé et en playoffs, c’est une défaite sèche au premier tour contre de surprenants dijonnais (2 manches à 0).

Les dirigeants veulent frapper fort pour la saison 93/94, la colonne vertébrale de l’équipe est bien sûr reconduite (Rigaudeau, Coqueran, John, Allinéi et Evano) à laquelle on adjoint Mike Jones, le talentueux ailier qui revient du F.C Barcelone. Jones est un attaquant redoutable et polyvalent, du même acabit que Warner (en cinq fois plus épais). CB réalise un autre coup en engageant le MVP de Pro B avec Sceaux, Winston Crite, petit ailier fort très costaud (2m01 et 106 kilos) doté de grosses qualités athlétiques.

10ème journée, Cholet Basket fait face à Pau-Orthez. Mike Jones s’est bien acclimaté et Cholet (8v/1d) domine le classement avec Antibes. Pau-Orthez, le vice-champion de France a plus de mal (5v/4d) malgré des joueurs français performants comme les frères Gadou, Demory, Howard Carter et Vestris. C’est un match au sommet et  de retrouvailles. Mike Jones a été le fer de lance de Pau de 90 à 92 et Demory, le meneur phare des Mauges de 87 à 89.

Le rythme de jeu est hallucinant en première mi-temps, les deux équipes jouent l’attaque à fond. Bruno Coqueran, le pivot si souvent blessé, prend tous les rebonds. Crite fait apprécier son jump sur un alley-oop. 22-14 pour Cholet après une dizaine minute de jeu. Rigaudeau en est à 6 points, il remonte le ballon en phase de transition. Face à lui, Valéry Demory, un des meilleurs défenseurs à son poste. Un petit format (178 cm) avec un centre de gravité très bas, difficile à déborder. Rigaudeau l’efface d’un dribble dans le dos. A peine le temps de relever la tête et il élimine l’aîné des Gadou avec un spin. L’autre Gadou, Thierry,  sent bien le coup et s’apprête a cueillir le numéro 4 à la fin de son mouvement. Antoine, comme s’il l’avait déjà visualisé, exécute un finger-roll qui passe largement au dessus du contre et transperce le filet. Thierry Gadou, en retombant sur le meneur de jeu, n’a pas pu éviter la faute. Trois mouvements en moins de deux secondes, résumé d’un prodige.

L’ENCHAÎNEMENT DE RIGAUDEAU CONTRE PAU:

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About Guillaume Lechat (22 Articles)
Créateur de PureFrenchBasketball. Ecriture, montage, un peu de graphisme aussi. Expert en expérimentation de cuisine asiatique. Aussi mauvais joueur que Laurent Sciarra et Gianmarco Pozzecco réunis 🐱🤘.

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