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[France Action] Skeeter Henry, le super moustique de Dijon

France

Spectaculaire, chambreur et surtout sacré basketteur, Herman Henry III plus connu sous le nom de « Skeeter » aura enchanté les fans de la JDA Dijon mais enquiquiné les adversaires, les arbitres et même parfois son propre coach.

Petite devinette: Personnage sportif incontournable de la Bourgogne, je suis un immense trash-talkeur et j’adore hurler sur les arbitres. A peine la devinette posée et le sablier retourné, vous me répondez « Guy Roux, bien sûr! » avec une confiance absolue. Hé bien, désolé mais vous avez tout faux! Si l’emblématique entraîneur de l’AJ Auxerre était un être volubile et énergique, l’équipe de basket Dijon possédait un énergumène d’un tout autre calibre!  Il s’appelait Henry, Skeeter Henry et il fut le joueur incontournable de la JDA dans les années 90.

A la base Skeeter Henry et la JDA, c’est comme le vinaigre et l’huile dans le mayonnaise. On n’imagine pas que le mélange puisse se faire. Skeeter n’était pas destiné à jouer en France mais en NBA. Star en NCAA, il affiche de belles performances et pas dans un petit programme  lambda. Il évolue chez les Oklohama Sooners, une place forte du basketball universitaire. Finaliste NCAA en 1988, Oklahoma a récemment  Harvey Grant, Stacey King, Mookie Blaylock et Ricky Grace en NBA. Une place semble quasiment assurée pour Skeeter à la draft 1990. C’est un arrière de grande taille (2 mètres), athlétique, bon manieur de ballon et défenseur, plus scoreur que shooteur. Il est capable de jouer sur les trois postes extérieurs. Avec ses 86 kilos tout mouillé, c’est un poids plume. Une carrure de moustique, « Skeeter » en argot américain. Un surnom qui lui sera définitivement attaché au point de remplacer Herman, le prénom que son père et son grand-père avait porté avant lui.

Skeeter au moulin et au charbon @ Maxi Basket 94

Skeeter au moulin et au charbon @ Maxi Basket 94

Le problème de Skeeter, ce n’est pas le poids. C’est son comportement borderline. A l’extérieur du parquet c’est un charmant garçon mais sur le terrain, les adversaires (joueurs et public) et les arbitres ont bien envie de noyer le moustique sous des litres d’insecticide! « Tant qu’on joue c’est la guerre » déclara Skeeter Henry à Liliane Trevisan dans un portrait de Maxi-Basket en 1993. Combattant acharné, il saute sur tous les ballons et ne garde pas sa langue dans sa poche pour chambrer l’adversaire. Les scouts NBA commencent à sérieusement s’inquiéter quand il récolte une faute technique en crachant sur le joueur de Kansas State, Jean Derouilliere. La sanction tombe, non sélectionné à la draft 1990.

Il commence donc sa vie de basketteur professionnel itinérant. Pour ses deux premières années, il reste aux Etats-Unis, en CBA. La ligue mineure, çà va un moment mais çà ne paye pas son homme. Comme rien ne vient du coté de la NBA, le moustique part donc bourdonner du coté de l’Europe. Et voilà comment Skeeter et Dijon se rencontre.

Il arrive dans une drôle d’équipe, le championnat a déjà commencé et la JDA n’a pas gagné un match (0v-7d). Dijon n’est qu’ à sa troisième saison dans l’élite. Si le baptème du feu  a été étonnant (17v/13d, 6ème place du championnat 90/91) avec une participation aux playoffs; l’année suivante, les bourguignons ont senti passé le vent du boulet (9v/21d, 1er non relégable). La saison 92/93 semble donc être la bonne pour retrouver les copains de deuxième division. Henry ne semble pas de cet avis et comme à son habitude, il va mettre un sacré souk. Son compatriote et coéquipier, Paul Fortier, le très respecté intérieur qui a bourlingué à Saint-Quentin, Reims et en Italie n’a probablement jamais croisé un fou furieux pareil! Il interviendra plusieurs fois pour calmer notre ami Skeeter qui était prêt à sauter à la gorge d’un adversaire ou d’un arbitre. « Tant qu’on joue c’est la guerre! » dit Skeeter, « Ok » répond Fortier le diplomate « Essaye juste de ne pas trop te faire expulser ». Pour un premier exercice en Europe il s’en tire admirablement (18.1 points, 4.6 rebonds, 3.6 passes et 2.2 interceptions en 20 matchs) et devient le chouchou du public avec son jeu spectaculaire. A cinq journées de la fin, Dijon est pourtant dernier et quasiment condamné. Cinq journées plus tard, la JDA a rajouté quatre victoires à son compteur (7v/21d) et réussi à se maintenir. Un retournement de situation incroyable initié par Chris Singleton, le nouveau coach, arrivé pour une opération commando de sauvetage.

12ème de championnat (sur 14), Dijon se retrouve en playoffs! Ne me demandez de vous expliquer la formule de ces playoffs 93/94, les génies qui nous l’ont pondu en seraient également incapables . Nos Dijonnais se retrouvent donc dans un tour préliminaire où il affronte une équipe… de seconde division, Saint-Brieuc. Premier tour bien négocié (2-0) et choc en 8ème de finale contre le Cholet d’Antoine Rigaudeau. De choc, il n’y en aura point. Dijon atomise Cholet en deux manches (94-80 et 90-70). Fortier a fait du Fortier, Deganis et Pastrès ont fait très mal et Skeeter, ah Skeeter! Frôlant le triple-double au premier match (23 points, 9 rebonds, 10 passes et 5 interceptions!), il est de nouveau intenable au retour (30 points, 5 rebonds et 2 passes). Agressant la défense choletaise sans arrêt, il fit une véritable démonstration sur la ligne des lancers-francs (24 sur 26 en 2 matchs). La défaite en quart contre Gravelines (2-1) est anecdotique, arriver à ce stade de la compétition était impensable pour les dijonnais il y a quelques semaines!

Skeeter Henry face à Reggio Calabria

Skeeter Henry face à Reggio Calabria

Skeeter Henry n’en a pas terminé à Dijon. La saison 93/94 sera la sienne. Le coach Singleton est parti à Paris avec Fortier. Jean-Luc Monschau,  le nouveau technicien,  fait du numéro 8 son leader, et impose un rythme très offensif à l’équipe. Skeeter joue de manière totalement libéré dans meilleure attaque du championnat (91.3 points en moyenne) et s’occupe de tout: points, rebonds, passes et interceptions. Il joue en meneur, arrière et ailier. Un véritable Penny Hardaway bourguignon! (ou c’est Penny qui est le Skeeter Henry floridien, notre jeune joueur du Magic d’Orlando entame son année de rookie). A la lutte avec Mike Jones pour le titre de meilleur marqueur, il finit finalement deuxième avec 24 points par match. Les dijonnais réalisé la meilleure campagne de leur histoire (17v/9d, 5ème) mais connait une grosse déception en playoffs. Cette fois ce sont eux les victimes d’une grosse surprise. Le CRO Lyon du jeune Stéphane Risacher les élimine au 1 er tour (2-1).

Pour Skeeter ce n’est pas la fin du voyage , il a suffisamment impressionné pour que les Phoenix Suns l’appelle pour les derniers matchs de la saison régulière NBA. 7 matchs en tout (dont 3 en playoffs) pour une trentaine de minute au total. Henry aura atteint son objectif sans pour autant pouvoir le vivre pleinement.

La suite de sa carrière sera mouvementé. De retour à la JDA en 94/95, il sera coupé à la mi-saison. Il retournera en CBA, fera une pige au Real de Madrid, jouera au Venezuela, en Turquie… passera par Montpellier, Cholet et Toulouse avant de revenir à Dijon en 2000/01… pour se faire couper de nouveau! Il prendra sa retraite à 35 ans au Havre. La seule équipe où il sera resté plus d’un an aura été son club de coeur. A Dijon, c’est « Skeeter Forever! ».

MIX DE SKEETER HENRY A DIJON :

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About Guillaume Lechat (24 Articles)
Créateur de PureFrenchBasketball. Ecriture, montage, un peu de graphisme aussi. Expert en expérimentation de cuisine asiatique. Aussi mauvais joueur que Laurent Sciarra et Gianmarco Pozzecco réunis 🐱🤘.

1 Comment on [France Action] Skeeter Henry, le super moustique de Dijon

  1. Ah ce dunk en Coupe d’Europe, contre des suédois je crois, où il casse le cercle.
    Ce palais des Sports incandescent quand les arbitres ou adversaires osaient s’en prendre au Skeet’.
    Ce public bouillant quand la Jeanne recevait le grand Limoges de Maljkovic, fraîchement champion d’Europe, pour venir se faire fesser dans la salle de Dijon. Avec Skeeter, face à Michael Young, qui à 8 mètres, en face à face, dribble 10, 15 secondes avant de monter sur ses appui et de transpercer le filet à 3 points.

    Je me souviens de son retour pour fêter les 120 ans du club. J’étais presque venu que pour espérer qu’il soit de la fête.
    Le lendemain, je me pointe pour voir le training de début de saison et les nouvelles têtes. Et je vois Skeet avec une tenue d’entraînement.
    Je me souviendrais longtemps de l’accolade qu’il a donné aux 3 ou 4 supporters venus voir ce simple entraînement.

    Détestable pour les adversaires, pour les arbitres, mais tellement adorable qu’il est interdit à tout jamais de toucher à celui qui m’a donné envie de jouer moi aussi au basket.

    Merci pour ce bel hommage

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