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Deutsche Qualitat, les 30k du grand Dirk Nowitzki

Portrait

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Jouer en D2 allemande, être échangé le jour de la draft avant de laisser une trace indélébile dans le basket NBA : voici le parcours incroyable de Dirk Nowitzki en 19 ans de carrière. Après avoir tout gagné sur le plan individuel, restait plus qu’à rejoindre le clan très fermé des joueurs à 30 000pts. Un pari fou, relevé le 7 mars dernier contre les Lakers, sur un tir labellisé Dirk. Objectif atteint, on s’incline, et en applaudissant évidemment.

« Je vais changer mon avis maintenant : Dirk, tu es définitivement le MVP de ces playoffs… WOW, le mec est tellement incroyable. Ce qu’il fait en mouvement, sur un pied. C’est incroyable. J’vous le dis (…) Je n’ai pas vu ça depuis les grands jours de Michael Jordan, quand il dominait autant ». Nous sommes le 23 mai 2011 et Magic Johnson, sur le plateau d’ESPN, en fait (comme toujours) des caisses pour dire des banalités. Dirk Nowitzki vient d’offrir à lui seul le break aux Mavericks de Dallas dans la finale de conférence Ouest contre OKC : 40pts, grâce à un money-time monstrueux pour combler un retard de 10pts en trois minutes. Des tirs sur une jambe, des feintes tout en intelligence et un leadership unique. L’évidence vient d’être rappelée à la télévision nationale par le joueur le plus apprécié de l’histoire, et la grande Amérique ouvre ENFIN les yeux. Cette NBAmérique qui ne jure que par les siens, depuis toujours.

Dirk Nowitzki à ses débuts en NBA @ GiveMeSport

C’était un fait indéniable jusqu’au milieu des années 2000, et manque de bol pour lui, Nowitzki débarque à la fin des 90’s. Le grand Dirk cumule un gros défaut avec un handicap : il est européen, et blanc. Pour le business, ça n’le fait pas forcément. Alors on accueille le produit (faut bien s’ouvrir), mais on torpille dès que possible. L’adaptation au pays de l’Oncle Sam? Connais pas. Laisser du temps à un jeune européen de 20 ans qui débute dans une saison raccourcie pour cause de lock-out? Hors de question. Le gamin vient du Vieux Continent, joue pour une franchise de loser et a un swagg proche de zéro; autant dire que la cible est parfaite. Ça tombe bien, les flèches sont prêtes depuis la draft où un silence accompagné d’un malaise avait plombé l’ambiance à la prononciation de son nom.

Après quelques mauvais matchs, va pour le surnom ‘Irk’, en retirant le D pour faire référence à sa défense inexistante. Sur les forums internet, on dégaine à tout va et heureusement que Twitter n’existait pas à l’époque car le copain aurait souvent fini en mème.

Problème pour les haters-basketix, le bougre est un travailleur hors norme et n’en a rien à foutre des critiques : 17.5pts dès sa deuxième saison comme réponse, plus de 21 en 2000-01 avec une campagne de playoffs où il se révèle. Mené 2-0 par Utah, l’Allemand remet les siens dans le droit chemin grâce à deux matchs à 33pts avec Karl Malone en face. Au tour suivant, les Spurs remportent facilement le duel des Texans mais Dirk termine la saison par un ébouriffant 42pts/18rbs/6stls. L’Européen commence à faire du bruit.

Dès lors, et comme souvent, le jeu des comparaisons arrive sur le devant de la scène. En tant que joueur blanc, le tour est vite fait. Le Maverick est trop jeune pour être associé aux illustres anciens des années 50-60-70 (Mikan, Pettit, West, Havlicek, Barry, Walton, etc). Il est également trop grand pour ressembler à John Stockton et trop shooteur pour que l’on pense à Kevin McHale en le voyant. Reste Larry Bird, le plus fort de tous. Physique banal, tireur d’élite qui participe au concours à 3pts, bon rebondeur, gros QI basket; bref le package semble faire l’affaire. Dirk est annoncé comme une sorte de Larry 2.0, et donc Nowitzki va devoir encore attendre pour se faire un nom.

Sa solution pour y parvenir est simple : gagner un titre avec Dallas. Il franchit les étapes une par une : All Star (2002), finaliste de conférence (2003), All NBA (2005) avant d’arriver aux Finals (2006). Cette finale devait être celle de son couronnement. Elle sera le début de sa frustration. 2006, une année de rêve qui se termine en cauchemar. Dirk joue le meilleur basket de sa vie mais termine injustement 3ème du vote pour le MVP à cause de 57 journaleux qui osent donner leur voix à Steve Nash. Peu importe, le Wunderkind règle le débat contre le Phoenix du Canadien en parvenant à emmener ses Mavericks pour leur première finale NBA, grâce notamment à une pointe à 50 pions dans le crucial Game 5. Après deux matchs de Finals, Dallas mène 2-0 face à Miami, qui semble ne pas faire le poids. L’affaire est entendue… surtout que dans le Game 3, les Texans mènent de 13pts à un peu plus de six minutes de la fin. Le moment choisit par Dwyane Wade pour se réveiller : le jeune guard devient inarrêtable et le sera jusqu’au bout de la série. Aidé par un arbitrage discutable, et tant discuté, Flash offre le titre en solo aux Floridiens. En face, Dirk et ses partenaires sont impuissants face à ce one-man show sidérant : 42pts, 36pts, 43pts, 36pts; Wade préfère baguer plutôt que blaguer. La vraie star, c’est lui et personne d’autre. Dirk peut ruminer son lancer-franc raté à la fin du Game 3 pour offrir la prolongation ou encore son match 4 complètement merdique (2/14, 4to, -19 +/-), la réalité est là : Dallas n’est pas champion.

Dirk, Franchise Player des Mavs @ SI

Alors, Nowitzki retourne bosser comme jamais avec son mentor Holger Geschwindner. Pour le coup, l’Allemand ne fait pas dans la dentelle : 24.6pts, 8.9rbs, 3.4pds pour un bilan collectif de 67 victoires pour 15 défaites. Au moment du vote pour le titre MVP, certains ahuris donnent encore leur voix à Steve Nash, mais la majorité récompense pour la première fois un européen de ce trophée ô combien majestueux. Reste que la vérité a lieu en playoffs, et les Mavs tombent sur un os qui a pour nom Golden State. Les pensionnaires d’Oakland enrayent la machine du coach Avery Johnson. Dirk, qui vient de rejoindre le club très fermé des joueurs terminant une saison à 50% aux tirs, 40% à trois-points et 90% aux LF, touche le fond dans le Game 6 qui voit Dallas sortir au 1er tour. Un 2/13 pour ponctuer une série qui l’a vu subir des prises à trois, avec en prime un supporting cast à la rue. La sanction tombe : les vacances débutent plus tôt que prévu, et Dirk reçoit son trophée de MVP en catimini dans une salle de presse et non devant son public de Dallas.

Évidemment, la presse et les pseudos experts ne l’épargnent pas. Oui, voir une franchise avec un tel bilan sortir au 1er tour est inédit et la bavure est réelle; mais non Dirk ne mérite pas un tel traitement. On le considère, mais sans l’encenser. Là où une tonne de grandes stars US (McGrady, Carmelo, KG, Amar’e) bénéficient de multiples excuses, lui déguste. Pourtant, le Wunderkind continue dans sa quête du titre NBA. En saison comme en playoffs, il fait constamment le boulot mais ça ne suffit pas. Beaucoup de joueurs auraient alors quitté le navire, seraient allés tenter leur chance dans une autre franchise mais lui choisit d’être loyal comme aucun. Ainsi, au niveau financier, il préfère ne pas prendre le maximum afin d’être mieux entouré. En vain. Le jeu de mot No-Win-Tzki est de plus en plus répandu. Puis vient l’année 2010-11.

SIMPLY RIDIRKCULOUS

Les Mavericks ne font pas parti des contenders. On les annonce en demi-finale de conférence au mieux. Avec leurs trentenaires (Kidd, Terry, Marion, Butler), difficile de les voir plus haut dans une Conférence comprenant les doubles champions en titre (LA Lakers), leur rival historique toujours au point (San Antonio) et les jeunes loups d’Oklahoma City. Mais voilà, Dirk est en mission et joue au chef d’orchestre pour offrir la plus grande partition de sa vie. Tout au long de ce Printemps 2011, Nowitzki récite ses gammes et les adversaires ne peuvent rien faire.Lors du 1er tour, dans une série piégeuse par excellence, Dirk attend le Game 6 pour sortir son meilleur match et éliminer les Blazers. Au tour suivant, le numéro 41 se montre plus impatient pour être clutch et débute son carnage dès le Game 1, avant de saboter le moral des Angelinos au match 3. En finale de conférence, la couleur est annoncée d’entrée à OKC : 48pts (12/15 aux tirs, 24/24 aux LF – record en playoffs), 6rbs, 4pds, 4blks. Que personne ne s’y trompe, Dirk veut sa revanche sur 2006 et comme par un signe, Dallas dispute le titre face à… Miami… de Dwyane Wade… et de LeBron James, et de Chris Bosh. L’Élu a décidé de ramener ses « talents à South Beach » alors que Bosh est venu en Floride pour voir ce que c’était de jouer au basket après le début mai. Manque de bol pour les Tres Amigos, Dirk ne se rate pas.

Dirk Nowitzki, Champion NBA @ NBAE

Mené 1-0 et de 15pts à sept minutes de la fin du match 2, le Wunderkind se révolte : 2 passes, puis 9pts dont le game winner. La série relancée, Dirk continue son massacre. À chaque QT4, l’Allemand brille et fait le boulot en grand franchise player qu’il est. À une victoire du titre et après une première mi-temps minable (1/12 aux tirs), DN41 met la machine en route au meilleur moment (10pts dans le dernier quart-temps) et Dallas décroche la timbale. Champion NBA, MVP incontestable des Finals, vainqueur de son duel vs le Big Three, décisif à chaque victoire, impérial aux LF (45/46 sur la série) : DANKE SCHÖN !!!! La fidélité vient de payer face à l’association de superstars et le ballon orange en sort grandi. Basketement parlant, la NBA vient de vivre l’un des plus beaux festival individuel dans une post-season. Un chef-d’œuvre de deux mois à ranger à côté de ceux de Bird 1984, Olajuwon 1995 ou encore Duncan version 2003.

C’est officiel, le grand blond n’a plus rien à prouver. Ce n’est pas pour autant qu’il s’arrête de jouer et de prendre du plaisir. Tout en en donnant. Malheureusement, entre les blessures et l’âge avancé, les performances se font plus rares; mais les coups d’éclats sont toujours là. Après avoir fêté le titre comme il se doit, il met les bouchées doubles en playoffs sans parvenir à éviter le sweep contre OKC. L’exercice 2012-13 voit Dirk rater les 27 premiers matchs de la saison, et comme par un curieux hasard les Mavs échouent d’un rien dans la qualification aux playoffs. En 2014, il rend silencieux le Madison Square Garden d’un buzzer beater avant que les Mavs ne poussent, au terme d’une série haletante, les Spurs au Game 7. L’année suivante, il s’amuse pour la treizième fois au All Star Game. Puis c’est le tir de la gagne validé par Kobe himself en janvier 2016 qui marque sa saison avant qu’il en claque 40 contre Portland à 37 ans. Il finit la saison à 20.4pts (49%) et 4.8rbs contre OKC, l’équipe la plus athlétique de la Ligue. Quand on l’imagine « mort », le vieux revient pour vendre du rêve. En marchant souvent, en voulant gagner toujours.

« BON ALLEZ, FILE-LUI SES 30 000, C’EST UN BON »

Dirk est un livre d’histoire dont on ne compte plus les pages et qui n’a pas de fin. Cette nuit, les critiques et autres railleries font plus que sourire car The Germanator a dépassé la barre mythique des 30 000 points. Contre les Lakers, au terme d’une première mi-temps grandiose (25pts à 9/12), et sur un tir qui est l’une de ses marques de fabrique : isolation, dos au panier, spin, pas de dribble, travail des pieds et des mains… BINGO !!! Avec ce panier, il rentre dans un cercle plus que fermé. Devant lui, cinq légendes absolues du jeu : Wilt Chamberlain, Michael Jordan, Kobe Bryant, Karl Malone et tout en haut, Kareem Abdul-Jabbar. Un Kareem qui ne s’était pas gêné pour remettre en doute sa place dans l’histoire en rappelant que le numéro 41 n’a « qu’une flèche à son arc » en référence à son tir. En mode vieux con aigri, l’ancien co-pilote dans l’avion fait dans le comique et zappe l’impact que Dirk a eu sur le jeu, et particulièrement la NBA. Car que personne ne s’y trompe, Nowitzki a métamorphosé la pratique du ballon orange.

Grâce à lui, les grands n’hésitent plus à tirer à trois-points. Aujourd’hui, constater que des Porzingis, Embiid, Jokic ou d’autres dégainent de loin ne surprend plus. Début 2000, voir un joueur de 2m13 enquiller longue distance relevait de l’anomalie. Son one leg shot est à ce jour un des gestes cultes du basketball, au même titre que le Dream Shake d’Hakeem Olajuwon ou que le shy-hook de…. Kareem Abdul-Jabbar. Sa carrière n’est pas terminée mais sa légende est déjà acquise. Statistiquement, il peut regarder dans les yeux tous les Hall Of Famer. Seul Kobe Bryant a marqué plus de points que lui dans le 21ème siècle. Seul le trio Pettit-Baylor-Olajuwon l’accompagne dans le club des joueurs à 25pts-10rbs de moyenne en playoffs. Seul Jerry West peut se vanter d’avoir autant de matchs à minimum 30pts que lui dans les Win or go home, ces fameux matchs où on est au bord de l’élimination. Une preuve supplémentaire de sa clutch attitude. Oui, Dirk aime saccager en silence ses adversaires : il se créé lui-même ses propres tirs décisifs, les rentre souvent, pour mieux ranger ses doigts qui lui servent de flingues.

Ses grands matchs ne tiennent pas dans une vidéothèque et son plus grand mérite est d’avoir su être dominant dans une énorme Western Conference, et quand le poste 4 était surchargé comme jamais. Quel ailier-fort peut se targuer d’avoir tenu tête au Tim Duncan de la grande époque sur une série de playoffs, en 7 matchs qui plus est et sans l’avantage du terrain? Ses joutes face à Kevin Garnett sont mémorables, tout comme celles contre Chris Webber. Dirk Nowitzki est le All Star avec le plus de sélections en tant que remplaçant, un record en forme de symbole : pas totalement adulé par les fans mais toujours validé par les coachs. Oui, il a gagné le respect de ses pairs grâce à son jeu et à son caractère : « C’est un joueur remarquable, un vrai compétiteur, un féroce même. C’est un mec spécial, il est toujours classe ». Quand Gregg Popovich encense le plus grand rival des Spurs, on n’est pas loin de la vérité. En 2014, Pop rappelle à tous que l’Allemand a « atteint un niveau offensif impossible à défendre ».

Lui que l’on taxait de joueur « soft » a fermé toutes les bouches au fil des années, grâce à une éthique de travail impeccable et à son cerveau. Constamment moqué pour son manque de qualités défensives, Dirk a eu le mérite de s’impliquer à la tâche et d’essayer. Sur l’homme, les carences sont indéniables, mais en aide ou pour gêner près du cercle, le copain est là. Le tout en progressant dans son jeu de passe. Son humilité reste probablement sa plus grande qualité et c’est grâce à celle-ci qu’il est arrivé si haut dans la hiérarchie du basketball. Ainsi que son mental, au-dessus de la norme, que tous les grands joueurs actuels reconnaissent sans hésiter. Et pour toutes ces raisons, le GOAT n’a pas fait dans le détail au moment de donner son avis. Dans une interview en février 2013, Michael Jordan est on ne peut plus clair : « Seul quatre joueurs actuels auraient pu réussir à mon époque : LeBron, Kobe, Tim Duncan et Dirk Nowitzki ». Un compliment en forme d’accomplissement.

LE TOP 50 DE NOWITZKI EN CARRIERE

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