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Souvenirs d’Euro : Isabelle Fijalkowski, Championne et supportrice

Interview

204 sélections, 1.95m et trois médailles européennes … Isabelle Fijalkowski a tutoyé les sommets européens pendant sa carrière. Les championnats d’Europe, compétition incontournable pour l’équipe de France, sont aussi d’impérissables souvenirs pour la joueuse autant que pour la supportrice qu’elle est.

Basket Rétro :Que connaissiez vous de l’eurobasket avant d’y avoir participé ? 

Isabelle Fijalkowski : Avant de participer j’ai assisté à des matchs de l’Eurobasket. En 1987, nous étions en stage ou en tournoi avec l’équipe de France cadette, au même moment il y avait l’euro de Cadiz, avec l’équipe de Cathy Malfois, Maryline Joly et toutes les autres … On venait encourager les filles, c’était les grandes ! Nous préparions le championnat d’Europe jeune, elles étaient nos modèles, on mesurait la distance. On avait envie de continuer dans la même voie pour être un jour avec les A. Donc j’ai vécu un euro en tant que supportrice. A l’époque, pour voir un euro, il fallait aller sur place, les matchs n’étaient pas retransmis. S’il n’y avait pas de match près de chez nous, on ne voyait pas les équipes de France, on lisait les articles dans Maxi basket, des fois dans La Montagne, mais tout était moins accessible.

BR : Vous avez perdu deux fois en finales, en 1993 et 1999, avant de le gagner en 2001. Quelle sensation ressent-on après une victoire, qui plus est à domicile ? 

IF : Déjà de gagner un Eurobasket c’est exceptionnel, nous c’était la première fois que l’équipe de France le gagnait. Le fait de le gagner à domicile c’est encore plus de plaisir car on partage avec le public, les proches, on se sent vraiment chez nous. On avait réussi à s’enlever la pression, pour nous c’était un objectif qui avait été construit petit à petit et auquel on voulait toutes arriver. On est arrivées à faire de ce qui aurait pu être déstabilisant en jouant à domicile un point fort, le public nous a portées. C’était extraordinaire, quand on revoit les images ou qu’on en reparle, on se rend compte que c’était très dur ! Mais ce n’était pas le fait du hasard, tout a été construit, on avait un groupe extraordinaire où tout le monde se complétait.

Isabelle Fijalkowski en équipe de France

BR : On constate régulièrement à quel point ça peut être difficile de jouer à domicile, avec le dernier exemple de l’équipe de France masculine en 2015. Qu’est ce que cela change en terme d’attentes et de pression ? 

IF : Peut être qu’il y avait moins d’attentes pour nous à l’époque, nous n’étions pas dans la position de l’équipe qui a été médaillée aux JO, il n’y avait pas autant de ferveur populaire, on était pas dérangées. Mais le public qui venait nous voir nous suivait depuis des années. Donc on avait envie de montrer que le basket féminin était un basket de valeur, on voulait montrer qu’on pouvait réussir, et on a été championnes d’Europe avant les garçons. On a bien pris les choses, on s’est pas laissées submergées car c’est quelque chose qu’on a construit dans le temps. L’équipe est arrivée à maturité avec cet objectif de gagner en 2001, suite aussi à la désillusion de Sidney où on avait finies à la 5e place, suite aussi à la défaite en finale de l’euro en 1999. On a appris à gérer la pression, à la prendre de manière plus positive. Mais au-delà d’un euro à domicile, c’est gagner les finales qui est dur. C’est un match tellement particulier, peu importe ce qui s’est passé pendant le championnat, c’est à part. Les équipes peuvent se transcender sur le moment … ou pas. Il faut juste être au top. Nous on avait appris de l’expérience de nos finales perdues. Nous connaissions nos adversaires, nous ne les avons pas sous-estimées et nous n’avons pas eu peur.

BR : Qu’est ce qui avait pu manquer pour les deux premières finales perdues en 1993 et 1999 ?

IF : En 93, on était déjà contentes d’être là, c’était l’exploit d’avoir gagné les demies. On ne l’a pas abordée d’une manière adéquate, on pensait qu’on allait continuer sur la lancée du match précédent et que tout allait bien se passer … Mais être en finales c’était inespéré, donc nous n’étions pas du tout préparées pour le coup. En 1999, il nous a manqué de l’expérience, ce groupe n’avait pas connu 1993. On était déjà qualifiées pour les JO. Les polonaises jouaient à domicile, ça avait rendu le match compliqué. C’est peut être là qu’on s’est dit qu’en jouant chez nous on aurait pas d’hostilité, et ça nous a donné encore plus envie de le gagner en 2001. J’ai ma famille qui était ravie pour la Pologne, moi je me sens française malgré des racines polonaises. J’étais très très déçue, mes parents ont essayé de me consoler en me disant ça mais ça m’a plus énervé qu’autre chose !

BR : Est-ce qu’un match vous a particulièrement marqué ? 

IF : Bien sûr, la finale de 2001 était un match incroyable. Au championnat d’Europe 1995, on rentre chez nous juste après la phase de poules, c’était une grosse désillusion juste après la médaille d’argent. Là il n’y avait rien qui allait, pas un match. Et évidemment la finale en Pologne, dans un contexte particulier, on y arrive pas. Mais c’est difficile de retenir un seul match, hormis quand ça se passe très mal. La difficulté c’est d’enchaîner les matchs, tous les jours, c’est du haut niveau. Ca n’a rien à voir avec un championnat national où l’on joue tous les week-ends. Les quarts sont un match incontournable, c’est un match sec. Je trouve que l’enchaînement des matchs fait qu’on prépare un championnat d’Europe d’une manière très différente que pour les matchs d’une saison.

« Ma famille qui était ravie pour la Pologne, moi je me sens française malgré des racines polonaises. J’étais très très déçue, mes parents ont essayé de me consoler en me disant ça mais ça m’a plus énervé qu’autre chose ! »

BR : Vous étiez championne d’Europe en titre lorsque vous avez pris votre retraite. Comment vivez vous la période faste que connaît l’équipe de France depuis ? 

IF : J’essaye de les encourager ! Je suis ravie de voir que les générations restent performantes car la difficulté est de rester à haut niveau, de revenir sur les podiums, d’arriver à reproduire les performances et c’est ce qu’elles font. Pierre Vincent a réussi à créer un groupe, avec une très bonne génération de joueuses, avec Cathy Melain et Edwige Lawson qui ont fait la transition. C’est très important qu’il y ait ces passerelles, car créer un groupe en partant de 0 ça prend beaucoup de temps. C’est important qu’il y ait des joueuses qui restent dans le groupe et montrent ce que c’est que d’être des championnes, car c’est une attitude, c’est pas juste un talent, ça se travaille. Pour moi le haut niveau c’est les équipes de France, les compétitions internationales et pas la ligue féminine. C’est vrai que moi et avec les Club des internationaux ça me semble très intéressant qu’il y ait un lien pour que les équipes perdurent dans la performance, c’est important qu’on les soutienne. Et nous ça nous permet de continuer à vivre notre passion quelque part, de voir que les jeunes nous donnent des émotions … J’ai commencé supportrice de l’équipe de France, je continue, ça sera ça toute la vie ! Elles nous procurent de belles émotions, c’est pas juste des matchs gagnés mais quand elles perdent des finales on est déçues et on se dit qu’elles vont apprendre pour la prochaine fois, pour se construire.

Isabelle Fijalkowski (en haut à droite) ici avec l’équipe de France en partance pour les mondiaux 2014.

BR : Pour en venir à l’actualité, un avis sur cette équipe de France 2017 ?

IF : Elles ont une équipe très intéressante, et avec un jeu qui fait plaisir à regarder ! Il faut qu’elles arrivent à hausser le niveau de jeu en fonction des adversaires. Même si elles ont des jeunes joueuses, elles ont des cadres d’expérience. Tant qu’elles auront un objectif commun et le plaisir de le réaliser ensemble, il ne peut y avoir que de belles choses. Ca peut être un podium, mais le plus important c’est l’attitude. On peut perdre contre des plus fortes, mais perdre sans avoir tout donné, c’est ça qui est décevant. En tous cas, je leur souhaite de garder cette belle dynamique.

BR : Merci pour ces réponses. Nous allons maintenant vous laisser le mot de la fin, charge à vous de conclure …

IF : C’est toujours un plaisir de voir ces championnats d’Europe, ces rendez-vous réguliers, de voir petit à petit l’émergence des joueuses qui seront là dans le futur ! Un championnat d’Europe c’est toujours un beau spectacle, que ce soit chez les garçons ou les filles. En tant que supportrice, je vis les choses différemment, ça reste enthousiasmant de voir ces jeunes reprendre le flambeau et porter haut les couleurs de la France.

Propos recueillis par Antoine Abolivier.

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About Antoine Abolivier (76 Articles)
Tombé dans le basket en découvrant Tony Parker et Boris Diaw. Passionné par tout ce qui touche à son histoire que ce soit le jeu, la culture ou les institutions. Présent sur twitter, @AAbolivier

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