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Le billet de Cathy Malfois – Euro 1978, la médaille en chocolat !

Témoignage

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Véritable légende du basket français, Cathy Malfois, notre consultante de luxe, a participé à quatre championnats d’Europe avec l’Equipe de France de 1976 à 1987. A l’heure où les Françaises tenteront de décrocher une médaille pour la 36ème édition de l’Eurobasket féminin, Cathy a décidé de nous évoquer aujourd’hui l’Euro de 1978, son second Championnat d’Europe avec les Bleues. 

Après le championnat d’Europe 1976 à Clermont-Ferrand, pas mal de choses ont changé. Joe Jaunay, le coach emblématique de l’Équipe de France a passé la main à Jean-Paul Cormy et à son assistante Suzy Bastié. Quelques joueuses ont mis un terme à leur carrière : Jacky Chazalon, Colette Passemard, Christine Dulac, Jacky Delachet…

Pour cette 16éme édition qui se déroule à ma grande satisfaction en Pologne (j’ai évolué pendant une année à Gdansk), plus de la moitié de l’équipe est repartie en campagne : Elizabeth Riffiod, Françoise Quiblier, Dominique Leray, Maryse Sallois, Christine Delmarle et moi-même. Irène Guidotti, en délicatesse avec un genou, décide finalement elle aussi de raccrocher le wagon. Et puis, il y a les jeunes qui débarquent : Agnès Sainte-Croix, Anna Sarrabia, Viviane Labille, Florence Maire et ma copine Maryline Joly.

Avec ma copine Maryline Joly, très tristes avec cette 4ème place

Avant le début de cet Euro, Jean-Pierre Dusseaulx écrit dans le journal l’Équipe : « La France face à son destin ». En cette période de transition, l’objectif est clairement affiché : finir à l’une des 4 premières places pour obtenir notre qualification pour le Championnat du Monde qui se déroulera l’année suivante en Corée du Sud. Outre la motivation que représente ce joli voyage en Asie, nous avons à cœur de montrer que nous pouvons être encore compétitives et rivaliser avec les meilleures équipes européennes.

Avant d’accéder en phase finale, il va falloir souquer ferme dans la phase préliminaire pour sortir du chapeau. Les 3 poules sont constituées de 4 équipes et seules les deux premières équipes de chacune des poules rejoindront la Pologne qualifiée d’office. Nous nous retrouvons avec… l’URSS – pas d’illusion à se faire – il nous reste à battre et la Roumanie et l’Allemagne de l’Ouest, les deux autres équipes de notre poule.

Les Russes plient le premier match vite fait bien fait (111 à 73) comme elles le firent contre chaque adversaire. C’était l’époque de leur outrageuse domination dans le sillage de la grande Ouljana Semjonova – qu’on ne présente plus – et d’Olga Soukharnova. Pour la petite histoire, elles terminent ce championnat avec 8 victoires en 8 matches, avec une « petite » moyenne de 102 points par match…

Pour nous, le plus dur reste à faire ! Mais nous remportons deux victoires : une d’un petit point contre les Roumaines 74 à 73 – à noter que dans cette équipe jouait la mère d’Ana Filip, la joueuse de Bourges partie cette année à Charleville Mézières. Oh ! temps, suspends ton vol ! Françoise Quiblier fait des merveilles (26 points) puis la délivrance arrive avec une victoire très laborieuse 58 à 54 (Guidotti 16 points, Malfois 18 points) contre l’Allemagne, pas encore réunifiée (ce sera pour plus tard). Leur défense de zone nous a sacrément perturbées !

Mais comme dit le dicton « Peu importe la manière, seule la victoire est belle ». Le premier objectif est atteint, nous entrons dans la cour des grandes. Joe Jaunay, présent dans les tribunes, se montre satisfait : « Vous savez que le but de l’équipe de France était de se qualifier pour la poule finale. Nous savons maintenant qu’elle n’est pas distancée par le peloton de tête européen… ». Ce fut laborieux, mais nous sommes la seule formation à ne pas appartenir aux pays « dits de l’Est », qualifiée pour le tour final.

Les gros morceaux nous attendent à commencer par…la Pologne, pays organisateur. Ça ne peut pas mieux débuter : un match accroché conclu par une belle victoire 73 à 70 (Guidotti 19 points, Quiblier 15 points).

Face à la Tchécoslovaquie pour la médaille @ Collection personnelle Cathy Malfois

Nous allons enchaîner avec une nette victoire contre la Bulgarie 77 à 63 (Quiblier 28 points) et une seconde face à la Hongrie de Lenke Kiss, meilleure marqueuse du championnat (Riffiod 23 points, Malfois 20 points). Nous commençons à entrevoir la médaille, il nous reste deux matchs pour atteindre le Graal. Le jeu que nous pratiquons surprend nos adversaires, nous aussi parfois… Nous sommes passées de formes de jeu assez directives à des formes beaucoup plus libres. C’est juste génial ! Il a fallu s’adapter, jusque là ça nous a plutôt réussi avec 5 victoires consécutives. Maintenant, on a de l’appétit !

Mais c’est la douche froide, la Yougoslavie nous atomise : 44 à 28 à la mi-temps, 81 à 69 au terme de la rencontre, nous n’avons pas respiré, nous avons été dévorées sous le cercle et notre adresse s’est envolée (25 sur 74 aux tirs). Il nous reste encore une chance d’accrocher le bronze, il suffit de taper la Tchécoslovaquie (pas encore séparée de la Slovaquie). C’est le match de la dernière chance.

C’est un mano à mano continuel qui s’achève sur un coup de dé : une faute non sifflée sur Elizabeth Riffiod puis deux lancer-francs réussis par les Tchèques les envoient sur la 3ème marche pour un petit point 67 à 66 et pour nous, c’est la médaille en chocolat. La déception est grande et le chocolat a un goût très amer !

Rude bataille …au sol !
@ Collection personnelle Cathy Malfois

A titre individuel, il y a quelques satisfactions. Maryse Sallois est élue « Miss championnat d’Europe ». A l’époque, c’est une distinction qui récompense la joueuse la plus…jolie (élue par les journalistes)! Françoise Quiblier et moi-même sommes retenues dans la sélection européenne pour affronter en clôture du tournoi l’URSS, champion d’Europe. Et j’ai l’immense honneur d’être élue dans le « top cinq » de l’Euro.

Minces consolations que tout ça. Suite à cet échec, Jean-Pierre Dusseaulx note : « Déception pour l’équipe de France féminine. Mais il ne faut pas que le magnifique championnat d’Europe de nos représentantes soit effacé par ce dernier match. Au contraire, il faut trouver dans cette défaite et dans la belle place de quatrième les raisons de travailler encore et toujours afin d’essayer de faire encore mieux dans deux ans en Yougoslavie ».

Ce ne fut pas le cas. Après une septième place correcte en 1979 aux Mondiaux en Corée, le départ des joueuses cadres (Guidotti, Riffiod, Quiblier, Leray, Sallois) signe le début d’une longue période de plus de 10 ans de vaches maigres : 11ème au championnat d’Europe en 1980, 11ème au TQO qualificatif pour les JO la même année, pas de qualification pour les Euros 1981 et 1983, 8ème en 1985, etc etc. jusqu’en 1993 où, avec l’émergence de nouveaux talents (Santaniello, Fijalkowski, Ekambi, Souvré, Cissé…), l’Équipe de France de Paul Besson glane une belle médaille d’argent.

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About Cathy Malfois (7 Articles)
Cinq fois Championne de France. Élue dans le top 5 de l'Eurobasket 1978. Élue dans le top 10 des meilleures joueuses du XXe siècle par Maxi-Basket. Ancienne internationale de l'Equipe de France avec 166 sélections.

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