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Souvenirs d’Euro : Paoline Ekambi : « On a voulu laisser un héritage à la génération suivante »

Interview

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Rétro

Deuxième joueuse la plus capée en équipe de France avec 254 sélections, Paoline Ekambi a été l’une des joueuses marquantes des années 80-93. Elle a connu une période outrageusement dominée par les pays d’Europe de l’Est, et a fini sa carrière internationale sur une médaille d’argent plus que méritée … Aventure humaine et sport de haut niveau, Paoline Ekambi revient pour nous sur sa carrière.

Basket Retro : Quel a été votre premier contact avec un Eurobasket ?

Paoline Ekambi : J’étais avec les Juniors, j’avais fait partie des premières promotions sport-études à l’INSEP. J’ai effectué mon premier championnat d’Europe Junior, je ne sais plus en quelle année, nous avions été vice-championnes. C’est un souvenir qui a été très marquant car ce n’était pas évident, on ne faisait pas partie des plus grandes nations européennes à l’époque, les blocs de l’est dominaient largement l’Europe et parfois le monde à cette époque… Il y avait l’URSS mais aussi des grandes nations comme la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, la Tchécoslovaquie ou la Yougoslavie. L’Europe de l’Est dominait vraiment.

BR : Quelle image pouviez vous avoir de l’équipe de France avant d’être dans ces équipes jeunes ?

PE : J’ai commencé en 1977 à l’INSEP, j’avais fait tout juste un an de basket. Pour mon entrée dans l’Euro j’ai commencé par une belle performance à l’Eurobasket Junior. Ça nous avait donné le goût de la gagne et l’envie de récidiver. Mais je n’ai pas entendu parler du passé des équipes de France avant ma carrière, mais pendant et après. Maintenant on met en avant le patrimoine du basket français que ce soit masculin ou féminin. Mais avant non, je suis venue au basket sur un concours de circonstances, je jouais au football et j’ai grandi d’un coup. A 13 ans je mesurais 1.75m, j’avais un problème de scoliose et c’est un médecin qui m’avait recommandé de faire du basket, du volley ou de la natation. J’avais une amie qui jouait au basket et qui m’y a entraînée. Donc j’avais aucune connaissance de l’histoire de ce sport quand j’ai commencé.

BR : On vous parlait des équipes de France à l’INSEP ?

PE : Oui, notre entraîneur de l’époque faisait partie de l’équipe de France médaillée d’argent. On avait un encadrement technique avec Jackie Delachet (NDLR : 239 sélections entre 1963 et 1976), Irène Guidotti (NDLR : 205 sélections entre 1967 et 1980), qui était assistante coach, et le DTN de l’époque, Mr Joë Jaunay, qui était l’entraîneur de l’équipe de France de cette époque. Donc on connaissait leur histoire à travers nos entraîneurs. Et puis surtout, on avait des anciennes qui venaient nous voir. Pour ma première sélection en senior, Elisabeth Riffiod (NDLR : 247 sélections entre 1967 et 1980) était sur sa fin de carrière. J’ai découvert le haut niveau et l’histoire du basket féminin quand j’ai intégré l’équipe.

BR : Quel souvenir gardez vous de votre carrière en équipe de France et de vos Eurobaskets ?

PE : Quelle magnifique aventure, unique … Mes souvenirs c’est vraiment la vie avec les joueuses, c’est les médailles, les victoires comme les défaites, c’est ce que le sport nous a apporté qui nous est utile encore aujourd’hui. Ce sont des valeurs, des compétences comme le leadership, la gestion du stress qui nous sert encore aujourd’hui dans notre vie quotidienne. Ce sont des souvenirs en dehors des médailles, qui restent des bons moments, mais ce n’est pas ce que je vais garder dans mon coeur. C’est surtout qu’on est une grande famille, c’est quelque chose d’unique et rare.

BR : L’aventure humaine avant les titres donc ?

PE : Oui, l’aventure humaine, c’est bien le mot, et les compétences acquises grâce au sport de haut niveau. C’est ça que je garde ancré dans mon ADN.

« Je me souviens aussi d’être allée à Riga avec le Racing et d’avoir vécu un moment historique avec le putsch de Gorbatchev. Au retour, il y avait des chars russes qui nous attendaient à l’entrée de la ville. Toutes les communications étaient coupées. Il y avait même eu un article dans Le Monde à l’époque se demandant « où sont passées les joueuses du Racing ?». 

BR : En allant sur les réseaux sociaux aujourd’hui, on peut voir des photos des joueuses montrant des coulisses de l’euro, ou leurs visites des villes hôtes … C’est ça aussi les matchs internationaux, c’est des découvertes, des balades. Qu’est ce qui vous a marqué durant vos déplacements ?

PE : Nous n’avions pas de réseaux sociaux, tout juste des appareils photos, personne ne nous voyait et heureusement ! Oui évidemment on avait des moments de repos dédiés à la visite des villes hôtes, se retrouver entre nous pour ensuite se remobiliser au bon moment. À notre époque on a eu des moments historiques. On avait eu une tournée en Chine populaire avec les équipes garçons et filles, je me souviens d’être rentrée dans Pékin, il y avait des portraits de Mao, de Lénine. Quelques jours après être rentrés en France il y avait les événements Tien An Men, puis la chute du communisme … Je me souviens de nous être baladées dans un village à Nankin, des gens, une foule nous suivaient silencieusement car ils n’avaient jamais vu d’occidentaux et encore moins des noirs ! Lorsque nous étions rentrés dans une salle en Chine, je ne m’attendais pas à voir 10.000 personnes dans la salle, attendant dans un silence total. Je me souviens aussi d’être allée à Riga avec le Racing et d’avoir vécu un moment historique avec le putsch de Gorbatchev. Au retour, il y avait des chars russes qui nous attendaient à l’entrée de la ville. Toutes les communications étaient coupées. Il y avait même eu un article dans Le Monde à l’époque se demandant « où sont passées les joueuses du racing ? ». On était coupées de tout et on a un peu flippé.

Paoline Ekambi – Médaillé d’argent Jeux Meditérranéen Montpellier 1993

BR : Pour revenir sur le sportif, Isabelle Fijalkowki nous disait que lorsque vous êtes arrivées en finale en 1993 c’était un parcours assez unique, presque inattendu, qu’il y avait une forme d’insouciance dans l’équipe. Comment vous avez perçu ce parcours ?

PE : Ca c’est le point de vue d’Isabelle, qui est beaucoup plus jeune. Moi c’était mon dernier championnat d’Europe, j’étais avec Martine Campy, une des rares rescapées de mon époque. Nous étions entrées dans ce sport par la grande porte, avec une médaille d’argent, là c’était la dernière chance pour nous, on ne voulait rien d’autre qu’une médaille d’argent au minimum. Nous les anciennes on était pas vraiment dans l’insouciance, on avait une super préparation, on s’était données à fond. Pour moi ce n’était pas ça, il fallait qu’on quitte le haut niveau avec une médaille, en tous cas Martine et moi qui étions les deux rescapées de l’équipe vice-championne en junior.

On voulait aussi laisser un héritage à la génération suivante, on a fait la transition avec la génération Yannick Souvré / Isabelle Fijalkowski, on était très fières de pouvoir laisser cet héritage.

BR : Quand vous avez pris votre retraite internationale après les jeux méditerranéens (avec une médaille d’argent obtenue à Montpellier en 1993), vous étiez la joueuse ayant joué le plus de matchs en équipe de France. Quand la page s’est tournée quels ont été vos contacts avec les équipes de France ?

PE : Lorsque j’ai arrêté, je me suis consacrée à 100% à ma reconversion. J’avais une overdose du basket, j’avais besoin de voir autre chose. Je les ai suivies, et je continue de les suivre. Le basket c’est une grande famille, c’est pour ça qu’il y a le club des internationaux de basket. Ca nous permet de garder contact et de vibrer avec les nouvelles générations parce que ce qu’elles accomplissent c’est merveilleux, ça fait plaisir car c’est dans la continuité d’une histoire, d’une histoire qui date d’avant notre génération. Donc on les suit, on les soutient, on est fières pour elles et pour eux puisqu’il y a aussi les garçons, mais aussi les jeunes qui accomplissent des performances. On est très heureux que le basket se porte bien grâce aux générations qui nous ont suivi.

BR : Vous n’avez jamais voulu entraîner ou rejouer pour le plaisir une fois que vous avez arrêté ?

PE : Je suis parisienne, donc à Paris on est pas à 100% au basket. J’ai toujours eu un bon équilibre vie personnelle / vie de femme / vie sportive. C’est comme ça que je me sentais le mieux. Je n’ai pas et je ne voulais pas tout donner au basket. Après, je ne voulais pas me retrouver sur les terrains, j’ai fait une overdose. Travailler dans le domaine du sport ne me dérange pas, actuellement je travaille pour une startup du sport, Sportail Community. Mais le terrain j’ai dit stop. Depuis l’âge de 17 ans quand j’ai commencé le haut niveau je savais que j’allais m’arrêter à 32-33 ans. Je savais aussi ce que je voulais faire après, j’avais mon projet professionnel, je savais à quel moment et comment je voulais m’arrêter : par la grande porte, avec une médaille autour du coup. À Paris, tout ne tourne pas autour du basket comme à Bourges ou Pau. Là quand on sort du terrain et qu’on mène sa vie, il y a toujours quelqu’un pour vous rappeler que vous êtes joueuse de Bourges ou je ne sais où. À Paris, on est vraiment dans l’anonymat le plus total, les parisiens ne sont pas des supporters mais des spectateurs. Être coach, il faut avoir la fibre : je ne l’ai pas. Par contre donner des conseils de gestion de carrière, ça ne me dérange pas.

BR : Et retrouver le terrain pour le plaisir, ça ne vous a jamais tenté ?

PE : Non, très vite j’étais contente de ne plus mettre de basket et de porter des escarpins, de mettre autre chose que le survêtement. Il y a je crois 5 ans, la LNB avait organisé un tournoi marraine de coeur à Toulouse, un tournoi intergénérationnel, avec des filles de ma génération ainsi que de celle des braqueuses. Je ne voulais absolument pas porter des baskets ou un short. J’ai dit que je voulais bien être là, sur le banc. Face à l’insistance d’Irène Ottenhof j’ai fini par accepter, j’ai dit OK pour un aller-retour. J’arrivais plus, j’ai pas eu envie de reprendre du service après ma carrière, ni même pour le fun …

BR : Sans forcément parler de pronostic, comment sentez vous l’équipe de cette année ?

PE : Ah mais j’ai un pronostic ! Elles vont monter sur le podium ! C’est une équipe de transition comme tout le monde le sait, on a quelques cadres, nos jeunes anciennes, et quelques supers talents qui poussent comme Epoupa, Johannes Amant pour ne citer qu’elles … C’est une équipe à fort potentiel, avec beaucoup de talents qui ont déjà acquis de l’expérience aux JO. J’imagine que le rêve des anciennes comme Gaëlle Skrela et Céline Dumerc, c’est de finir avec une médaille d’or, elles feront tout pour. Mais si elles pouvaient finir sur un podium, quelle que soit la couleur de la médaille … J’en suis sûre elles peuvent le faire ! Ce sont de belles personnes, de belles joueuses, talentueuses, évidemment qu’on a envie qu’elles atteignent leurs objectifs et leurs rêves.

BR : Céline Dumerc est devenue cette année la joueuse la plus capée de l’histoire de l’équipe de France, battant votre record. Au vu de votre état d’esprit, j’imagine que vous étiez contente d’être dépassée ?

PE : Ben évidemment ! Dans mon esprit, les records sont faits pour être battus. Elisabeth Riffiod m’a transmis le record, en 1993 je lui ait succédé. Je suis ravie que Céline nous succède, elle le mérite, et j’espère qu’après Céline il y en aura d’autres qui prendront ma deuxième place, et je pense que Céline pense comme cela, qu’elle espère qu’une jeune la battra et prendra la relève. De toutes façons quand on fait du sport de haut niveau on a envie que les jeunes fassent toujours mieux.

BR : Cette mentalité est tout à votre honneur, mais tout le monde ne pense pas ainsi. C’est peut être surtout parmi les fans, mais il existe souvent des débats intergénérationnels, comme récemment pour savoir si Michael Jordan était meilleur que Lebron James, ou d’anciens joueurs qui expliquent que les défenses sont moins bonnes aujourd’hui …

PE : Je n’aime pas parler comme ça, il faut vivre avec son temps. A notre époque c’était super et aujourd’hui c’est génial ! Chaque époque est bien, je n’ai pas ce mode de pensée. Je suis très heureuse d’avoir pu vivre ma passion, d’avoir donné le meilleur de moi-même. Quand on s’est accompli, il n’y a pas de raison de dire que c’était mieux à mon époque qu’à l’époque actuelle … Nous on a pas eu la chance de jouer aux JO, nous on avait fait le tournoi pré-olympique de Moscou en 1980. Aujourd’hui je trouve extraordinaire que les joueuses et les joueurs puissent participer à la compétititon dont tout le monde rêve, d’être parmi les meilleures en Europe, tout cela se pérénnise. Il n’y a pas de quoi dire qu’à mon époque c’était mieux ! C’était super, et maintenant les équipes font encore mieux, c’est génial !

On ne peut pas comparer les périodes, on peut juste voir l’évolution qu’il y a. À mon époque j’ai connu Dr J, Kareem Abdul Jabbar, Magic Johnson, les Celtics de Bird, les bad boys de Detroit, c’était formidable … Aujourd’hui c’est un autre basket, c’est d’autres formes de jeu. Mais on peut comparer positivement : aujourd’hui c’est plus axé sur tel ou tel secteur, est ce que le jeu est plus rapide. Mais dire c’était mieux avant, ça me dérange.

BR : Merci pour ces réponses. Le mot de la fin vous appartient, quelque chose à ajouter ?

PE : Ben déjà les filles, je vous attend sur le podium, pour la médaille d’or ! Pour couronner la carrière de Céline et de Gaëlle, un peu comme ce qu’a vécu Cathy Melain. Je suis sûre que Céline en rêve …

Et merci à Basket Retro, c’est vraiment génial de parler de l’histoire du basket-ball, pour les nostalgiques et les plus jeunes c’est important de savoir que le basket n’a pas commencé avec eux.

Propos recueillis par Antoine Abolivier.

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About Antoine Abolivier (70 Articles)
Tombé dans le basket en découvrant Tony Parker et Boris Diaw. Passionné par tout ce qui touche à son histoire que ce soit le jeu, la culture ou les institutions. Présent sur twitter, @AAbolivier

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