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[Portrait] Dennis Rodman : Au-delà du réel

Portrait

Au gamin pauvre, timide et débutant le basket à presque 20 ans; rien ne prédisait un tel destin à Dennis Rodman. Loin d’être un esthète, Dennis Rodman n’en a pas moins marqué la NBA. « The Worm » comme il est surnommé, s’est progressivement distingué par son incroyable rage de vaincre mais aussi, son anticonformisme à toute épreuve. Retour sur la personnalité hors du commun, de ce champion qui ne ressemble à aucun autre…

Là où les grands Hommes de ce sport ont constitués leur légende en associant savamment prouesses sportives et parfois génie marketing, Dennis Rodman a quant à lui construit la sienne à coups de sacrifices, dérapages et excentricité… 

RODMAN, CE BASKETTEUR « HORS DU COMMUN »

L’originalité de Rodman n’est certainement pas à trouver dans le gabarit de Dennis Rodman. Culminant à un 2,01 m des plus banals dans le monde de géants qu’est la NBA, avec à la pesée 100 kg ; Dennis Rodman ne tient pas les comparaisons sur le plan physique et athlétique avec les monstres de l’époque tels que Karl Malone, Shaquille O’Neal voire David Robinson.

L’aspect le plus étonnant de Dennis Rodman est son poste d’ailier-fort, compte-tenu de son gabarit des plus communs. Dire que les joutes poste-bas étaient physiques dans cette NBA des années 1980-90, dans laquelle les bagarres et coups bas étaient légions n’est qu’un euphémisme. Dennis « l’intrus », va donc bâtir sa légende sportive avec cette différence fondamentale, à première vue handicapante et en faire sa marque de fabrique.

Dennis Rodman

En Juin 1986, le physique atypique de Dennis Rodman fait son apparition en NBA.

Dennis Rodman fait alors le pari de progresser dans d’autres domaines du jeu, moins flashy mais non moins importants. Le changement est payant puisque la présence du numéro 10 des Pistons de Détroit s’avère déterminante pour le succès collectif. Le constat est le même lors de son passage aux Spurs et dans une moindre mesure, chez les Lakers et les Mavericks. Toutefois, c’est chez les Bulls de Chicago que ses qualités ont probablement eu le plus d’importance. Sous la tunique chicagoane et aux côtés des superstars que sont Jordan et Pippen, il réalise le triplé de 1996 à 1998. Sa polyvalence défensive mise en valeur par une énergie contagieuse et sa science du vice, basées sur des écrans rugueux mais non moins utiles comblent des performances offensives qui frôlent parfois le néant étant donné que ce secteur est relayé au second plan. Plus encore, son incroyable science du rebond vont le mener aux sommets individuellement avec deux titres de défenseur de l’année en 1990 et 1991, deux convocations au All-Star Game mais surtout 5 titres NBA dont deux remportés avec la franchise qui l’a drafté, les Detroit Pistons.

« J’en ai fait un art. Rien ne peut m’arrêter. Je pourrais prendre des rebonds avec la tête s’il le fallait »

Ses incroyables réflexes combinés à un excellent placement vont en faire l’un des tous meilleurs rebondeurs de l’histoire et ce, en dépit d’un physique des plus ordinaires en NBA. Le rebond devient alors un art pour Rodman qui, non content de s’illustrer par un septuple titre de meilleur rebondeur de la ligue et des chiffres statistiques qui frôlent la démence voire l’absurde (34 rebonds contre les Pacers en mars 1992 ; une moyenne de 18.7 rebonds par match lors de la saison 1991-1992), va banaliser l’incroyable à force de régularité. Ses « sauts de cabri » après avoir capté un rebond, ses plongeons dans la foule de supporters pour sauver une possession et sa propension à jouer avec une telle débauche sur le plan émotionnel et énergétiques resteront à jamais gravés dans les mémoires.

L’ANTIPATHIE DE RODMAN A SOUVENT EU RAISON DE COEQUIPIERS OU ADVERSAIRES

Si le joueur fait l’unanimité auprès de tous pour son style de jeu porté par ce goût pour l’effort et le sacrifice, l’homme est lui beaucoup plus contesté par le microcosme de la NBA. S’il est acquis que Rodman possédait une réputation sulfureuse sur le plan extra-sportif comme nous le verrons ultérieurement, l’attitude de cet incroyable champion pose également problème sur le plan sportif.

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Alonzo Mourning perd, ici en 1997, son sang-froid face aux multiples provocations de Dennis Rodman

Les premières victimes de l’attitude controversée de Dennis Rodman sur les parquets sont probablement ses adversaires. Avant d’évoquer cela, il est important de souligner la dimension physique du jeu NBA des années 1980 et 1990; qui était beaucoup plus conséquent qu’un jeu actuel, beaucoup plus axé sur le jeu extérieur et donc beaucoup moins physique. À l’instar de son coéquipier Bill Laimbeer, chez les Détroit Pistons, resté dans la postérité pour ses fautes flagrantes et bagarres, Dennis Rodman était coutumier de ce type d’incartades. Ses accrochages avec Shaquille O’Neal ou Karl Malone sont encore dans les têtes des fans les plus avisés. En plus de multiplier les altercations et les fautes flagrantes (212 fautes techniques en 14 saisons NBA, dont 32 sur la saison 1993-94), Rodman était un personnage très redouté pour son trash-talk et ses provocations toujours autant agaçantes. Nombreuses superstars de l’époque, réputées pour leur force mentale à toute épreuve sont tombées face aux tirages de maillot, coups de coudes et autres excès de celui que l’on surnommait « The Worm ». Dans cette longue liste, nous pouvons notamment citer les glorieux Allen Iverson, Alonzo Mourning ou Larry Bird. Rodman, ce joueur « dirty » devient progressivement un poison pour ses adversaires.

Dominique Wilkins : « C’est le joueur le plus détestable qui soit. Il te démolit physiquement et mentalement ».

Si le personnage Rodman cause énormément de soucis à ses adversaires pour son incroyable sens du rebond et son comportement irritant, ses coéquipiers ne sont pas en reste. Cela est à remettre en perspective avec la tournure de sa carrière. L’un des éléments perturbateurs de sa carrière est sans doute la démission du regretté Chuck Daly, en 1992. Celui-ci était en quelque sorte la figure paternelle d’un Dennis dont le père avait fuit le foyer familial. Sans cette autorité qu’incarnait Daly, Rodman va peu à peu devenir incontrôlable pour coéquipiers et arbitres notamment. Ainsi, après le départ de Chuck Daly, Dennis Rodman récoltera quatre fois plus de fautes techniques ; passant d’une moyenne d’environ 8 fautes techniques par saison sous Daly à une édifiante moyenne de 20 fautes techniques par saison, pour ses huit dernières années en NBA. Son trade en 1993 chez les San Antonio Spurs ne peut que confirmer ce constat. En deux saisons, Rodman accumulera les excès de conduite et manques de professionnalisme entre retards aux matchs, absences aux entraînements, accident de moto ou encore sorties nocturnes. À San Antonio, dans une ville et une équipe locale peu habitués aux remous médiatiques, Rodman fait tâche. Apportant sa pierre à l’édifice à une équipe qui ne joue rien d’autre que le titre, Rodman ne fait pas l’unanimité sur le plan humain. On évoque notamment des tensions avec le franchise-player David Robinson mais aussi avec le coach de l’époque, Bob Hill. En octobre 1995, le nouveau GM des Spurs, Gregg Popovich cède Rodman aux Bulls afin d’assainir un vestiaire pourri par Rodman, ce « boulet » pour la cohésion du vestiaire texan.

« Je suis la meilleure pute du bordel » ; Dennis Rodman à propos de son faible salaire en comparaison avec ses performances toujours plus impressionnantes, en dépit d’un âge pour le moins avancé (34 ans en 1995). 

Son transfert des Bulls aux Spurs va marquer un tournant considérable dans la carrière de Dennis Rodman. Débarquant dans une équipe des Bulls plus revancharde que jamais après deux années sans titre et le retour de Michael Jordan en mars 1995, l’attitude de Rodman est la cible de toutes les interrogations tant la cohabitation avec les anciens rivaux, Jordan et Pippen, paraît explosive au premier abord. Si son passage aux Bulls a incontestablement contribué à bâtir la dynastie qui réalisera le Threepeat, c’est notamment grâce au fin stratège qu’est Phil Jackson. Faisant parler ses qualités humaines et de pédagogue, « Mister Zen » a réussi à contenir Rodman, ce « vers » jugé incontrôlable par coéquipiers et coachs auparavant.

« On n’a pas eu une discussion en trois ans en dehors du terrain. Les seules fois où je leur parlais, c’était sur le terrain. Personne ne me croit quand je dis ça, mais c’est vrai. ». Dennis Rodman, à propos de ses relations avec Scottie Pippen et Michael Jordan, dans les colonnes de Yahoo! Sports en 2011.

Cela est néanmoins a nuancer tant Rodman avait une facilité déconcertante à dépasser les limites. On se souvient notamment de son coup de tête à un arbitre, le 18 mars 1996 ou plus encore, de l’agression d’un cameraman présent sur le bord du parquet des Timberwolves, un soir de janvier 1997.

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3 Juin 1998 : Un fan des Utah Jazz déploie une pancarte anti-Rodman, lors du match 1 des Finales NBA.

Frustré par la perte d’un rebond, Rodman lui assène sans raison apparente, un coup de pied. La sanction est sans appel : 11 matchs de suspension sans salaire et un dédommagement à l’amiable pour le cameraman. Après la période dorée chez les Bulls de Chicago, Rodman signe successivement chez les Los Angeles Lakers de Kobe Bryant et Shaquille O’Neal puis chez les Dallas Mavericks. Ces deux dernières piges se solderont par de cuisants échecs. Capable d’apporter des rebonds et de la dureté, Rodman n’en reste pas moins un élément perturbateur pour le vestiaire d’une équipe. Ainsi, il est en premier lieu coupé par les Lakers, suite à ses accrochages avec le coach Kurt Rambis et ce, après une petite vingtaine de matchs. En 2000, « Demolition Man » comme la presse le surnommait, connaîtra le même sort dans la franchise texane après un énième accrochage avec son emblématique propriétaire, Mark Cuban.

DENNIS RODMAN, UN PERSONNAGE MEDIATIQUE ET FANTASQUE

La carrière de Dennis Rodman n’est plus à présenter. Multiple champion NBA, Hall of famer et meilleur rebondeur de sa génération, Rodman a également marqué par d’autres spécificités, très loin de l’aspect purement sportif. Le texan a accumulé excès et dérives de tout genre. Paradoxalement, il est aujourd’hui doté d’une réputation sulfureuse et ce, en dépit de son caractère réservé lors de son adolescence dans les quartiers chauds de Dallas…

L’élément déclencheur est incontestablement sa tentative de suicide en 1993. Très marqué par la démission du regretté Chuck Daly à la tête des Pistons en 1992, avec qui il avait une relation très forte et dans le même temps, un divorce avec le mannequin Anicka Bakes, qui obtient la garde de leur jeune fille. Rodman sombre peu à peu, manquant entraînements et laissant apparaître une forme de mal-être. Cet événement constitue pour Rodman, une déception inconsolable pour Dennis Rodman qui veut alors en finir avec la vie. En 2016, Dennis Rodman évoque à la mort du célèbre journaliste américain Craig Sager, l’importance de ce dernier dans la rétractation de ce geste qui aurait pu lui être fatal.

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Dennis Rodman évoque sa tentative de suicide sur Twitter, en hommage au regretté Craig Sager, en 2016.

Dennis Rodman ne s’étant pas suicidé grâce à la miraculeuse intervention de Craig Sager, qui a réussit à dissuader Dennis Rodman de commettre l’irréparable déclare que ce moment a totalement changé sa vie. Rodman, cet homme mal à l’aise avec son physique et très timide va définitivement changer comme il l’explique si bien dans son autobiographie, en 1996.

« Cette nuit-là, je me suis dit : « Je vais vivre ma vie de la façon dont je l’entends et je vais être heureux avec cette vie-là ». J’ai tué la personne que je ne voulais pas être. J’ai tué le Dennis Rodman qui essayait de se conformer à ce que tout le monde voulait qu’il soit ». Dennis Rodman, « Bad as I wanna be », 1996.

Si nous avons précédemment évoqué la tendance de Rodman à s’émanciper des règles disciplinaires au fil des années, il est également important de souligner sa volonté à se démarquer de la norme. À l’évocation de cette nouveauté dans le comportement de Rodman, comment ne pas penser dans le même temps à son look très décalé en comparaison aux standards NBA ?

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Dennis Rodman a souvent fait parler pour ses excentricités capillaires.

La mue physique de Rodman va débuter à son arrivée en 1993 chez les Spurs. Arborant une « simple » coloration capillaire blonde à son arrivée dans le Texas, Dennis Rodman s’éloignera petit à petit de la norme. Non content d’être coiffé d’une chevelure aux couleurs particulièrement intrigantes (vert, violet, rouge, bleu, etc.), certaines coiffures de Rodman se distinguent par des motifs ou messages. S’il avait fait quelques années auparavant du rebond, une oeuvre d’art ; celui-ci a fait de même pour ses cheveux qui eux, changent d’apparence au fil des jours… 

Lors des années 1990, Dennis Rodman défraie la chronique people et ce, à de multiples reprises. Devenu un bon client pour la presse à scandale en raison de son look extravagant, Rodman l’est également en raison de son mode de vie totalement singulier en NBA, ligue où le professionnalisme est incarné par les grandes éthiques de travail des Jordan, Stockton ou Olajuwon. Déclarant sa bisexualité en 1996 et participant à de grands shows télévisés en tant que catcheur aux côtés du légendaire Hulk Hogan quitte à sécher des entraînements, Rodman a surtout défrayé la chronique pour ses nombreuses aventures amoureuses et sexuelles

« Vous [Michael Jordan] avez une femme et trois enfants, et Dennis lui, c’est un autre style de vie » glissait George Eddy, la voix du basket en France en 1997 ; lors de l’émission Nulle Part Ailleurs qui recevait l’illustre Michael Jordan.

« Moi je porte des costards, lui il porte des robes » répondit Michael Jordan, non sans un sourire sur le coin de la lèvre.

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À gauche, l’interieur des Pistons aux airs discrets et simples. À droite, Rodman ou ce personnage extravagant et déconcertant par son maquillage, son style vestimentaire et ses piercings.

Si le personnage Rodman prête tantôt à l’admiration en raison d’une véritable success-story ou à sourire étant donné les faits déconcertants qui lui sont attribués, celui-ci interpelle parfois pour des faits sans grands lustres. Dennis Rodman n’a pas perdu ce goût du buzz et ce, la cinquantaine passée avec plusieurs accidents de la route, un divorce, une banqueroute ou plusieurs aller-retours en cure de désintoxication pour se libérer de ses addictions à l’alcool et aux drogues. Ses prises de position en faveur de Donald Trump ou encore de Pyongyang et de son dictateur Kim Jong-un font largement polémiques notamment.

Se faisant l’ami d’un dictateur qui sème la terreur et bafoue délibérément les droits de l’homme, Rodman est en quelque sorte l’ambassadeur de ce pouvoir dénoncé par l’ensemble des pays occidentaux. Cela se voit notamment par ses déplacements en Corée du Nord pour participer à des matchs de basket ou autres événements faisant l’apologie du pouvoir de Kim Jong-un. Dennis Rodman ne fait plus rire et est très largement contesté. Dernier exemple en date : L’organisme se faisant le défenseur des droits de l’homme, The Victims of Communism Memorial Foundation a ouvert en Juin 2017, une pétition en ligne visant à expulser Rodman du Hall of Fame, ce panthéon du basket auquel Dennis Rodman appartient depuis 2011. Rodman avait lors de cet événement fendu la carapace, touché aux larmes par cet hommage ultime dans la carrière d’un basketteur. 

RODMAN, LE JOUEUR AGAÇANT ET RUGUEUX EN VIDÉO

LES MEILLEURES ACTIONS DE DENNIS RODMAN EN CARRIÈRE 

Ecrit par Assane Konaté

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