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1996, les devoirs d’été de l’équipe de France

France

Les JO d’Atlanta sont sur le point de se dérouler… Sans l’équipe de France, encore une fois. « Le rêve bleu » de la FFBB n’a pas été concrétisé, et les deux dernières compétitions européennes disputés par la France n’ont pas été couronnées de succès (7ème à l’Euro 1993 et 8ème à l’Euro 1995).

Ces classements n’ont pas permis à la France de se qualifier successivement pour les championnats du Monde 1994 ni pour les JO 1996. Toujours pas convié dans le gratin mondial, le seul moyen qu’à l’équipe de France pour s’étalonner face à une forte opposition lors de ces étés sans compétition est de se mettre en danger en se déplaçant aux États-Unis, le pays dominant.

Après s’être mesurée aux équipes NCAA en 1992, l’équipe de France gravit une marche supplémentaire en venant défier des équipes de Summer League aux États-Unis en cet été 1996.

Non qualifiée pour les JO d’Atlanta, la France doit trouver un palliatif pour permettre aux joueurs de progresser. Pourtant, cette tournée était décriée dans l’hexagone, beaucoup pensant qu’on envoyait l’équipe à l’abattoir :

« J’étais certain qu’avec un peu de réussite, ces matchs pouvaient être terriblement profitables. Pourtant, la veille de notre départ pour Salt Lake City, je me suis demandé si je n’avais pas pêché par ambition. Puis je me suis rappelé un article de presse sur Jean-Luc Rougé, le judoka, qui expliquait que pendant ses premiers stages au Japon, il passait plus de temps en l’air que les deux pieds sur le tatami. Et que c’était grâce à cela qu’il était devenu Champion du Monde ! »

Jean Pierre de Vincenzi, Coach de l’équipe de France

Au delà des résultats bruts de cette tournée, c est aussi l’occasion de voir si l’équipe est capable de surmonter la difficulté, et de se serrer les coudes dans l’adversité.

Il faut rappeler qu’à cette période, en plus de n’être pas qualifiée pour les JO, la France doit passer par des matchs de qualification pour avoir le droit de disputer les championnats d’Europe 1997 ! Il n’y a donc pas de marge d’erreur.

LA NOUVELLE GÉNÉRATION AU POUVOIR

L’équipe de France participe à la Rocky Mountain Revue, la Summer League de Salt Lake City, la plus hupée de l’autre côté de l’Atlantique.

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Stéphane Risacher au dessus de la mélée

Le coach JPDV doit composer avec les absences pour blessure d’Antoine Rigaudeau et Thierry Gadou et la retraite internationale de Stéphane Ostrowski. Il amène 15 joueurs, dont certains vont étrenner leurs premières sélections en bleu.

Depuis peu, une nouvelle génération prend le pouvoir, menée par le flamboyant Yann Bonato (24 ans). Les juniors ont été champions d’Europe 1992 et médaillés d’argent aux championnats du Monde 1993 de leur catégorie. Les générations 71, 72 et 73 sont les plus représentées. Les joueurs nés en 1971 n’auront qu’un rôle anecdotique (Laurent Bernard, Rémi Rippert et Jean-Gaël Percevault), alors que les « 72 » et « 73 » portent l’équipe et feront longtemps partie des meubles (Yann Bonato, Stéphane Risacher, Moustapha Sonko pour les 72, les 3 Laurent – Foirest, Sciarra, Pluvy- pour les 73). Deux potentiels bourrés de talent complètent cette escouade rajeunie, Alain Digbeu (21 ans) et le plus jeune de cette sélection Fabien Dubos, un poste 4 de 19 ans aux mains en or. Il faut également noter l’absence pour blessure d’un autre potentiel, qui sera des plus grandes batailles de l’équipe de France, Frédéric Weis (19 ans).

Pour encadrer les jeunes pousses, on retrouve le vénérable Franck Butter et ses 2 mètres 10, le regretté Ronnie Smith, américain naturalisé Français, et le toujours précieux dans le combat intérieur, malgré son manque de centimètres, Jim Bilba.

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Le regretté Ronnie Smith

UN AUTRE UNIVERS

Cette Summer League est l’occasion pour l’équipe de France de progresser en se confrontant à une forte opposition. Les équipes de Summer League sont constituées de joueurs cherchant à décrocher un strapontin dans la Grande Ligue, mais aussi de quelques joueurs confirmés qui souhaitent se décrasser pendant l’été ou de rookies fraîchement draftés qui veulent obtenir une place dans la rotation. Nos internationaux rendent quelques centimètres mais aussi une largeur d’épaule à tous les postes.

Il est nécessaire de remettre dans le contexte de l’époque : En 1996, aucun français n’a jamais joué en NBA (Jean-Claude Lefebvre, le géant français a été drafté par les Lakers en 1960 mais n’y aura jamais joué). Bien qu’Olivier St Jean (Tariq Abdul-Wahad) sera le premier français drafté l’année suivante, il semble impensable en 1996 qu’un joueur issu de l’hexagone pourra avoir un rôle majeur aux États-Unis, tant les différences physiques et mentales sont criardes. Abdul-Wahad va ouvrir la voie pour TP et consorts. Mais d’ici là, jouer en NBA relève d’un véritale fantasme.

Outre l’opposition, nos joueurs doivent composer avec les règles NBA qui étaient bien plus différentes du basket FIBA que de nos jours :

  • – Des périodes de 4 fois 12 minutes contre 2×20 dans le basket FIBA
  • – 24′ de possession d’attaque contre 30′ dans le basket FIBA
  • – Interdiction des défenses de zone
  • – Ligne à 3 points plus éloignée (6,75m au lieu de 6,25m)
  • – Arbitrage à 3, contre 2 en FIBA

De plus, chaque délégation pouvait faire participer à chaque rencontre autant de joueurs que souhaité (18 pour Houston et l’Iraklis Salonique) et ne pouvait faire que 6 matchs.

DES RÉSULTATS ENCOURAGEANTS

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Le jeune Fabien Dubos aura montré de belles choses

Les 6 matchs disputés par la délégation française ont été soldés par un bilan de 2 victoires pour 4 défaites. Opposés d’entrée de jeu à Portland, composé de joueurs tels que Rasheed Wallace, Jermaine O’Neal, Dontonio Wingfield, Randolph Childress ou encore le futur manceau Keith Jennings, les français prennent une leçon où seuls Yann Bonato (27 points) et Fabien Dubos surnagent. La deuxième rencontre face à Charlotte, équipe moins huppée (Jiri Zidek, Anthony Goldwire, Tate George…), laisse entrevoir des choses positives, malgré une défaite de 5 petits points. Fabien Dubos, avec 21 points à 10/12 laisse entrevoir tout son potentiel.

L’éclaircie est de courte durée, l’équipe de France s’inclinant de 19 pts le match suivant face aux Phoenix Suns de Wesley Person. Le duo Dubos-Bonato est cadenassé, ce qui permet à Stéphane Risacher de se mettre en valeur avec 23 pts.

Le première victoire sera acquise face aux Utah Jazz, assez largement en plus (76-57). Et pourtant les locaux de l’étape auront utilisé leurs joueurs cadres assez longuement, Bryon Russell et Greg Ostertag passant plus de 30 minutes chacun sur le parquet ! Mais la défense française, très agressive et à base de prise de risques est concluante, Franck Butter en sera le pilier, face aux 130 kgs et 2,18m de son adversaire du jour, le pivot Ostertag.

Les deux derniers matchs se concluront par une défaite face à un mix Golden State/Seattle, puis une victoire face à l’Iraklis Salonique.

Ces résultats sont encourageants à plusieurs titres. Tout d’abord, la nouvelle génération menée par Yann Bonato est prête à reprendre le flambeau. Celui-ci terminera à 19 pts par match sur cette Summer League. Fabien Dubos aura également marqué l’équipe de France de son empreinte, alors que Moustapha Sonko et Stéphane Risacher confirment leurs places respectives au sein de la sélection. Alain Digbeu n’aura pas quant à lui pesé autant qu’espéré dans le jeu, mais aura tout de même laissé entrevoir sur quelques séquences l’étendue de son talent.

DES ENSEIGNEMENTS RICHES

Outre le bilan comptable, le staff aura pu tirer de nombreux enseignements et des pistes de progression pour notre basket français, à commencer par l’adresse et la dimension physique.

« Les américains ont toujours confiance dans leur tirs. Même après plusieurs échecs, ils n’hésitent jamais à effectuer une nouvelle tentative s’ils sont en position de le faire […] Dans le basket français, ce n’est pas souvent le cas, et les joueurs nationaux pensent d’abord à donner la balle… à l’américain avant de voir s’il y a une possibilité de tir. »

Jean-Pierre Dusseaulx, relation presse FFBB

Le paramètre de l’adresse est importante, mais c’est surtout au niveau de la dimension mentale que le basket français doit évoluer, les joueurs devant être capables d’avoir confiance dans leurs capacités offensives.

Et en plus de l’adresse, nos joueurs ont vu la nécessité de se développer physiquement, la comparaison avec les joueurs locaux de cette Summer League n’étant absolument pas en notre faveur !

« En France, nous avons 20 ans de retard sur le sujet. Quand un joueur arrive au haut niveau, il est souvent considéré comme un produit fini. Alors on travaille le collectif à longueur de journées. Je crois sincèrement qu’il faudrait remplacer chaque semaine, deux séances de collectif par de la musculation. Ce serait beaucoup plus profitable aux joueurs et aux clubs. Mais ce n’est pas dans la mentalité française et les joueurs qui veulent faire de la musculation le font en dehors. Ce qui n’est pas forcément bon, car il ne faut pas faire n’importe quoi.

Certains entraîneurs pensent que la musculation est négative au niveau de l’adresse. C’est vrai sauf si l’on fait une séance de tirs derrière. Avez-vous eu l’impression à Salt Lake City que les joueurs américains étaient moins adroits ? »

Yann Bonato

Les axes de travail sont définis, et ces enseignements doivent profiter à tout le basket français pour continuer de progresser et permettre à son équipe nationale d’obtenir des résultats. Pour terminer, il est amusant de lire la conclusion, avec le recul, de Jean-Pierre Dusseaulx sur cette tournée, et le complexe français face aux américains :

« L’équipe de France a pris la leçon aux États-Unis. Mais elle a aussi montré qu’elle pouvait jouer contre des ogres. Sans être ridicule. Elle a quand même pu se rendre compte que la planète NBA était encore très loin de nous et qu’il est illusoire de penser qu’un joueur français peut, aujourd’hui, prétendre à une place dans une des 29 équipes de la grande ligue professionnelle des États-Unis. »

Malgré ce constat pessimiste, Tariq Abdul-Wahad sera le premier français a jouer en NBA un an plus tard. En 2000, l’équipe de France tiendra tête à une équipe américaine estampillée NBA en finale des JO, et dès 2001, Tony Parker, deviendra le meneur titulaire des Spurs. Le complexe d’infériorité va s’amenuiser au fil des années, au fur et à mesure de l’évolution du basket FIBA.

LES RÉSULTATS

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LES STATISTIQUES

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Crédits photos et citations: Basketball Magazine N°613, Maxi-Basket n°154

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About Frank Cambus (12 Articles)
Passionné de basket, collectionneur à mes heures, j'empile les magazines et livres de basket autant que Jojo enfilait les paniers ou Stockton les passes... Il est temps de les ressortir et de les partager!

1 Comment on 1996, les devoirs d’été de l’équipe de France

  1. Superbe article. Je viens de découvrir ce site excellent travail !

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