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Souvenirs d’Euro : Patrick Cham : « Nous sentions que le fossé se réduisait mais on arrivait pas encore à concrétiser »

Interview

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Retro

Patrick Cham, le chien de garde de l’équipe de France des années 1980, a participé à quatre reprises aux championnats d’Europe de basket-ball. Tombé à l’époque des immenses équipes de la Yougoslavie et de l’URSS, il garde les souvenirs de confrontations souvent à sens unique, mais d’ambiances uniques à l’époque. L’ailier aux 113 sélections revient pour nous sur ses souvenirs européens. 

Basket Rétro : Votre première participation remonte à 1981, comment était l’équipe de France à ce moment-là?

Patrick Cham : On savait que les équipes comme l’URSS, la Yougoslavie, l’Espagne et l’Italie étaient les quatre équipes pratiquement intouchables pour nous, les équipes françaises. J’avais un rôle assez important car l’équipe avait été remaniée, beaucoup rajeunie avec Richard Dacoury, Jean-Michel Sénégal, Eric Beugnot … Il y avait aussi Jacques Cachemire et Hervé Dubuisson. Mais j’avais déjà beaucoup de temps de jeu à cette époque.

BR : Il y avait des monstres à l’époque, avec l’URSS et la Yougoslavie qui étaient pratiquement intouchables. Qu’est ce qui se passait pour vous quand vous les jouiez ?

PC : Ah ben c’étaient toujours de grands moments ! C’était assez difficile parce qu’ils avaient toujours un niveau supérieur au notre, notamment dans le développement du jeu, dans l’adresse. Il nous arrivait de nous accrocher, mais ils étaient meilleurs à cette époque.

BR : Votre meilleure performance à l’euro était une sixième place…

PC : Oui, on avait fini à la sixième place en 1985 à Stuttgart et en 1989 à Zagreb. Ils avaient aussi fait 5eme en 83 mais je n’étais pas là.

BR : Vous qui étiez plutôt réputé pour votre défense, qu’est ce que cela changeait de devoir défendre sur un joueur comme Drazen Petrovic ?

PC : Ah oui j’ai défendu sur Drazen Petrovic ! J’ai un souvenir en 1989 à Zagreb, quand on jouait la Yougoslavie, il a pas joué contre moi en première mi-temps. Il s’avère que le match était très très tenu, on devait avoir un point d’écart à la mi-temps. Il est entré en deuxième mi-temps Petrovic, j’ai défendu sur lui en alternance avec Richard Dacoury, il est arrivé à mettre 33 points en deuxième mi-temps … C’était un virtuose du basket, un des très grands attaquant Yougoslaves. Ils avaient une avance sur nous ces pays là, ils avaient des joueurs capables de faire des grandes performances individuelles, chose qu’on avait pas en équipe de France.

BR : Les confrontations européennes étaient peut être des moyens de jauger la progression française ? L’équipe de France s’est améliorée entre 1981 et 1989 ?

PC : Oui, nous sentions que le fossé se réduisait mais on arrivait pas encore à concrétiser. Au niveau du championnat d’Europe, on restait toujours dans la deuxième moitié. On sentait qu’il y avait encore un écart mais qu’on y arriverait car on commençait à travailler comme les grandes équipes. C’est l’époque où la direction technique a mis en place le programme de notre politique de grands pour former des big mens pour tenir la raquette.

Patrick Cham sous le maillot de Cholet

BR : Sur le plan physique aussi la France était en retard ?

PC : Au niveau physique, nous avions les qualités, nous pouvions défendre très dur. Mais il nous manquait un peu de taille dans la raquette pour défendre contre les grands de 2,10m, de 2,15m, ce qui permettait aux adversaires d’avoir une confiance dans l’adresse de leurs grands car ils avaient des garanties à l’intérieur.

BR : Comment l’équipe de France abordait ses eurobaskets à cette époque où elle était condamnée à jouer les seconds rôles ?

PC : Nous faisions l’effort de toujours rester à notre place, on se qualifiait toujours même si on restait dans la deuxième moitié aux championnats d’Europe. Nous étions toujours dans les 6-8 meilleures équipes européennes, mais on sentait qu’on était pas loin de finir dans le dernier carré. Aujourd’hui, on a comblé ce retard. C’est vrai que toutes les nations deviennent très fortes, donc ce n’est jamais acquis, mais on a fait un très long chemin. Les équipes de jeunes, les équipes seniors sont au premier plan, il faut continuer ce bon travail. L’euro avant chez nous c’était l’aventure à chaque fois.

« En URSS, on échangeait une paire de basket contre du caviar ! ».

BR : Au delà du jeu, quel est votre meilleur souvenir extra-sportif d’eurobasket ?

PC : C’est sûr que ça drainait un engouement du public autour des championnats d’Europe. Mon grand souvenir c’est l’eurobasket en Grèce. On a joué devant plus de 10.000 spectateurs au stade de l’amitié (NDLR : immense stade du Pirée). Sinon c’était avant la chute du mur de Berlin, donc c’était assez particulier quand on allait jouer dans les pays de l’est. Il y avait une différence de culture qui nous permettait de voir qu’il y avait des politiques différentes.

BR : Vous avez joué en Tchécoslovaquie, qui appartenait encore au bloc soviétique. Comment vous avez vécu ce voyage ?

PC : Pour nous il y avait une certaine liberté d’expression, de déplacement. Quand on allait dans les pays de l’est on voyait ce côté plus dirigé, avec des gens qui avaient un autre mode de vie, ils n’étaient pas dans la consommation dans laquelle on était déjà en occident. Les conditions étaient plus difficile, ils n’avaient pas accès à tout. Ils étaient assez curieux de ce qu’on pouvait avoir, on échangeait une paire de basket en URSS contre du caviar !

BR : Quelle était l’atmosphère dans les salles d’Europe de l’est, de Yougoslavie ?

PC : C’était déjà plus chauvin que chez nous, il y avait un gros public. Souvent en URSS il y avait un public de militaires, un peu moins en Yougoslavie. Ils supportaient bien leur équipe, c’était différent du public de l’ouest. Les supporters fumaient beaucoup dans les salles, c’était particulier.C’était aussi un bel euro en 1987 à Athènes au niveau de la ferveur du public, la Grèce avait un grand joueur avec Nik’ Gallis, un virtuose en attaque qui a permis à son équipe de gagner cette année là.

BR : Le public grec est particulièrement réputé, qu’est ce que ça fait de jouer contre la Grèce en Grèce ?

PC : Ah ouais le public était chaud, très très chauvin. Nous on avait raté un peu notre euro, les pays étaient très bien préparés. On était toujours dans nos mêmes travers, avec un manque d’intérieurs dominants, donc on mettait la pression beaucoup à l’extérieur.

BR : Vous avez été dans une période un peu creuse finalement, c’est la génération qui vous a succédé qui a atteint un top 4 et une médaille olympique …

PC : Oui, on était un peu la genèse de nos équipes de France au style très athlétique. Aujourd’hui encore il y a ce basket à la française, où ça défend très dur, on est connus pour ça dans le jeu. C’est un peu parce que la France est cosmopolite, il y a des gens d’horizons divers qui enrichissent notre basket

BR : Depuis Tony Parker, on fait des médailles très régulièrement … Quel regard vous portez sur cette équipe de France qui est très forte mais garde cette image d’équipe qui a du mal à franchir la dernière marche ?

PC : Nous avons une nation qui a rencontré une autre grande génération, c’est l’Espagne, qui était souvent sur notre route, que ce soit chez les garçons ou chez les filles. C’est une nation qui s’est organisée, qui a commencé à travailler en jeunes avant nous, ils ont encore ce petit temps d’avance sur nous mais ce n’est plus grand-chose et il va falloir le combler dans les années qui viennent. Pour comparer l’Espagne à la France il faut comparer beaucoup de choses, les moyens qui sont mis notamment. Ils ont commencé à travailler avant nous, cette avance ils ont toujours su la garder au niveau des équipes nationales. Ils ont un championnat professionnel très fort qui avantage leur équipe nationale. À nous de rattraper ce retard pour être vraiment à leur niveau.

BR : À quel niveau est ce que la France était en retard ?

PC : C’était sans doute dans la charge de travail, dans la détection, dans la manière de réunir les meilleurs ensemble. Ils avaient aussi la culture des grands clubs qui faisait ce travail avant que la Fédération s’y mette. Nous aussi on s’y est mis avec l’INSEP, mais après eux. Aujourd’hui ça fait partie des fondamentaux espagnols ce patrimoine, cette culture sportive. Nous la France on doit toujours se battre pour remettre le sport au premier plan, des fois ça nous fait perdre du temps.

BR : Merci pour vos réponses. Nous allons maintenant vous laisser le mot de la fin pour conclure cette interview.

PC : Déjà je félicite Basket Rétro pour son travail. S’il y a un basket de haut niveau aujourd’hui c’est parce qu’il y a eu quelque chose en amont.Et j’encourage toutes les équipes de France qui sont sur le pont cet été ! (NDLR : cet entretien a été réalisé pendant les compétitions de jeunes).

Propos recueillis par Antoine Abolivier. 

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About Antoine Abolivier (76 Articles)
Tombé dans le basket en découvrant Tony Parker et Boris Diaw. Passionné par tout ce qui touche à son histoire que ce soit le jeu, la culture ou les institutions. Présent sur twitter, @AAbolivier

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