Breaking News

Dirk Nowitzki, MVP de l’Eurobasket 2005

Eurobasket

Montage Une : Laurent Rullier pour Basket Retro

Pendant près de 20 ans l’Allemand Dirk Nowitzki a porté sa sélection nationale sur ses épaules. Au prix de performances héroïques il a mené des équipes constituées de joueurs souvent considérés comme des seconds rôles vers des sommets que l’on pensait inaccessibles. Retour sur l’un de ses exploits : l’Eurobasket 2005.

Depuis ses débuts en sélection en 1997 le bilan de Dirk Nowitzki à l’Eurobasket est contrasté, entre des performances individuelles remarquables et des déceptions collectives souvent cruelles :

  • en 1999 pour sa première compétition internationale senior il termine meilleur marqueur de son équipe qui finit 7ème, battue en quart de finale par la Yougoslavie ;
  • en 2001 il est meilleur scoreur du tournoi (28,7 pts/match) et élu dans le meilleur cinq mais l’équipe échoue au pied du podium. Si cette 4ème place est honorable et représente en soi une belle performance, le scénario est beaucoup plus dur à avaler : en demi-finale l’Allemagne s’incline en prolongations contre le pays hôte, la Turquie, après que Türkoğlu ait égalisé à 3 points à la toute fin du temps réglementaire. Démoralisés par la défaite les Allemands sont ensuite battus par l’Espagne lors du match pour la médaille de bronze, malgré 43 points et 15 rebonds de Nowitzki ;
  • en 2003, avec un Nowitzki troisième marqueur du tournoi mais blessé au pied en préparation, la National Mannschaft se loupe en ne finissant que 9ème du tournoi, ratant au passage une qualification pour les Jeux Olympiques d’Athènes.

La problématique pour les adversaires est toujours la même : la superstar allemande marquera des points quoiqu’ils fassent, le but est donc de faire baisser son pourcentage et d’obliger ses coéquipiers à hausser leur niveau de jeu en attaque.

Pour cette édition 2005 les Allemands ne sont pas forcément attendus, l’équipe du coach Dirk Bauermann devant composer avec les absences sur blessures de trois vétérans, l’ailier fort Ademola Okulaja ainsi que les arrières Steffen Hamann et Stefano Garris. Le Wunderkind Nowitzki aura pour principal soutien Patrick Femerling, pivot du Panathinaïkos. On notera aussi la présence, dans une ligne arrière qui semble très courte, du meneur Pascal Roller, MVP de la ligue allemande en 2004.

UN PREMIER TOUR AU COUTEAU

Le tirage place l’Allemagne dans le groupe A en compagnie de l’Italie (bronzée à l’euro 2003 et argentée aux JO 2004) de l’Ukraine et de la Russie.

La compétition démarre par un thriller face à l’Italie. Maladroits en première période les Allemands vont compter jusqu’à 10 points de retard avant réduire l’écart à 4 points à la mi-temps. La tendance s’inverse à la reprise sous l’influence de Nowitzki et de Femerling qui domine au poste bas (18 points pour lui au final) et c’est cette fois l’Allemagne qui compte 10 points d’avance, avec 7min38 à jouer. Mais l’arrière transalpin Gianluca Basile sort de sa boîte, inscrivant 12 de ses 25 points dans le quart-temps pour remettre l’Italie devant à l’issue d’un 15-4. Roller égalise à 3pts à 24 secondes du terme et envoie les deux équipes en prolongations. Celle-ci est fatale aux Allemands qui s’inclinent 84-82 avec une dernière tentative à 3pts manquée par Nowitzki au buzzer. Il termine avec 27 points et 15 rebonds mais à seulement 8/23 aux tirs dont un vilain 4/14 à 3pts.

Malgré ce crève-cœur les Allemands se ressaisissent et dominent l’Ukraine relativement facilement (84-58). Un Nowitzki agressif vers le panier (27 points) et un collectif impliqué, où tous les joueurs de l’équipe vont inscrire des points, créent rapidement un écart qui ne sera jamais comblé.

Nowitzki défendu par Kirlenko / Source : AP-The Brooklyn Game

Vient alors le dernier match de poules face à la Russie, invaincue, pour un duel très attendu entre Nowitzki et la star Russe Andreï Kirilenko. La partie est un sommet d’intensité défensive autant que de maladresse chronique, les deux équipes finissant péniblement au dessus des 30% de réussite aux tirs. Le premier quart-temps s’achève sur le score surréaliste de 10-8 en faveur de la Russie, avec six interceptions de Kirilenko au passage ! Gênés par la capacité de leurs adversaires à changer sur les écrans, connaissant une panne sèche de 7min en attaque à cheval sur les 1er et 2e quart-temps, les Allemands sont menés de 15 points après 25 minutes de jeu. Bauermann réveille alors ses troupes qui passent un 16-2. Durant ce run l’ailier-fort des Mavericks met fin à 22 minutes de disette personnelle en inscrivant 7 points. Le match devient enfin accroché, les Russes parvenant toujours à conserver un avantage au score. Mais alors qu’ils sont encore devant 45-40 avec 4min30 à jouer, Dirk enfile le costume de héros qu’il garde toujours au chaud sous son maillot : il marque les 11 derniers points de son équipe, avec un dernier tir à 3pts pour passer devant à 27 secondes du terme. Victor Khryapa manque lui sa tentative et l’Allemagne l’emporte 51-50. Nowitzki finit avec 24 points (à 33%, sauvé par un 5/12 à 3pts), 19 rebonds, 3 interceptions et 2 contres. « Je lui ai dit qu’il devait prendre tous les tirs. Si cela ne vient pas de lui, cela ne viendra de personne » (source : fibaeurope.com) déclare Bauermann après le match au sujet de sa star.

Les Allemands terminent deuxièmes de la poule et devront passer par un barrage face à la Turquie pour espérer voir les quarts de finale.

UNE PHASE FINALE HOMÉRIQUE

Cette revanche de la demi-finale de 2001 va suivre un scénario connu pour la Mannschaft jusqu’à présent. Comme face à l’Italie et la Russie en poules, les Allemands vont être menés d’une dizaine de points et revenir. Dans le 3e quart-temps deux tirs à 3pts consécutifs de Roller et 13 points d’affilée de Nowitzki les font passer en tête. Satisfaisante depuis le début de la compétition la défense allemande se réveille au retour des vestiaires et limitent les Turcs à 23 points inscrits en seconde période. Nowitzki, bien aidé dans le 4e quart par Demirel et Maras, finit le travail sur la ligne des lancer-francs : 8/9 dans la dernière période, 14/15 au total, 33 points, 10 rebonds, 3 contres à l’arrivée pour une victoire 66-57.

Le coach allemand Bauermann, le pivot Femerling derrière lui, et le meneur chauve Roller / Source : Getty Images

Voilà les Allemands propulsés en quarts de finale pour y affronter la Slovénie. Les Slovènes avec leur riche effectif (Lakovic, Becirovic, Nachbar, Nesterovic, Brezec, Lorbek) font partie des favoris de la compétition et se présentent invaincus après avoir défaits la Grèce et la France notamment. Mais la force collective et les ingrédients de la victoire sont bien du côté allemand. Une défense de fer pour débuter le match (21-12 après 10 minutes, 4/19 pour la Slovénie) ; Nowitzki pour mettre fin au 0/11 des 5 premières minutes du second quart-temps ; une dose de calme pour ne pas paniquer face au retour des Slovènes. Puis dans le dernier quart, toujours plus de défense et quatre réussites primées consécutives mettent la Slovénie définitivement au pas. Bauermann annonçait au début du tournoi que les coéquipiers de Nowitzki devraient nécessairement hausser leur niveau pour espérer quelque chose et ce match en est le parfait symbole. Le trio Roller (15 points) – Demirel (15 points) – Greene (10 points) signe un superbe 8 sur 11 à points pour aller avec les 22 points, 9 rebonds et 3 contres de Nowitzki.

L’Allemagne accède donc aux demi-finales où elle se retrouve face à elle un autre gros morceau, l’Espagne. Mais privée de Pau Gasol cette dernière toussote. Au premier tour elle a écrasé la Serbie-Monténégro, hôte du tournoi, de 19 points, mais a eu besoin d’une prolongation pour se défaire de la Lettonie puis s’est inclinée face à Israël. En quarts rebelote avec une nouvelle prolongation pour écarter la Croatie. Peut être est-elle donc prenable. Mais à ce stade de la compétition peu importe l’adversaire, les Allemands ne le savent que trop bien. « Quand vous êtes en demi-finale l’objectif c’est une médaille » (source : fibaeurope.com) lance Nowitzki avant le match, se remémorant sans doute la défaite pour le bronze en 2001 face à…l’Espagne.

Durant les 30 premières minutes de la partie une constante apparaît : l’Espagne est maladroite à l’extérieur mais outrageusement dominatrice au rebond offensif. Les deuxièmes chances, l’agressivité à l’intérieur et les nombreux lancers-francs obtenus (32 au total) alimentent sa marque. En face l’Allemagne, une nouvelle fois bien en place en défense, parvient à ralentir le rythme de la meilleure attaque du tournoi et bombarde longue distance : 18 des 28 shoots allemands en 1ère période sont pris à 3pts. La réussite accompagnant ce tir de barrage (13/33 derrière l’arc au final) permet aux Allemands de ne jamais être mené de plus de 10 points et d’entamer le dernier quart sur les talons adverses (57-54). Le match prend dès lors une tournure complètement folle. Les Espagnols continuent de coincer à l’extérieur (2/19 à 3pts à l’arrivée) mais sont dorénavant privés de rebonds offensifs et de jeu intérieur par la défense. Les Allemands leur passent un 16-2 sur les 6 premières minutes du quart-temps, dont quatre tirs consécutifs de Nowitzki qui semble mettre son équipe sur orbite. Mais l’Espagne revient, portée par Juan Carlos Navarro. Le meilleur marqueur de la compétition jusqu’ici inflige à lui seul un 10-2 aux Allemands et sur un flotteur donne un point d’avance à son équipe alors qu’il ne reste 15 secondes à jouer. Après la remontée du terrain la balle atterrit évidemment dans les mains de Nowitzki. Il drive sur sa gauche, fait sauter Garbajosa qui l’oriente ligne de fond, puis déclenche son jump shoot au dessus de ce dernier. SWISH. Son équipe repasse devant 74-73 avec 3 secondes au chronomètre. Derrière Calderon loupe le dernier tir.

Les Allemands peuvent sauter de joie et se tomber dans les bras. Ils sont en finale, après une nouvelle prestation collective éclatante (18 passes décisives, contre seulement 5 pour les Espagnols), sublimée par un Nowitzki toujours plus clutch (27 points, dont 11 dans le dernier quart-temps, et 7 rebonds). Ils y retrouveront la Grèce, qualifiée après une fin de match tout aussi folle face à l’équipe de France.

L’ultime rencontre du tournoi démarre doucement. Les Grecs mettent plus de 3 minutes à inscrire leurs premiers points et les Allemands multiplient les imprécisions avec 7 ballons perdus en 1er quart-temps (pour seulement 6 tirs tentés). La défense Hellène est bien présente (6 interceptions). L’adresse globale arrive progressivement et les Grecs sont devant à la fin du 1er quart-temps (19-12). Les dix minutes suivantes sont équilibrées. La zone allemande est mise à mal par la circulation de balle des Grecs qui leur permet de se procurer de bons tirs. Dans le même temps leur propre défense est toujours aussi agressive et gênante pour l’adversaire. Femerling inscrit 7 points et Nowitzki maintient l’écart en envoyant une bombe à 3pts à la sirène de la mi-temps (39-32).

Nowitzki avec le trophée de meilleur marqueur / Source : Fiba Europe

Mais au retour des vestiaires la Grèce enflamme le match en inscrivant trois paniers à 3pts consécutifs pour commencer. Papaloukas (11 points dans le quart-temps) et Nowitzki (8 points) échangent les coups de griffe mais le collectif Hellène, plus homogène et mieux huilé, se détache irrémédiablement et définitivement. Le dernier quart-temps n’y changera rien. La Grèce s’impose 78-62 dans une partie où elle n’aura été menée que durant les 5 premières minutes. Nowitzki termine avec 23 points et 9 rebonds. A l’issue de la rencontre il est élu MVP d’un tournoi magistral où il aura porté son équipe jusqu’à la médaille d’argent : meilleur marqueur (26,1), deuxième rebondeur (10,6) et contreur (1,9). Et personne ne s’y trompe : lors de sa sortie définitive à 3 minutes du terme d’une finale déjà jouée, les 19000 spectateurs de la Belgrade Arena, très largement pro-Grèce, lui offrent une standing ovation pour l’ensemble de son œuvre. Quoi de plus normal : depuis l’Antiquité les Grecs reconnaissent les Héros.

LA STANDING OVATION DE LA BELGRADE ARENA POUR DIRK NOWITZKI

Retrouvez plus de Basket Retro sur





About Charles Mamere (9 Articles)
Pratiquant le basket depuis l'âge de six ans, j'ai commencé à suivre la NBA avec le premier sacre des San Antonio Spurs en 1999. Dès lors impossible d'en décrocher, que ce soit pour suivre son actualité quotidiennement ou pour plonger dans sa riche histoire avec passion.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s