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Eurobasket 1991 – Le chant du cygne yougoslave

Eurobasket

C’est sans doute la plus belle équipe de basket jamais vue en Europe, la seule digne de porter le nom d’Euro Dream Team. De 1989 à 1991, l’équipe nationale yougoslave dévaste tout sur son passage. Mais son ultime triomphe à l’Euro 91 à Rome est un chant du cygne.

Rome, 24 juin 1991

L’essentiel est là, ils ont gagné. Affronter l’Espagne le premier jour de la compétition n’a pas été chose spécialement facile et le match ne restera pas dans les mémoires. Dans le car qui ramènent les Plavis à leur hôtel , coach Ivkovic ne se satisfait pas de la victoire. Comment peut-on contenir un adversaire à 22 points en première mi-temps et lui laisser en 45 en seconde période ? Il n’a pas apprécié les 18 points d’Antonio Martin et le jeu parfois approximatif de ses gars. Mais bon… Les Ibères n’ont jamais été vraiment en mesure de contester la suprématie des champions d’Europe et du monde en titre, les grands favoris de cet Euro, les Yougoslaves.

Buenos Aires 1990, le drapeau de la discorde.

Vlade Divac, lui, a dû apprécier de ne voir brandis par les supporters que des drapeaux tricolores frappés en son centre de l’étoile rouge parée d’or. Avec ce qui se passe au pays depuis plusieurs mois, le géant des Lakers se réjouit de ne pas avoir vu de symboles serbes, d’oriflammes slovènes, et surtout ne pas avoir entendu d’insultes de la part de Croates qui ne lui pardonnent toujours pas l’incident de Buenos Aires. Mais qu’est-ce qui lui a pris à cet imbécile de venir lui brandir ce drapeau croate sous les yeux au moment il fêtait son titre de champion du monde au milieu de ses coéquipiers, de ses amis, qu’ils soient Serbes, Croates, Slovènes ou Bosniaques. Ils étaient avant tout Yougos ! Alors Vlade lui a arraché des mains. Drazen a très mal pris ce geste. Il lui en a voulu au point de rompre cette amitié qui les unissait depuis leur plus jeune âge. Il lui en a voulu au point de ne pas être là, avec Dino Radja, Toni Kukoc, Velimir Perasovic et Arijan Komazec, tous croates comme lui, Drazen Petrovic.

Lubjana , nuit du 24 au 25 juin 1991.

Voilà six mois, depuis le oui massif, (89% au référendum de décembre posant la question de l’indépendance), qu’on se prépare à une guerre asymétrique par la création d’un état-major clandestin et l’achat secret d’armes de guérilla à l’étranger.  Cette nuit, la décision est prise. Le gouvernement slovène avancera de 24 heures la déclaration d’indépendance attendue le 26.

SERBE OU CROATE ? QUI EST QUOI ?

Rome, 25 juin 1991

103 / 61. Les Yougos ne font pas de détails et passent les malheureux Polonais à la moulinette. 21 points pour le Serbe Paspalj, 19 pour le Croate Kukoc, tout le monde a marqué comme dans une vraie équipe unie et solidaire. Mais dans les vestiaires les joueurs savent qu’ils ne feront pas la une des journaux. Ce matin, la Slovénie a décrété l’indépendance, aussitôt suivie par la Croatie. Les journalistes sportifs sur place paniquent un peu et interrogent leurs confrères yougoslaves : « Divac ? Il est serbe ou croate ? Qui est quoi ? L’équipe yougoslave peut-elle exploser ? ».

Belgrade , 25 juin 1991.

Colonne de la JNA à la frontière slovéno-croate.

Dans la capitale de ce qui est encore la Yougoslavie on a été pris de cours par la déclaration d’indépendance slovène. On l’attendait pour le lendemain et la JNA, l’armée fédérale yougoslave, est prise de vitesse. Les Slovènes prennent le contrôle des postes frontières et de l’aéroport de Brnick, (Lubjana). Militaires et politiques préconisent la manière forte, mais si la JNA ouvre le feu, elle sera désignée aux yeux du monde comme l’agresseur. L’ordre est pourtant donné aux troupes de se mettre en mouvement avec comme ferme instruction de ne pas céder aux provocations et de n’ouvrir le feu qu’en cas de légitime défense avérée.

Rome, 26 juin 1991

Cinq joueurs à 10 points ou plus avec 20 unités pour Vlade Divac et même 7 pour le Slovène de l’équipe Jurij Zdovc. Comme les Polonais, les Bulgares n’ont pas existé et ont quitté le Palazzo dello Sport avec 21 points dans la musette, (89 / 68). La phase de poule s’achève comme prévue, les Yougos sont à leur place, la première. Les Espagnols disputeront l’autre demie finale. Ivkovic redoute un peu la journée de repos du lendemain. Il faudra que les gars restent concentrés sur la compétition, qu’ils se tiennent à l’écart des « évènements ». Heureusement, d’après les informations ça ne bouge pas trop en Croatie. Mais ce qui s’est passé aujourd’hui à Rijeka ne peut que l’inquiéter.

Rijeka , 26 juin 1991.

La JNA quitte sa caserne de Rijeka pour reprendre le contrôle des postes frontières en Slovénie. Elle doit faire face à des manifestations et des barrages, mais aucun coup de feu n’est échangé. Les deux camps ne veulent pas prendre la responsabilité du premier tir.

ZDVOC RENTRE AU PAYS

Rome, 27 juin 1991

Toni Kukoc, qui sait qu’il est Croate ?

Shooting, révision des systèmes, analyse du futur adversaire… Ce sera la France qui a quand même donné du fil à retordre à l’Italie chez elle en ne s’inclinant que de 3 petits points. Leurs intérieurs Ostrowski, Szanyiel, Deines et Bilba ne sont pas très grands mais ils ont du basket dans les mains. Il y a aussi du talent à l’extérieur, Dacoury, Rigaudeau, Demory, Occansey… C’est pas mal. Méfiance ! Mais inévitablement, le conflit rattrape ces derniers des Yougos. Zdovc reçoit la visite d’émissaires de Lubjana. Leur message est clair et brutal : s’il porte la tunique à l’étoile rouge le lendemain contre les Français, inutile qu’il rentre au pays où il sera considéré comme traître. Le meneur fait ses valises et abandonne une équipe qui n’est plus la sienne.

Slovénie, 27 juin 1991.

Disposant de casernes dans toute la Slovénie, la JNA se met en branle. L’aéroport de Brnik est repris sans violence, des avions larguent des tracts menaçant de représailles tout acte de résistances slovène. Dans l’après-midi, deux hélicoptères de la JNA sont abattus et les équipages tués, dont un pilote… slovène. Les premiers morts. Dans la nuit, les forces slovènes lancent une offensive générale. Si la négociation avec « l’occupant » est privilégiée, des coups de feu éclatent malgré tout.

Rome, 28 juin 1991

Malgré les 17 points de Dacoury et les 16 de celui qu’on attendait pas forcément face aux géants yougoslaves, Félix Courtinard, la France ne tient qu’une mi-temps, (44 / 50). Elle craque en seconde et s’incline 97 / 76 au coup de sifflet final. Divac et Radja ont rendu la monnaie à Courtinard et Ostrowski et les 24 point de Toni Kukoc ont pesé dans la balance. Les Yougoslaves défendront leur titre en finale contre l’hôte italien. Pour la dernière fois.

Slovénie, 28 juin 1991.

Les combats montent en intensité sur tout le territoire. Des barrages de camions et des embuscades stoppent les colonnes de blindés de la JNA. L’aviation yougoslave intervient pour débloquer des barrages, tuant dix camionneurs, et bombarde l’aéroport de Brnik. Les forces spéciales slovènes détruisent trois chars. Quand la nuit tombe, la JNA tient encore de nombreux points stratégiques mais perd du terrain et doit surtout faire face à des désertions de soldats slovènes ou croates ne voulant pas mourir pour les Serbes de Belgrade.

Rome, 29 juin 1991

Une finale, une de plus pour cette magnifique équipe. Une finale gagnée sans frayeur et sans joie face à l’Italie, (88 / 73). Celle qu’on appelle encore la Yougoslavie a triomphé sans surprise, cinq matchs, cinq victoires avec un écart moyen de 22 points. Une domination sans partage pour 12 garçons qui ne partageront plus le même drapeau.

Barrage slovène pour bloquer la JNA

Slovénie, 29 juin 1991.

Durant la nuits, représentants slovènes et yougoslaves se sont entendus sur la tenue d’un cessez-le-feu. Mais celui-ci ne résiste pas premières lueurs de l’aube. Dès le matin, les Slovènes reprennent l’aéroport de Brnik. D’autres affrontements suivent. Chaque reddition d’un élément de la JNA augmente d’autant le stock d’armes des indépendantistes. En fin de journée Belgrade lance un ultimatum exigeant un arrêt total des hostilités pour le lendemain 9 h 00. Il est rejeté.

Les combats sporadiques se poursuivront jusqu’au 7 juillet, date à laquelle seront signés les Accords de Brioni mettant fin au conflit. Le moratoire de trois mois concernant l’indépendance de la Slovénie est de pure forme. Dans les faits, un nouvel état Européen est née. 44 soldats de la JNA, 18 Slovènes et 12 étrangers ont perdu la vie dans cette guerre qui n’aura été qu’un prélude à une autre, bien plus longue et bien plus sanglante.

LE MATCH DE REVE N’AURA JAMAIS LIEU

C’en est fini des Plavis. Le match dont nous rêvons tous, celui contre la Dream Team américaine aux Jeux Olympiques de Barcelone n’aura jamais lieu. Bannie pour quatre ans de toute compétition internationale, la Serbie fait son retour sur les parquets lors du championnat d’Europe 1995, officiellement elle porte toujours le nom de Yougoslavie mais chacun sait qu’il ne s’agit plus que de la Serbie. Une Serbie qui remporte le titre, le premier de sa nouvelle histoire.

Un triomphe sans joie.

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About Laurent Rullier (54 Articles)
Le premier match de basket que j'ai vu en live était un Alsace de Bagnolet vs ASVEL. Depuis la balle orange n'a pas arrêté de rebondir dans ma p'tite tête.

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